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Julian Assange se tient reclus depuis deux mois dans l'ambassade d'Equateur à Londres.
Julian Assange se tient reclus depuis deux mois dans l'ambassade d'Equateur à Londres.
©Reuters

Revue de blogs

Affaire Assange : le casse-tête diplomatique qui enflamme le web

La télénovela Assange n'en finit pas de rebondir et peut-être est-ce le vrai grand talent du fondateur de Wikileaks : tenir le monde diplomatique, les gouvernements et les brigades de cyber-activistes en haleine.

Vidéo du discours d'Assange depuis le balcon de l'ambassade d’Équateur à Londres

Actuellement, Julian Assange se trouve à l'ambassade d’Équateur à Londres, près des grands magasins Harrods, dans un gite peu luxueux selon la presse anglaise, sans doute mauvaise langue : une pièce sans fenêtre, un matelas gonflable, mais avec heureusement pour lui un ordinateur et Internet. Pendant ce temps, et surtout depuis son discours au balcon de la petite ambassade, les blogs se déchainent ; ce n'est plus tant le dossier judiciaire que le combat de coqs entre petits pays non alignés ou brigades de cyberactivistes, et l'"arrogante" coalition américano-britannique qui passionne. Le site Wikileaks a même du ouvrir un site-agenda, This Day in Wikileaks (aujourd'hui chez Wikileaks) pour compiler les réactions mondiales chaque jour. On y apprend entre mille réactions que le site du ministère britannique de la Justice a été piraté hier, lundi le 20 août. La routine, déjà. 

L'Equateur jubile



En Amérique Latine,  pour Rafael Correa, président de l'Équateur, et accessoirement pour son voisin Chavez au Venezuela et Raul Castro à Cuba, c'est le temps du petit lait. Le compte twitter de Correa (plus de 400 000 followers) exulte. Lundi soir, une émission spéciale consacré à l'affaire Assange (voir illustration ci-dessus) et à l'offre d'asile politique à Quito, sur la chaine nationale équatorienne, a été diffusée en direct via son compte Facebook.

Les pourparlers avec Grande Bretagne et Suède ont beau être inexistants pour le convoyage de Assange jusqu'à son refuge équatorien, la fierté patriotique déborde des commentaires. Déjà écrasés et mal aimés par leurs tout-puissants voisins le Brésil et l' Argentine, qui ne voient en eux que de minuscules pays peuplés d'indigènes, Correa et Chavez ont enfin leur tapis rouge vers la presse et la diplomatie internationale et comptent bien l'occuper. Correa peut remercier Assange de l'avoir interviewé durant sa fugace émission télévisée "The world tomorrow", où est née leur "amitié" et la demande d'asile politique à l’Équateur. 


Interview de Rafael Correa par Assange

Le casse-tête juridique

A Londres, on est obsédé par le décryptage juridique de l'affaire et sur The New Stateman David Allen Green a compilé des analyses de haut vol des lois suédoises et britanniques parus sur des blogs spécialisés ; bien sûr, étant Britannique, il trouve qu'Assange exagère : "Assange s'est vu accorder plus d'occasions de contester le mandat lancé contre lui  que n'importe quel autre prévenu dans l'histoire judiciaire anglaise. Ce n'est pas vraiment de la 'persécution' ou une 'chasse aux sorcières'. 'Assange court plus de risques d’être extradé vers les USA de Suède que du Royaume Uni' : c'est faux de la même manière. Toute extradition de la Suède aux États Unis serait de fait plus difficile. Parce que cela nécessiterait à la fois le consentement de la Suède et du Royaume Uni". 

Ce n'est pas l'avis du blogueur et juriste marocain iBN Kafta, sur Divagation d'un juriste marocain en liberté surveillée, qui a analysé les arguments du gouvernement suédois et les lois qui l’empêcheraient d'interroger Assange à Londres : trop alambiqués pour être noblement impartiale.

Dans une longue interview donnée à Rolling Stones en 2010, en des temps déjà troublés mais plus cléments dans la campagne anglaise, Julian Assange avait clairement expliqué pourquoi il ne faisait aucune confiance à la Suède, et peut-être, au vu de son expertise de pirate, peut-on le croire.  

"L'extradition est une affaire politique. Les accords d'extradition - ceux du Royaume Uni avec les Etats-Unis et ceux de la Suède avec les Etats-Unis sont tous deux très dangereux pour moi. Chaque jour que je passe en Angleterre est dangereux, mais si j'étais en Suède, ce serait tout aussi dangereux qu'ici, et probablement plus. Le ministre des Affaires étrangères suédois responsable pour les extraditions, Carl Bildt, est devenu un informateur de l'ambassade des USA en 1973 quand il avait  24 ans. Il a expédié ses effets personnels à Washington, pour conduire un programme de leadership du Parti Conservateur, où il a rencontré  Karl Rove. Ils sont devenus de grands amis, ils participaient ensemble à des conférences et tout ça".

En Suède, le consensus est loin d'être atteint : Helene Bergman, une journaliste suédoise, fait campagne contre son gouvernement en demandant de diffuser une lettre au médiateur suédois récapitulant tous les faits depuis le début de l'affaire, qui offre une bonne chronologie de l'épineuse histoire, et surtout de la qualification en 'viol' de deux rapports sexuels non ou mal protégés, signalés par deux femmes qui ne souhaitaient pas porter plainte, mais obliger Assange à subir un dépistage HIV.

En Australie, patrie d'Assange, la maman d'Assange, Christine, a livré une volée de bois vert aux médias occidentaux pour leurs critiques sur l'état de la liberté d'expression en Equateur et  pour leur manque de professionnalisme. "J'ai été en Equateur et j'ai lu leur constitution, deux choses que la plupart des médias n'ont pas fait". Commet il est normal pour une  maman, elle craint le pire si Assange est extradé aux USA. 

Comment faire sortir Assange? 

Dans un imbroglio juridique et diplomatique un peu aride pour le commun des mortels, cette semaine, Numérama a fait mouche en suggérant de rocambolesques plans d'évasion à la James Bond. Les lecteurs ont adoré et contribué par des scénarios encore plus échevelés : transformer Assange en homme-canon, réunir un convoi de 100 voitures à plaques diplomatiques, utiliser une moto à statut diplomatique... L'ironie de l'histoire  veut qu'un héliport se trouve à moins de cent mètres de l'ambassade d'Equateur.


Capture d'écran de Google Map situant l'ambassade d'Equateur à Londres et l'héliport voisin, publiée par Numerama

Tony Parsons, un écrivain britannique, ne croit absolument pas à une sortie de crise rapide, et se réjouit presque au contraire d'un autre scénario : que la captivité d'Assange se prolonge indéfiniment. 

"Si je connais bien mon pays, le RU ne pénétrera jamais dans l'ambassade d'Equateur. Nous sommes assez contents de permettre à ce pervers de Julian Assange d'y pourrir."

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