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Yannick Jadot, le candidat du parti Europe Ecologie Les Verts (EELV) à l'élection présidentielle française de 2022, présente son programme présidentiel, le 2 février dernier.
Yannick Jadot, le candidat du parti Europe Ecologie Les Verts (EELV) à l'élection présidentielle française de 2022, présente son programme présidentiel, le 2 février dernier.
©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

2022

Zéro économie dans les programmes électoraux de gauche, la droite ne faisant pas mieux

L'économie est la grande absente de la campagne présidentielle à gauche. Les « programmes » des candidats pour 2022 et les promesses de réformes vont en revanche entraîner un creusement des déficits et une montée des taux d’intérêt si rien n’est fait pour la croissance.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Zéro référence à la situation présente, qu’elle soit budgétaire, économique, financière ou géopolitique. Aucun chiffre de cadrage sur le déficit budgétaire (170 milliards, 7% du PIB en 2021), sur la dette (2850 milliards, 115% du PIB), la croissance potentielle (1,2%), le chômage (8%, mais avec un taux d’emploi des 15-64 ans à 68%, contre 75% en Allemagne en 2018), le déficit commercial (78 milliards), rien non plus sur la Russie ou la Chine. C’est un problème quand la France, et l’Europe, s’interrogent sur leurs devenirs. Comment se projeter, si on ne dit pas où l’on est, les problèmes que l’on a, si on ne se compare pas et en étant flous sur les objectifs ?

Zéro addition des dépenses proposées : des milliers d’embauches de fonctionnaires (quelques policiers, un peu plus de magistrats, davantage d’enseignants et surtout des infirmières et des infirmiers), bien plus de logements « sociaux » à construire et à rénover, sans oublier des voitures et vélocipèdes à financer, des trains à développer sur des voies ferrées rénovées, plus un « revenu citoyen » ( vers 900 euros, sans précisions de conditions, ni de durée), plus un SMIC net qui passera vers 1500 euros, contre 1269 actuellement. Quel est le total des dépenses publiques ainsi envisagées et quel est son effet sur le déficit budgétaire ? Quel est l’effet de la hausse du SMIC, sachant qu’elle aura des répercussions sur les salaires proches du SMIC et concernera in fine un tiers des salariés ? Que deviendront l’emploi moins qualifié et les PME ?

Zéro effet prévu des impôts nouveaux et du contrôle des surfaces des logements (Jadot) : partout plus de tranches d’impôts sur le revenu, plus élevées en fonction des revenus, fin de la  flat tax, ce taux fixe moyen sur les revenus financiers instauré par Macron (et égal au taux fiscal européen), ces revenus financiers rejoindront donc les autres, pour être évidemment plus taxés. N’oublions pas le retour de l’ISF, éventuellement pour des raisons écologiques, qui paraît-il devrait rapporter trois ou quatre fois plus que l’ISF originel. En plus, des hausses de l’impôt sur l’héritage ! Le taux de prélèvements obligatoires en France atteint déjà 47,5% du PIB en 2020, deuxième de peu derrière le Danemark (47,6%) et bien devant l’Allemagne avec 41,5%. Quelles réactions attendre de ces hausses qui feront de la France le pays le plus taxé d’Europe, au moment où il faut plus d’innovation, d’investissement risqué et d’emploi de qualité ?

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Zéro analyse des risques actuels et de la recherche de l’autonomie stratégique européenne : pourtant, ce qui se passe en Ukraine, mais aussi en Lybie, au Mali, au Kazakhstan… montre que la Russie est présente sur plusieurs fronts, pour gérer son ancien empire et freiner l’Otan. On ne peut passer non plus à côté de la Chine, sans oublier que les États-Unis ont aussi des lois extraterritoriales qui nous font plus peur qu’à la Russie et à la Chine ! Si la France et la zone euro ne créent pas une puissance plus forte et plus unie, toutes ces « propositions politiques » manquent l’essentiel.

Zéro effet cumulé des programmes, dans des simulations économiques toujours absentes : « normalement » les programmes sont plus précis pour être quantifiés et entrer dans des simulations économiques. Le flou qui règne actuellement empêche cet exercice, autour duquel se faisaient les débats, lors des précédents scrutins. Ceci ne veut pas dire que la politique s’effacera ensuite derrière l’économétrie. Mais aujourd’hui, l’écologie et l’immigration offrent des écrans plus épais encore que les inégalités ou les « fractures » partout commentées, pour ne pas parler vraiment de compétitivité et d’emploi.

Zéro prise en compte de la révolution de l’informatisation et des aides qu’elle pourrait apporter pour la compétitivité… et l’écologie : les débats politiques se font comme si les ordinateurs n’existaient pas, comme si on ne pouvait pas mieux gérer les villes et les villages, les écoles et les universités avec plus d’équipements et des experts, fonctionnaires ou non, mieux formés et payés, mais pas forcément en grand nombre. Les entreprises, lancées depuis des années dans des programmes de modernisation et d’efficacité, ont commencé à se mettre au service de l’écologie. Il n’y a aucune raison pour qu’une part importante du système public ne puisse faire de même, et il s’agit de concentrer ses efforts sur les systèmes de soin, où du capital humain est directement indispensable, et à former !

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Zéro investissement en cybersécurité, défense du territoire, alliance dans l’Otan et partenariat avec l’Afrique : le monde n’est pas en paix, de moins en moins, et plus près de chez nous. Peut-on prévoir des dépenses à cinq ans en oubliant les cyberguerres, les batailles hybrides, une force européenne spécifique, les nouvelles armes ? Peut-on être pacifiste sans le dire ?

Zéro économie à gauche, et à droite aussi : c’est cher et perdant. Cher, car les « programmes » boucleront dans l’économie réelle avec un creusement des déficits, une montée des taux d’intérêt et des faillites, donc du chômage si rien n’est fait pour la croissance. Perdant donc, en ne se formant pas et en n’investissant pas dans l’économie du futur. L’économie ne sait pas tout et ne trouve pas tout, mais elle aide au débat et à trouver des solutions, sauf si on souhaite les éviter, de part et d’autre. Il est temps de s’inquiéter.

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