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Sables bitumineux : aubaine énergétique ou catastrophe écologique ?
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Environnement

Sables bitumineux : aubaine énergétique ou catastrophe écologique ?

Le Canada pourrait devenir la nouvelle Arabie Saoudite grâce à l'exploitation de ce "pétrole sale" dans la province de l'Alberta. Les gisements sont importants, tout comme la colère des écologistes qui parlent de "plus grand crime environnemental de l'histoire.

L'extraction du pétrole brut contenu dans les sables bitumineux du Canada n'est pas nouvelle, mais la hausse des prix du brut augmente son intérêt et sa rentabilité. C'est une chance pour le Canada puisque l'on considère que ces sables bitumineux, situés dans la province de l'Alberta, recèlent la deuxième réserve mondiale de pétrole, avec plus de 170 milliards de barils.  

C'est par contre une catastrophe aux yeux de certains scientifiques et des écologistes : exploitation à ciel ouvert, énorme consommation d'eau (on parle de trois barils d'eau pour un baril de pétrole), contamination chimique. Des compagnies européennes comme BP ou Total participent à cette aventure, et tentent d'améliorer leurs techniques d'extraction et leur image de marque face à la contestation.

Comme on le voit, il n'y a pas que le gaz de schiste qui fait polémique dans un monde où les ressources énergétiques se font de plus en plus rares et de plus en plus chères. L'exploitation continue bien sûr au Canada, sur une surface qui serait équivalente au quart de notre Hexagone, malgré les critiques qui durent depuis des années,.

Dès 2007, le quotidien britannique The Independentpublie un article citant dans son titre l'avis de certains écologistes "Le plus grand crime environnemental de l'histoire" en soulignant que BP participe à cette exploitation : "Le développement de l'exploitation des sables bitumineux devrait provoquer l'émission de 100 millions de tonnes de CO2, soit le cinquième des émissions annuelles de la Grande Bretagne". Selon The Independent l'Alberta produira 5 millions de barils de pétrole brut par jour en 2030.

"A force de cadeaux fiscaux, d’absence de régulation et de laxisme environnemental, les conservateurs au pouvoir en Alberta ont transformé, avec l’aide d’Ottawa, le nord de la province en un supermarché du pétrole sale au profit des multinationales et du voisin américain. La forêt boréale est sacrifiée, tout comme les premières nations de la région." écrit le mensuel Le Monde Diplomatique en avril 2010.

Quand on leur parle de pollution, les autorités répondent : "la présence d’hydrocarbures et de mercure dans la rivière est d’origine naturelle, lessables bitumineux affleurant les bancs par endroits. C’est ce qu’a voulu vérifier une équipe de chercheurs renommés. Le 6 décembre 2009, ils se sont rendus à Fort Chipewyan pour y révéler leurs conclusions : par ses rejets de composés aromatiques polycycliques (CAP) dans l’atmosphère, l’industrie cause l’équivalent d’une marée noire chaque année !" ajoute Le Monde Diplomatique.

"Plus de 30 associations du Canada, des États-Unis et de France ont fait part de leurs objections à la mine “Joslyn North”, un nouveau projet d’extraction de sables bitumineux situé dans le nord du l’Alberta et proposé par le géant pétrolier Total auprès de la commission d’examen conjointe Canada-Alberta" signale l'organisation Les Amis de la Terre en août 2010.

En 2011, les chiffres sont un peu différents mais la tonalité reste la même. Le Vancouver Observer rappelle que le pétrole des sables bitumineux est le plus polluant de tous les pétroles, malgré les promesses de l'industrie : "Le pétrole lourd extrait issu des sables bitumineux, souvent contesté, a de beaux jours devant lui au Canada où sa production devrait doubler en 2020 et tripler en 2030, a indiqué le président directeur général de Total Canada, Jean-Michel Gires, lundi à Montréal." souligne l'Agence France Presse le 6 juin dernier, avant d'ajouter : "Le pays tire aujourd'hui de ses sables bitumineux 1,5 million de barils de pétrole par jour. Il devrait en produire 3 millions en 2020 et 4,5 millions en 2030, a indiqué M. Gires."

L'industrie semble consciente des critiques  avec le projet OSLI (Oil Sands Leadership Initiative),  pour mieux exploiter et recycler l'eau, et exploiter en plus des mines à ciel ouvert, in situ (avec la récupération souterraine du bitume, grâce à l'injection de vapeur). OSLI fait aussi de  la plantation d'arbres comme l'explique Total Canada.

Les rejets dans l'atmosphère continuent sans limites. Comme le signale Radio Canada, le 9 juin après une conférence internationale : " Le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, a dit clairement à la Conférence de Montréal qu'il était hors de question pour lui d'adopter une taxe sur le carbone."  

Pourtant, même s'il ne critique pas le Canada ouvertement, Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE qui participait à cette conférence explique « si vous n'avez pas un prix pour les émissions, ça veut dire que le coût d'opportunité est nul et ça ne va pas provoquer un investissement, ça ne va pas provoquer un intérêt pour la recherche, pour trouver des alternatives ».

En Europe, les écologistes tentent de s'opposer à l'importation de pétrole tiré des sables bitumineux canadiens, et tentent de sensibiliser le grand public  comme on l'a vu à Strasbourg le 16 juin dernier.

Mais l'exportation ne fera que croitre, même la Chine s'intéresse au pétrole canadiencomme le raconte le siteInvestors, le 28 juin, avec une participation dans un projet de pipe line, depuis l'Alberta jusqu'à la côte canadienne du Pacifique où des navires pétroliers le transporteraient jusqu'en Chine.

Gilles Klein

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