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Négocier avec Bachar el-Assad : Washington tente de diminuer la portée des propos de John Kerry
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Calmer le jeu

Négocier avec Bachar el-Assad : Washington tente de diminuer la portée des propos de John Kerry

Il n'y a "pas d'avenir pour un dictateur brutal comme Assad en Syrie", a assuré la porte-parole du département d’Etat américain lundi 16 mars, tentant tant bien que mal de calmer la polémique.

Négocier avec Bachar el-Assad ? Après la "bombe" lancée par le secrétaire d’Etat John Kerry qui déclarait qu’il pourrait parler au président syrien si ce dernier était prêt à "engager des négociations sérieuses", le département d’Etat américain a tenu à calmer la situation. "Comme nous le disons depuis longtemps, il faut que des représentants du régime d'el-Assad fassent partie du processus" de paix, a déclaré la porte-parole du département d’Etat, Jennifer Psaki, regrettant l'absence de négociations visant à "mettre fin à la souffrance du peuple syrien". Malgré tout "ce ne sera pas et ce ne sera jamais el-Assad lui-même - et ce n'est pas ce que John Kerry voulait dire", a-t-elle assuré, rappelant qu’il n’y avait "pas d'avenir pour un dictateur brutal comme Assad en Syrie".

Dans une interview diffusée dimanche 15 mars sur la chaîne de télévision américaine CBS, John Kerry avait déclaré : "Au final, il faudra négocier. Nous avons toujours été pour les négociations dans le cadre du processus (de paix) de Genève I". Et quand la journaliste lui avait demandé s’il pourrait parler avec Bachar el-Assad, il avait répondu, sans hésitation : "S'il est prêt à engager des négociations sérieuses sur la façon d'appliquer Genève I, bien sûr". Le document de Genève, rédigé à l'été 2012 entre les grandes puissances (notamment les États-Unis et la Russie, qui soutient Damas) appelle à un gouvernement de transition ayant les pleins pouvoirs en Syrie, mais n’évoque pas clairement le sort d’Assad.  

Les déclarations de Kerry ont profondément choqué l’Occident. Alliées des Etats-Unis, France et la Grande-Bretagne se sont empressées de s’en démarquer. Lundi 16 mars, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a estimé que toute solution qui "remettrait en selle Bachar el-Assad serait un cadeau absolument scandaleux, gigantesque aux terroristes de Daesh". Plus tard, dans la journée, le premier ministre Manuel Valls a dit regretté les déclarations de Kerry. "Il doit y avoir, il peut y avoir une discussion, il faut écouter l'opposition syrienne aussi, il faut l'aider, mais il n'y aura pas de solution tant qu'il y aura Bachar al-Assad à la tête de la Syrie", a-t-il notamment déclaré à la télévision. Londres, quant à elle, a clairement déclaré que Bachar el-Assad n'avait "pas sa place" dans l'avenir de la Syrie. Dans le même temps, aux Etats-Unis, des militants ont qualifié les propos de John Kerry de bombe, l’accusant de proposer un dialogue avec un "tueur d’enfants". Certains d'entre eux ont été jusqu’ à lancer sur Twitter le mot-clé #KerryNoNegoWithKiller ("Kerry pas de négociations avec le meurtrier").

#KerryNoNegoWithKiller Thousands of injured people & hundreds of martyrs fall every day due to Assad's shelling pic.twitter.com/9pmSNPNBqn

Trop tard, la presse officielle syrienne a déjà interprété les déclarations de John Kerry comme un revirement de la politique de Washington. "C'est une nouvelle reconnaissance de la légitimité du président Assad, de son rôle clé, de sa popularité", a notamment écrit le quotidien privé Al-Watan, proche du pouvoir, estimant que les propos du secrétaire d’Etat américain ouvraient "une nouvelle étape". Le journal va jusqu’à évoquer la possibilité qu'un "émissaire américain" se rende "à Moscou le 6 avril pour participer aux efforts russes visant à trouver une solution à la crise syrienne". "Nous écoutons toujours les déclarations. Nous devons attendre les actes, et à ce moment-là on décidera", a donc déclaré Bachar el-Assad à la télévision, précisant que tout changement de politique devrait entraîner la fin du soutien aux rebelles. Car depuis puis le début de la révolte en mars 2011, Assad accuse les pays occidentaux, de financer le "terrorisme" en Syrie. 

Lu sur Le Point

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