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Barricades, pneus brûlés, vitrines explosées, chemises déchirées... La France est-elle bipolaire ?
©Reuters

Grrrrr !

Barricades, pneus brûlés, vitrines explosées, chemises déchirées... La France est-elle bipolaire ?

La France n'a pas le monopole de la violence du « mouvement social », mais c'est un peu sa grande spécialité tout de même. Peut-elle se soigner ?

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Je regardais l'autre jour à la télé ces chauffeurs de taxi en pétard bloquant le périph, balançant des pavés sur les voitures, mettant le feu à des pneus, se colletant avec les flics puis expliquant aux reporters des chaînes d'info à quel point ils étaient malheureux et « forcés » d'en arriver là et je me disais que j'avais déjà vu ça quelque part.

La veille avec les agriculteurs en fait. Et l'avant-veille avec les pêcheurs, les licenciés de je ne sais plus quelle usine en faillite, les lycéens, les étudiants, les techniciens d'Air France, les cheminots, les routiers, les gens du voyage, les pompiers, les jeunes des cités de banlieue, les militants anti-aéroport...

Si l'on psychanalysait les pays comme les personnes, la France serait probablement rangée dans la catégorie des bipolaires à tendance agressive. Et, observant sa consommation hors normes d'anti-dépresseurs, son taux élevé de suicides, la fréquence de ses épisodes de violence ou son défaitisme chronique paradoxalement couplé à l'idée qu'elle est le phare du monde civilisé, n'importe quel médecin à peu près compétent prescrirait l'internement d'office et une cure de lithium.

Oh, ils ont peut-être parfois –souvent même–, de bonnes raisons d'être en colère, les édificateurs de barricades et autres épandeurs de fumier ; et l'Hexagone n'a évidemment pas le monopole du trouble civil. Mais il y a toute de même une spécificité gauloise, au moins parmi les nations comparables, dans l'expression musclée d'un problème et l'exigence absurde de sa solution. Quelque chose qui ressemble davantage à la colère irrationnelle d'un gamin de cinq ans réclamant un œuf Kinder à son paternel à la caisse du Franprix qu'au pragmatisme d'un adulte entamant une négociation avec un autre adulte.

« Empêchez le Web d'exister ou je casse tout ! » hurle le taxi. « Modifiez le niveau du prix du lait sur les marchés mondiaux ou je fais tout sauter ! » rage l'éleveur bovin. « Empêchez les gens de prendre l'avion pas cher ou je fiche le feu à l'aéroport ! » rugit le mécanicien d'Air France. « Interdisez les faillites ou je pends mon patron avec la manche de sa chemise ! » grogne le licencié.

Ça a d'ailleurs l'air efficace, le pouvoir finissant généralement par promettre (tout en condamnant fermement les débordements, ça va sans dire) d'abolir simultanément Internet, la loi de l'offre et la demande, les vols low-cost et la baisse des carnets de commandes des entreprises, apaisant ainsi les irascibles jusqu'au prochain passage à la caisse du Franprix. Ça a l'air efficace, mais ça fait tout de même un peu cautère sur jambe de bois.

L'internement et le lithium, en revanche...

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Note : je me rends compte, en terminant ce billet, qu'il est à la fois irrespectueux pour les bipolaires (qui souffrent et dont l'on ne devrait pas se servir de la maladie pour un exercice d'ironie), pour les mécontents qui édifient des barricades (qui sont bien malheureux), et pour le pouvoir politique (qui fait-ce qu'il peut). Si les différentes parties décident de brûler des pneus devant les locaux d'Atlantico pour protester, un œuf Kinder leur sera immédiatement attribué.

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