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Jacques Chirac a été condamné à deux ans de prison avec sursis.
Jacques Chirac a été condamné à deux ans de prison avec sursis.
©Reuters

Putain, deux ans !

Jacques Chirac ne fait pas appel

L’ancien président a écopé de deux ans de prison avec sursis dans le procès des emplois fictifs de la ville de Paris.

Jacques Chirac, condamné à 2 ans de prison avec sursis pour détournement de fonds publics, a annoncé dans un communiqué qu'il ne "ferait pas appel" bien que, "sur le fond, [il] conteste catégoriquement ce jugement".

L'ancien président a été reconnu coupable jeudi de délits d'abus de confiance et de détournements de fonds publics et condamné à deux ans de prison avec sursis. A la lecture du verdict, le président du tribunal a estimé que "la responsabilité de Jacques Chirac découle du mandat reçu des Parisiens", lorsqu’il était maire de la capitale de 1977 à 1995.Jacques Chirac est l'initiateur et l'auteur principal du délit de prise illégale d'intérêts de d'abus de confiance", rappelant la phrase d’Yves Cabana "tout le monde savait !". Selon le tribunal, l’ancien président a par ailleurs "multiplié les connections entre la Ville de Paris et le RPR ".

Jacques Chirac était poursuivi pour "prise illégale d'intérêt""abus de confiance" et pour "détournement de fonds publics". Il encourait dix ans de prison et 150 000 euros d'amende. Il était peu probable qu'il soit condamné à de la prison ferme, mais la relaxe de l’ancien maire avait la faveur des pronostics, d’autant qu’elle avait été recquise par le parquet.

Le parquet subit d’ailleurs un sérieux désaveu avec ce jugement, car il avait requis la relaxe générale. Or, outre Jacques Chirac, Rémi Chardon, ancien directeur de cabinet du maire, a été condamné pour complicité de détournements de fonds publics à trois mois de prison avec sursis, alors que son prédécesseur Michel Roussin a été relaxé. Jean de Gaulle, petit-fils du général de Gaulle, également à trois mois avec sursis pour recel d'abus de confiance et recel de détournements de fonds publics. Marc Blondel, ancien de Force ouvrière, a été reconnu coupable mais pas condamné car il a remboursé la mairie de Paris. Enfin, François Debré, frère de Jean-Louis Debré,  est reconnu coupable de recel d'abus de confiance. Ces peines sont néanmoins bien inférieures à celle de Jacques Chirac, que le justice tient donc pour principal responsable. 

C’est la première fois qu’un ancien chef d’Etat est condamné en France, depuis le Maréchal Pétain. L’ancien président avait donc lui-même vu juste dans sa lettre adressée au tribunal, alors qu’il n’avait pas été jugé apte à participer au procès par les médecins : "ce procès donne tort aux démagogues qui soutiennent que, dans notre pays, la justice serait sévère aux faibles et complaisante aux puissants. En République, la justice est la même pour tous", avait-il écrit. 

A la sortie du procès, Anh Dao Traxel, la fille adoptive de l'ancien président, Georges Kiejman son avocat, et l'avocat de l'association contre la corruption Anticor, Jérôme Karsenti, ont réagi, comme le montrent ces images de BFM-TV. 

 

A gauche, lors d'un déplacement à Bondy en Seine-Saint-Denis, François Hollande a déclaré que "la justice est passée et elle devait passer, pour que ne s'installe pas un sentiment d'impunité",  déplorant que la décision intervienne "avec tellement de retard par rapport aux faits qui ont été condamnés". Le candidat socialiste à la présidentielle a également ajouté que "certes, la condamnation est sévère (...). Elle est à la fois pénale et morale et elle touche l'homme. Donc j'ai une pensée pour lui, même si la justice devait passer".

Les autres réactions ont salué le fait que la justice soit la même pour tous. "C'est une bonne nouvelle pour la démocratie française et la parfaite indépendance de la justice dans un dossier pas simple, très sensible. C'est un message donné à l'ensemble des hommes politiques (....). Deux ans avec sursis ce n'est pas rien, c'est une condamnation importante", a commenté Benoît Hamon, le porte-parole du PS. Pour le directeur de campagne de François Hollande, Pierre Moscovici, "il est logique que tout ça soit sanctionné. On peut éprouver de la tristesse qu'il soit jugé si tard. On a le sentiment d'un décalage dans le temps. Jacques Chirac est jugé 20 ans après les faits". Il voit dans ce jugement une occasion de rappeler la nécessité, selon lui, de "réformer le statut pénal du chef de l'Etat".

La candidate d'Europe Ecologie-Les Verts à l'élection présidentielle, l'ancienne magistrate Eva Joly a elle estimé que "c'est moins la sanction que la condamnation qui est aujourd'hui centrale. Nul citoyen ne doit être au-dessus des lois si nous voulons redonner confiance dans la justice et la démocratie". 

Pour l'association anti-corruption Anticor le jugement du tribunal "un message donné à l'ensemble des hommes politiques". 

A droite, l'Elysée a fait savoir qu'il ne réagirait pas. François Fillon a lui estimé que le jugement arrivait "vraiment trop tard" et qu'il était convaincu que "c'est une décision qui (...) ne viendra pas altérer la relation personnelle qui existe entre les Français et Jacques Chirac"Jean-Louis Borloo a vu dans la condamnation la preuve que "notre démocratie fonctionne, que la justice s'applique à tous". Il a dit ignorer s'il y aura un appel et a précisé "être touché pour [Jacques Chriac] et pour sa famille". Jacques le Guen, député UMP du Finistère,  a trouvé "désolant" d'attaquer en justice "un homme qui a servi la France". 

Jean-Marie Le Pen, critique acerbe de l'ancien président, n'a pas manqué d'épingler son ennemi historique : "le sursis n'a été attribué que pour des raisons d'âge et de sénilité" a-t-il dit, ajoutant qu'on "pouvait désespérer de la possibilité de faire condamner des coupables de haut niveau dans notre pays. Cette exception confirme la règle" a estimé le président d'honneur du Front national. 

Lu sur Le Monde.fr

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