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La sécurité semble maximale à Sotchi
La sécurité semble maximale à Sotchi
©REUTERS/Alexander Demianchuk

C'est pas un jeu !

Zone de guerre, une première pour des JO : tous les conflits dans un rayon de 300 kilomètres autour de Sotchi

La montée de l'extrémisme islamiste à travers la région a forcé Moscou à prendre des mesures de sécurité renforcées pour ces Jeux Olympiques.

Les Jeux Olympiques de Sotchi, qui débutent ce vendredi et se terminent le 23 février prochain, font les choux gras de la presse mondiale depuis quelques semaines. Si quelques histoires insolites prêtent à sourire, un fait très inquiétant vient noircir le tableau. La ville hôte est en effet à l’angle d’une des zones les plus violentes d’Europe.

Située dans le Caucase, Sotchi est une station balnéaire russe dont l’économie est basée sur le tourisme. Mais l’envers du décor montre un territoire objet de conflits ethniques et religieux. Pour la première fois de l’histoire, les Olympiades se trouvent en plein milieu d’une zone de conflit. "Là-bas, le crime bat son plein, entre Sotchi, l’Abkhazie et le nord du Caucase, on est au milieu d’une zone de conflit. C’est aussi une des régions les plus pauvres de Russie", explique notamment le photographe néerlandais Rob Hornstra, qui a lancé avec le documentariste Arnold van Bruggen, une enquête du nom de "SotchiProject" longue de cinq ans pour raconter l’impact de événement sur le Caucase du Nord. Vladimir Poutine pourrait donc jouer gros. "Je pense qu’il s’agit d’un énorme challenge pour le président russe. Pour donner une image, l’organisation des Jeux Olympiques à Sotchi pourraient très bien être comparés avec la construction de Saint-Pétersbourg par Pierre Le Grand au XVIIIème siècle. A l’époque, le tsar avait décidé de fonder une ville dans un endroit vide parsemé de marécages. C’est exactement le même paradigme pour Vladimir Poutine avec cette station balnéaire", estime Alexandre Melnik, professeur à l'ICN Business School et ancien diplomate à l'Ambassade de Russie.

Baksan, zone de guerre à 280 km de Sotchi

Le New York Times en profite pour publier un reportage poussé sur les opérations menées par les forces russes contre les militants islamistes à Baksan, dans la République autonome de Kabardino-Balkarie, qui se situe à seulement 280 kilomètres de Sotchi. "Le conflit armé dans le Caucase est un des plus anciens dans le monde, une sale guerre entre les militants toujours plus nombreux et des forces de l’ordre qui peuvent agir avec une extrême brutalité. Et c’est parce que les JO ont une grande importance symbolique pour la Russie que la ville de Sotchi devient une cible privilégiée pour les terroristes islamistes", écrit le journaliste Steeven Lee Myers.

La montée de l’extrémisme islamiste à travers la région a d’ailleurs forcé Moscou à confiner les Jeux Olympiques dans une cellule. Et pour cause, Sotchi est devenue une cible tentante pour les Islamistes qui ont promis une vague d’attaques afin d’établir un califat indépendant à travers le Nord du Caucase. Le président russe, Vladimir Poutine, sait quelle importance possède un tel évènement dans le giron mondial d’où l’important système de sécurité mis en place pour les semaines à venir.

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"Il entend bien faire de ce grand événement sportif son grand succès. Pour y arriver, il aura besoin d'un consensus international. Même si l’on parle beaucoup de la sécurité comme étant le problème numéro un, je ne suis pas d’accord. Tout a été fait pour la sécurité à Sotchi. D’ailleurs, que ce soient les Européens ou les Américains, tous le disent. En revanche, cette espèce de ghettoïsation des Jeux par des mesures drastiques pose un souci. L’image du pays en pâtit. De même, il existe encore des problèmes qui ne sont pas réglés. Je pense aux lacunes en termes de démocratie, à cette loi liberticide contre les homosexuels. Tout cela va gâcher la grande fête des Jeux Olympiques", explique Alexandre Melnik. Sans aucun doute, le conflit se poursuivra. En 2013, les violences entre les militants et les forces de l’ordre ont fait 529 morts dans le Nord du Caucase. "Il faut montrer au monde entier le problème avec le terrorisme, que c’est normalisé. Pour autant, rien n’est réglé sur le fond. Tant que les terroristes courent toujours, la Russie n’est pas à l’abri", relativise Alexandre Melnik

L'expansion des attaques rebelles

Par ailleurs, il est très intéressant de noter l’incroyable expansion des attaques rebelles depuis 2000. Cette année-là, les violences ont débuté en Tchétchénie. Les forces russes ont repoussé leurs ennemis dans les montagnes et les forêts. Année après année, les attaques ont certes diminué mais se sont étendues sur la région, arrivant jusqu’au Daguestan et l’Ingouchie jusqu’en 2007. C’est à partir de 2011 que les attaques rebelles au Daguestan et en Ingouchie ont surpassé celles vues en Tchétchénie.

Si la décision du comité olympique de confier les JO à Sotchi a pu en surprendre quelques uns, ce n'est pourtant pas un coup d'essai. "Il fallait absolument montrer que la Russie était un pôle d’excellence incontournable dans le monde. En outre, cela va permettre au pays d’attirer des investisseurs étrangers. Poutine a vraiment mouillé le maillot pour obtenir ces JO. Il s’est engagé personnellement à ce que tout se passe bien. Après tout, ce n’est pas la première fois que les Jeux sont organisés dans un pays où la démocratie laisse à désirer. Les JO de Pékin se sont très bien déroulés, il va y avoir le Qatar…Avec cette organisation, la commission a reconnu le poids de la Russie", conclut Alexandre Melnik. 

Quoi qu’il en soit, le challenge est grand pour Vladimir Poutine qui fera tout pour prouver au monde entier que tout est fait pour sécuriser un évènement aussi important que les Jeux Olympiques.

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