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"Gilets jaunes de salon" : le grand retour de Saint-Jean bouche d'or
©François NASCIMBENI / AFP

Mourir pour des idées

"Gilets jaunes de salon" : le grand retour de Saint-Jean bouche d'or

Qu'est-ce qui plus méprisable encore qu'un casseur de fin de manif brisant des vitrines et brûlant des autos par pur crétinisme nihiliste ? Son supporter de canapé.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Bien pire encore que le gilet jaune violent, celui qui descend dans la rue tous les samedis pour en découdre avec les flics et démolir des monuments : le gilet jaune de salon.

Sur les réseaux sociaux, le gilet jaune de salon se met en colère contre Macron à coups de petits smileys montrant leurs dents. Il « comprend » l’exaspération, il « approuve » le ras-le-bol, il « soutient » la brutalité, il « applaudit » le nihilisme, il « like » la bêtise et « retweete » les lynchages en vidéo, mais toujours depuis le confort de son canapé, l’œil rivé sur les chaînes d'info qu'il conspue ensuite sur Facebook et Twitter.

Parce qu’il n’a lui-même ni boutique ni voiture, ou qu’elles sont l’une et l’autre à l’abri de la horde, il se gausse du bourgeois apeuré qui s’inquiète du nombre de vitrines brisées ou de bagnoles brûlées en murmurant « tout de même, est-ce bien nécessaire, tout ça ? ».

Le gilet jaune violent est le pion de jeu d’échec du gilet jaune de salon. Son petit soldat de plomb de jeu sur plateau. Son gobelin sanguinaire de Donjons et dragons. Son argument rebelle des dîners en ville. « Oui, c’est vrai, il y a des dérives, un peu de racisme ici, un peu d'homophobie là, mais on ne fait d’omelette sans casser des œufs », il assène à son cousin Alfred, si timoré, si craintif, en se resservant un peu de mimolette extra-vieille.

Le gilet jaune de salon, c'est le fameux « Saint Jean bouche d'or qui prêche le martyre  » de la chanson de Brassens. Celui qui veut bien mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente.

Même sa compassion pour le gilet jaune non-violent des carrefours qui se les gèle près d’un brasero est en carton-pâte. Car enfin, un vêtement fluo, il n’en a pas un quelque part dans un tiroir ou dans une boîte à gants, le gilet jaune de salon ? Il ne pourrait pas l’enfiler pour aller tenir compagnie à cet ami, ce frère moins fortuné, par une moche soirée d’hiver ?

Mais non, le gilet jaune de salon, il préfère lui faire part de sa solidarité sur son ordi. Le gilet jaune de salon, c’est vraiment un foie jaune, comme on dit chez Lucky Luke.

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