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Zombie Apocalypse : pourquoi sommes-nous tellement fascinés
par le cannibalisme ?
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Zombie Apocalypse : pourquoi sommes-nous tellement fascinés par le cannibalisme ?

Les cas de cannibalisme se multiplient depuis qu'un américain a lacéré et dévoré le visage d'un SDF. Aux Etats-Unis, l'inquiétude grandit. A quand la "Zombie Apocalypse" ?

George Guille-Escuret

George Guille-Escuret

Chargé de recherche CNRS, George Guille-Escuret est l’auteur d’une série de quatre livres Sociologie comparée du cannibalisme et de Les mangeurs d’autres – Civilisation et cannibalisme.

Il mène des travaux de recherche comparative ethno-historique et méthodologique sur le cannibalisme guerrier dans le monde.

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Atlantico : un cannibale à Miami sous l’effet d’un dérivé du LSD, de la chaire humaine séchée en Chine, trois femmes dévorées au Brésil, un homme agressé à Seattle qui déclare avoir été attaqué par un groupe de lutins malfaisants… allons-nous vers une « Zombie Apocalypse » ?

George Guille-Escuret : On ne peut pas parler d’un mouvement uniforme. Le cas chinois dans la province de Yunnan est particulier parce que c’est une zone où existe une certaine tradition de l’anthropophagie guerrière. Le cas brésilien est manifestement mystique et lié à la religion chrétienne. Les autres cas, aux Etats-Unis notamment, relèvent de la psycho-pathologie. Ils sont liés au fantasme pour la chaire humaine. L’an dernier, des présentateurs néerlandais ont respectivement mangé une partie de leur abdomen et un morceau de leurs fesses en direct.

Aussi aberrant que cela puisse être, cela montre que le fantasme est rémanent. Dans la culture chrétienne, la chaire humaine est à la fois profane, naturelle, mais aussi chargée de sacré, car Dieu a fait l’Homme à son image. Cette terrible contradiction explique cette obsession pour la chair.

Que révèlent ces rumeurs sur le psyché collectif ?

Outre l’obsession pour la chair humaine, ces rumeurs nous rappellent que le cannibalisme est perçu comme la pire des barbaries dans nos sociétés. Pourtant, dans les sociétés cannibales, le cannibalisme implique le respect de l’autre et la reconnaissance d’autrui comme alter ego. Dire que le cannibalisme est incivilisé, comme Freud, est erroné. C’est une vision évolutionniste. Cette opposition « cannibalisme contre civilisation » fonctionne dans nos sociétés, où on voit le cannibalisme comme l’incivilité suprême. Mais c’est une vision datée de la « civilisation », qui postule la supériorité de notre culture sur celle des sociétés anthropophages.

Y a-t-il plus de cas d’anthropophagie aujourd’hui qu’avant ? Est-ce un phénomène de mode ?

C’est plus une coïncidence, un phénomène purement conjoncturel renforcé par le battage médiatique de quelques cas ponctuels. Souvenez-vous, voilà deux ans un prisonnier français avait attaqué et consommé son codétenu. En 2001, on parle du cannibale de Rotenbourg en Allemagne, qui avait envoyé une invitation à se faire manger sur internet et qui avait reçu 200 réponses. Depuis 50 ans, le mot « cannibalisme » est de plus en plus utilisé comme une métaphore. On parle de « cannibalisation » dans le travail, de « galaxies cannibales », … L’extension sémantique du terme est allée très loin.

C’est donc un phénomène récent ?

Au contraire. « Cannibale » est le premier mot que Christophe Colomb ramène d’Amérique, donnant naissance à un fantasme européen au XVIe siècle. On s’inspire du discours sur le sauvage américain. Il suffit de voir l’Essai de Montaigne sur les cannibales . De la même manière, le cannibalisme a toujours inspiré le cinéma et la télévision. On aime jouer à se faire peur. D’ailleurs, un vieux fantasme grec revient souvent dans les séries B : partout où il y a des cannibales, il y a des amazones à côté. Deux choses étaient interdites dans la cité grecque, le cannibalisme et la société féminine. Aussi, dans notre subconscient, deux choses empêchent l’avènement d’une société civilisée : le cannibalisme et le féminisme. Le cannibalisme contemporain fond les 2 obsessions : manger de la chair humaine et empêcher la vie sociale. Simplement, aujourd’hui, dans le contexte d’un véritable engouement pour les films d’horreur, internet favorise la propagation de la psychose collective.

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