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Devlet Bahçeli, leader du parti conservateur MHP.
Devlet Bahçeli, leader du parti conservateur MHP.
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Chantage

L'opposition turque décapitée par des vidéos sexuelles

Des scandales qui font le jeu du parti islamo-conservateur au pouvoir.

Qui est derrière la diffusion de vidéos à caractère sexuel montrant des membres de l'opposition turque dans des situations gênantes à la veille des élections législatives du 12 juin ? Difficile de répondre, mais 10 hommes politiques membres du parti nationaliste musulman MHP ont du démissionner depuis le début de l'année.

Le site du MHP

La presse turque signale que le parti MHP s'en prend au parti AKP (proche des islamistes) qui tenterait de le discréditer pour éviter que le MHP ait plus de 10% des voix aux prochaines élections, ce qui l'empêcherait d'avoir des élus au Parlement.

Le site du CHP

Ce n'est pas la première fois qu'un homme politique est obligé de démissionner après des révélations gênantes. En mai 2010, ce fut le cas de Deniz Baykal (73 ans), le président du parti du peuple, le CHP, qui avait été victime du même procédé. Une vidéo diffusée sur Internet le montrait en train de se rhabiller en compagnie d'une femme qui n'était pas son épouse, mais une député de son parti.

Tous les hommes politiques d'opposition s'inquiètent pour leur carrière note le quotidien turc Hurryiet qui cite le président de l'association turque des détectives privés "Sur douze demandes reçues en quelques jours de gens qui se croyaient surveillés et espionnés, trois se sont révélées justifiées." déclare Ismail Yetimoglu.

Le même journal cite un membre d'un parti politique dont le nom n'est pas cité qui dit "avoir été informé qu'au moins 3 000 responsables et  élus politiques, juges hommes d'affaires etc... sont espionnés." Faire vérifier sa maison ou ses bureaux est une opération couteuse ajoute le quotidien : environ 1 000 $. Ceci d'autant plus que la vente et l'achat de dispositifs de surveillance ou de matériel de détection  est libre en Turquie. De plus un projet de loi permettra de publier des informations si elles ont été rendues publiques d'une manière ou d'une autre.

Le quotidien turc Radikal écrit que 71 538 lignes téléphoniques sont écoutées avec l'autorisation de la justice.

Rivalités internes au sein des partis d'opposition ou volonté de l'actuelle majorité de décapiter l'opposition, ces scandales servent en tout cas les intérêts de l'actuel Premier ministre turc Erdogan et de son parti l'AKP qui avait déjà remporté le référendum constitutionnel de 2010 avec 58% pour des votes.

Et si il gagne largement les prochaines élections législatives, Erdogan pourra faire passer son projet de réforme constitutionnel sans avoir besoin du soutien d'autres partis.

Vendredi, le site américain The Daily Beast estimait que Recep Tayyip Erdogan (parti AKP) veut changer la Constitution pour aboutir à un régime présidentiel à la française, où le président a plus de pouvoir, et dirige le pays sans être prisonnier d'un Parlement difficile à contrôler.

Le site ajoute qu'Erdogan a montré des ambitions qui dépassent les frontières de la Turquie. En cinq ans, il a mEné des discussions diplomatiques avec des pays, autrefois considérés comme ennemis de la Turquie comme la Grèce, Chypre, l'Arménie,, la Syrie, l'Iran et l'Irak. Il a été le premier leader du moyen orient à demander le départ pacifique du président égyptien Hosni Moubarak. Il travaille aussi dans l'ombre pour faciliter la sortie du colonel Kadhafi, qui s'accroche au pouvoir en Libye.

Erdogan soutient aussi de grands projets en Turquie, dont le plus spectaculaire est un canal reliant la mer noire te la mer de Marmara, pour éviter le goulot d'étranglement du détroit du Bosphore. Et enfin Erdogan est considéré comme bien placé pour l'élection présidentielle qui se déroulera en 2014.

Mais rien ne prouve qu'il soit mêlé, de près ou de loin, aux tentatives de déstabilisation de l'opposition à coup de vidéos. La vie politique turque s'accompagne de coups fourrés divers, et la théorie du complot a de nombreux adeptes, sans que personne n'arrive à se mettre d'accord sur la personnalité d'un éventuel chef d'orchestre.

Lu sur The Daily Beast

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