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Photo d'illustration // Des jouets en forme de chars de combat.
Photo d'illustration // Des jouets en forme de chars de combat.
©Flickr

Chronique du pot aux roses

Arnaud Montebourg prépare-t-il un putsch ?

Le ministre de l'Économie et du Redressement productif Arnaud Montebourg a tenu à Bercy la semaine dernière un vrai discours de président-bis, faisant souffler comme un petit vent de rébellion.

Google et Yahoo, internet

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président d'Aimer Paris et candidat à l'élection municipale de 2020. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, et de Nous-Fossoyeurs : le vrai bilan d'un fatal quinquennat, chez Plon.

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1 - Elyséectoplasme

A ceux qui reprochent à notre hymne national son caractère martial et sanguinaire, il sera désormais facile d'objecter qu'un pays dirigé par un chef aussi amorti par temps de crise ne constitue une menace immédiate pour personne.

"La croissance ? Elle est là mais elle est faible ..." hasarde Moi-statisticien. A 0% on peut effectivement parler de faiblesse ! Un tel déni, placidement énoncé devant des caméras sans que les deux intervieweurs ne se gaussent, méritera de figurer dans l'anthologie des entretiens déphasés de 14 juillet.

Cette séance télévisélyséenne était en effet un modèle d'hypocrisie et d'évitement des problèmes. "Les taux d'intérêt payés par le Trésor public français ont baissé, c'est une grande victoire contre la finance", voyez-vous ça ... Hé bien non, c'est uniquement le reflet d'une décrue généralisée en Europe, provoquée par la défiance encore plus grande qu'inspirent les dettes brésiliennes ou argentines notamment, qui incite les marchés à leur préférer le Vieux continent car l'Allemagne le tient encore sous sa coupe et sa surveillance. La France n'a strictement rien fait pour mériter cette baisse en réalité très fragile.

Autre incongruité : "il faut baisser le coût du travail, pas le smic", sachant que le handicap de compétitivité du travail en France est particulièrement marqué pour les emplois les moins qualifiés.

Quant à la énième tirade présidentielle sur les efforts budgétaires et le pacte de responsabilité mis à toutes les sauces, elle masque encore et toujours le fait que ces réductions ne sont que des hausses auxquelles on renonce. Moins d'un cinquième des économies annoncées sont vraiment identifiables et tangibles à ce jour. Pendant ce temps, les déficits se creusent et on annonce des baisses d'impôt démagogiques tout en vantant les vertus de la fiscalité ... L'enfumage s'épaissit avec le temps.

En réalité, Hollande poursuit sur sa lancée : croiser les doigts en espérant q'une miraculeuse reprise survienne et, sinon, faire du chantage à Merkel et Draghi en les menaçant d'une explosion de l'Euroland.

Mais le chantage, comme chacun sait, ne peut durer indéfiniment. Soit, à un moment donné, Hollande fait vraiment monter la tension et dans ce cas les taux d'intérêt payés par la France grimperont aussitôt ; soit il roule inutilement des mécaniques et plus personne ne se laissera impressionner.

Patience, plus que quelques mois pour que sonne l'heure de vérité !

2 - Montebourg l'embusqué

C'était un vrai discours de président-bis que celui de Montebourg à Bercy la semaine dernière. Reconnaissons lui un seul mérite : mettre clairement sur la table le caractère mortifère de la surévaluation de l'euro. Pour le reste, nous avons eu droit à un nouveau pot-pourri de mensonges et de démagogie grossière.

Montebourg s'en prend aux rentes de quelques professions réglementées ? Fort bien, mais en ce qui concerne les sénateurs, députés, membres du Conseil économique et social, cégétistes d'EDF, de la SNCM, SNCF etc ... ou fonctionnaires à statut en béton armé, on n'entend curieusement rien. Les huissiers des tribunaux de commerce méritent assurément un bon coup de rabot à leurs privilèges. On attend celui qui sera donné à ceux des élus professionnels et grands hiérarques d'Etat. Montebourg ne veut de réformes et ne parle de courage que s'ils ne mettent pas en cause les clientèles électorales du PS.

>>>>> A lire également : Ces autres rentes françaises que l'inspection générale oublie un peu vite dans son rapport sur les professions réglementées

Quant au modus operandi de cette incohérente démarche, la confusion règne à un degré proche de celui qu'entretient son chef. Montebourg veut, par exemple, que la Banque centrale européenne rachète des dettes françaises au prétexte éculé d'eurobonds ? Certes, mais comment contraindra-t-il Allemands et Eurocrates à le faire ? Puisqu'il ne s'agit que de continuer à faire vivre l'énorme système bureaucratique français, nos partenaires considèrent à raison que ces rachats ne feraient que repousser peu de temps le problème français, les déficits publics reconstituant fissa notre dette. La gauche butte toujours sur le même caillou : elle n'a aucune crédibilité dans un bras de fer avec l'Allemagne tant qu'elle ne s'attaque pas réellement aux rentes qui la font vivre. Mais elle n'est pas suicidaire... Ne reste donc que, sous-jacente, l'hypothèse de la faillite, qui est celle inavouée de Montebourg, lequel n'a toutefois pas conscience qu'il serait balayé lui aussi dans la tourmente.

Car sa posture ne se comprend qu'en admettant que ce ministre à la productivité auto-proclamée a d'ores et déjà décidé de partir en claquant la porte. Il veut d’évidence rallier à son panache rouge les élus socialistes qui joueront la politique du pire face à Hollande. Prononcé dans les locaux de Bercy, le discours de Montebourg avait un parfum de pronunciamiento socialiste contre son chef.

Reste que d'autres camarades, aujourd'hui discrets, comme la Dame des 39 heures bientôt payées 35, sont positionnés sur le même créneau. Montebourg sera déjà bien fatigué quand il aura à croiser le fer contre ces concurrents.

C'est fou comme le monde du parti socialiste ressemble à une jungle capitaliste !

3 - Le silence est dur

Cela sifflait fort du côté de la Concorde lundi dernier, j’en suis le témoin. Manifestement, des garnements s’étaient donné rendez-vous pour infliger au cortège présidentiel des bruits stridents. Mais le plus inquiétant pour notre président, c’est plutôt le silence glacé de tous les autres : aucun applaudissement ou presque n’a retenti sur son passage alors qu’il y avait des dizaines de milliers de personnes sur les Champs Elysées, une affluence inhabituelle qui témoigne peut-être de l’envie des Français de se rassembler pour s’affirmer. Un présage ambigu pour le pouvoir ...

En attendant et pour la énième fois le pauvre David Van Hemelryck a été neutralisé par la police sans que, pas plus qu’hier, avant-hier ou avant-avant-hier, les médias ne s’émeuvent de cette atteinte répétée à la liberté d’expression.

4 - Delanoë exaucé

Lui qui rêvait d’une place de la République populaaaaaaire et feeeeeeestive et, pour cela, a fait raser la place et détruire les magnifiques fontaines aux dauphins qui ornaient les lieux depuis près de cent cinquante ans, a sans doute pu mesurer l’ampleur de son succès lorsqu’un rassemblement qui se voulait, "un quatorze juillet aux couleurs de la Palestine (sic)" a pu s’emparer du site. Dans la révolution qui s’annonce, cette pauvre place sera une sorte d’open bar de l’émeute et des contestations en tout genre. Il est probable que la nomenklatura social-boboiste finisse par en faire les frais. Il y a une justice et il n’y a pas que les synagogues qui doivent trinquer.

A lire de l'auteur de cet article : "Français, prêts pour votre prochaine révolution ?", de Serge Federbusch, publié chez Ixelles, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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