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Born again syndicalisme : la conversion express de l’Unef au voile islamique
©STR / AFP

Fonts baptismaux

Born again syndicalisme : la conversion express de l’Unef au voile islamique

Longtemps hostile au voile, l’Unef s’est dotée d’une présidente de section en hidjab et c’est son droit. On s’étonne tout de même d’un changement aussi radical que rapide de sa doctrine sur la question.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Il y a tout juste cinq ans, lorsqu'on demandait à l’Unef son point de vue sur le port du voile islamique à l’université, l’organisation étudiante n’y allait pas par quatre chemins : il convenait de l’interdire purement et simplement, au motif qu’il s’agissait d’un vêtement « enfermant les femmes dans une situation de soumission par rapport aux hommes ».

Mieux (ou pire, c’est selon), l’Unef s’insurgeait également contre la possibilité, pour des étudiants souhaitant pratiquer leur culte entre deux cours, d’obtenir des locaux où prier. Et elle allait même, bizarrement, jusqu’à réclamer une « laïcisation des programmes universitaires » dont on ne savait pas qu'elle était si nécessaire...

Ces temps semblent révolus et, désormais, c’est Maryam Pougetoux, sa présidente à Paris IV que le syndicat croit devoir défendre contre le « racisme, le sexisme et l’islamophobie » dont elle serait victime depuis qu’elle est apparue coiffée d’un hidjab à la télévision.

Que d’authentiques racistes, sexistes et islamophobes soient montés dans le wagon du buzz critique à cette occasion ne fait d'ailleurs aucun doute. Mais que des laïques parfaitement honorables --- et eux mêmes opposés sans ambiguité à l’interdiction faite à des adultes de s’habiller comme ils le souhaitent à la fac ---, leur aient été amalgamés par complaisance grotesque est tout aussi évident.

Après tout, il n’est pas illégitime de demander dans quelles circonstances une organisation marquée à gauche, laïque, théoriquement féministe et, on l’a vu, autrefois hostile au simple voile, en est venue à se doter d'une cadre affublée d’un accessoire plus objectivement politique que banalement religieux. Et comment ce symbole de valeurs a prioritrès éloignées de celles de l’Unef surla place de la femme dans la sociétés’est transformé en étendard de la liberté académique.

Pour certains cyniques, ce revirement serait d’ailleurs lié à la catastrophique perte d’influence de l’Unef et au rapprochement avec l’EMF (Étudiants Musulmans de France, un syndicat lié aux Frères musulmans) récemment opéré pour y remédier. On ne les suivra pas nécessairement dans ce procès d’intention, d’autres explications restant envisageables, comme, par exemple, l’émergence d’une nouvelle façon de porter le hidjab sans aucune référence religieuse par des fashion victims d’un genre nouveau. Il y a bien des allergiques au sport en baskets et des compositeurs sourds qui écrivent des symphonies...

On ne les suivra pas, donc, mais, du coup, on restera un peu perdu tout de même. Le voile, ça soumet encore ou ça ne soumet plus ?

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PS : Il doit y avoir, à l’Unef, des gens que cette inversion doctrinale perturbe tout de même, le communiqué anti-voile de 2013 venant d’être remplacé par une magnifique « erreur 404 ». L’URL reste toutefois validepour les amateurs de mauvaises blagues.

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