Les lois contre le piratage vont-elles trop loin ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
High-tech
 Les lois contre le piratage vont-elles trop loin ?
©Reuters

Minute tech

Les lois contre le piratage vont-elles trop loin ?

Megaupload, le site de partage de fichiers surtout pirates, renaît comme un défi sous le nom de Mega et son fondateur nargue Obama. D'autres "hackivistes", plus purs, entrent en résistance depuis le suicide d'Aaron Swartz, un geek visionnaire de 26 ans, menacé de 35 ans de prison par la justice américaine. La lutte contre la piratage a-t-elle dépassé les bornes?

Sur Twitter,Kimdotcomle bad boy du téléchargement illégal à l'embonpoint à la Depardieu jubille. Un an jour pour jour, à l'heure près, après la descente des forces de la police néozélandaise (fortement pilotée par le FBI) sur son manoir, la fermeture de sa poule aux oeufs d'or, Megaupload, et une demande d'extradition des Etats-Unis pour purger plusieurs décennies en prison en réparation des 500 millions de dollars "volés" en droits à l'industrie du film et du disque, il relance Mega, une nouvelle plateforme de stockage et de partage. Et il l'annonceà Barack Obama sur Twitter. 

Les nostalgiques de la fontaine de films en streaming n'ont pas eu le temps de publier leurs impressions.  La nouveauté : le site s'affirme 'légal", se décrit comme "La compagnie de la confidentialité"  et pour échapper à la responsabilité des hébergeurs, a mis en place un système de cryptage 'de type militaire" confié à l'utilisateur pour  ignorer ce qui peut se passer sur ses serveurs. L'analyse d'un expert en sécurité est pour l'instant très mitigée, mais il est possible, avec sa fortune déjà faite et ses problèmes légaux, que Kim Dotcom s'en fiche. C'est une vengeance personnelle, une déclaration de guerre.

Vidéo intégrale de la conférence de presse de lancement de Mega

Cette fois-ci, Kim dotcom a décidé de parier sur une tendance, émergente, pour lancer Mega. La rébellion contre les sentences massues de la justice américaine (entre autres), la cyber-surveillance, l'intrusion et le harcèlement au nom de la propriété intellectuelle. Le site Mega reproduit  même sur son site dans un bandeau, l'article 12 de la déclaration des droits humains. "Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation.".

Pour ce qui concerne le magnat  Kim Dotcom, un récent portrait de lui dans Wiredpropose deux options, toutes deux plausibles. "A- Kim Dotcom n'est pas un pirate. C'est un héros. Le sauveur de mes libertés en ligne. Un entrepreneur visionnaire du numérique.B- Kim Dotcom est un pirate. Un clown gansta mégalomane. Un criminel de métier, opportuniste et calculateur".  

Les "Hacktivistes", pirates pour une cause

Mais sous le même credo, se trouvent aussi  des "hackeurs" qui piratent, transforment ou détournent pour une cause et sans esprit de lucre,  les hacktivistes. Le New York Timea tenté de définir ce nouveau mot :'" Dans son sens le plus simple et le plus large, un hacktiviste est quelqu'un qui utilise la technologie pour provoquer un changement social". Les hacktivistes ont depuis quelques jours un martyr, dont la mort provoque une indignation croissante et bouleverse le consensus autour des procès anti-piratage aux Etats-Unis 

Aaron Swartz. développeur précoce et prodige, co-fondateur du site Reddit, virulent militant de la liberté du Web, avait téléchargé au M.I.T. plusieurs millions de publications scientifiques protégées pour les rendre disponibles à tous en libre accès. L'éditeur ne souhait pas porter plainte, mais Aaron Swartz a été inculpé par un procureur particulièrement rigoureux et risquait 35 ans de prison, pour l'exemple. Il s'est suicidé, à 26 ans.  La famille elle même a publié un communiqué cinglant, accusant de sa mort l'acharnement du procureur, de la justice, et le MIT, qui ne l'a pas soutenu. Dix jours plus tard, l'émotion, qui aurait pu s'éteindre, ne faiblit pas. La mobilisation monte au contraire, impliquant maintenant politiques, chercheurs, et tous les jeunes 'hackers" et hacktivistes dans le monde, qui se reconnaissent en lui. 

Aaron Swartz, photo D.Searls

Sur le site de la Maison Blanche, la pétition demandant la destitution de la juge en question, Carmen Ortiz, a atteint 45 000 signatures, ce qui obligera l'administration à y répondre.  Sur le Net, des opérations de représailles informatiques des  ont débuté, à travers l'opération ,

La chercheuse danah Boyd,  amie de Aaron Swartz, voit derrière les procès massues pour des piratages souvent mineurs d'autres motifs, encore plus sombres que la stricte application de peines très lourdes et qui dépassent souvent celles prévues pour des meurtres.  L'envie de briser une génération trop brillante, trop remuante, et qui maîtrise l'arme informatique.  

" Parce que ce n'est pas une question de justice ou de sécurité nationale. C'est une question de pouvoir, Et c'est au coeur du pourquoi l'administration d'Obama a été une écrasante déception. (...) Et  voilà aujourd'hui, il manque au monde un enfant prodige dont l'intelligence faisait fichtrement peur à ceux qui le connaissaient. Il est devenu un jouet d'un gouvernement qui voulait faire une démonstration de force. Ils l'ont brutalisé et profité de ses faiblesses et cherché à le casser. Et ils ont réussi. Juste pour faire un exemple". 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !