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ZAD de Notre-Dame-Des Landes : ce que la victoire du gouvernement révèle de sa propre habileté et de la faiblesse de ses prédécesseurs
©JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

En creux

ZAD de Notre-Dame-Des Landes : ce que la victoire du gouvernement révèle de sa propre habileté et de la faiblesse de ses prédécesseurs

Le gouvernement a visiblement joué sur les deux tendances qui composent la ZAD : d’un côté, une tendance d’opposition complète à toute forme de gouvernement, et de l’autre, une autre tendance plutôt sociale et gestionnaire, plus structurée, qui souhaitait conserver ces zones expérimentales.

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il est l'auteur de Mensonges en gilet jaune : Quand les réseaux sociaux et les bobards d'État font l'histoire (Serge Safran éditeur) ou bien encore de La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), à la Fondapol (Fondation pour l'innovation politique). 

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Atlantico : Alors que l'échéance concernant les régularisations des zadistes a expiré ce lundi 23 avril à minuit, le climat était à l'apaisement sur le terrain de Notre-Dame-des-Landes. Comment expliquer ce qui apparaît, jusqu'à présent, comme un succès pour le gouvernement ? Quelle a été la méthode efficace dans ce dossier qui a déjà pu user plusieurs gouvernements ?

Sylvain Boulouque : D’une part, c’est compliqué, parce que Macron au départ était favorable. Mais Nicolas Hulot avait posé une condition sine qua à son entrée dans le gouvernement, en l’occurrence que le projet de Notre-Dame-des-Landes soit abandonné. L’hostilité au projet de Nicolas Hulot est la première raison du résultat actuel, car à partir de ce moment-là, le premier obstacle à la résolution de ce conflit était la fin du projet. Ce qui n’était pas la logique des précédents gouvernements. Les autres gouvernements étaient dans une logique industrialiste et de soutien aux lobbys de l’aviation et de la construction. 

Ensuite, le deuxième élément qui explique ce succès est que le gouvernement a malgré tout montré aux zadistes qu’il n’était pas prêt à accepter tout et n’importe quoi et donc qu’il fallait absolument, tant que les zadistes voulaient rester sur la zone de Notre-Dame-des-Landes qu’ils déposent des projets. Le gouvernement a donc visiblement joué sur les deux tendances qui composent la ZAD : d’un côté, une tendance d’opposition complète à toute forme de gouvernement, plutôt anarchisante et de l’autre une autre tendance plutôt sociale et gestionnaire, plus structurée, qui souhaitait conserver ces zones expérimentales sans rentrer dans un conflit où ils se seraient de toute manière retrouvés perdants parce que le gouvernement avait très clairement dit qu’il ne transigerait pas. C’était dès lors soit la conciliation sur un certain nombre de dossiers, soit une lutte qui sur le long terme semblait être perdue pour les zadistes, parce qu’il n’était pas complètement possible de faire évacuer la ZAD a plus ou moins longue échéance.

Qu'est-ce que ce succès apparent révèle des erreurs d'appréciation des exécutifs précédents ? Faut-il y voir une peur excessive de l'action sur le terrain, une forme d'immobilisme, ou peut-on parler d'un problème de compétence sur le traitement du dossier ?

Je crois qu’il y avait un problème de compétences, dans la mesure où les différents précédents gouvernements - et ce depuis le début du projet, il y a plus de 30 ans, étaient dans une logique complètement industrielle, où on imaginait des aéroports dans toutes les villes de France. Et on ne se posait pas du tout la question de la raréfaction des énergies fossiles ou de la biodiversité. 

Aujourd’hui, les choses ont beaucoup changées. Certes, il y a un problème avec l’aéroport actuel, qui est trop petit, mais il y a des extensions possibles. Les gouvernements successifs précédents sont restés dans la logique qu’il fallait construire et à tout prix cet aéroport et ont multiplié les erreurs stratégiques, la dernière étant le paradoxale, celle du référendum. Ce dernier, s’il a en effet validé le projet, montre très bien quand on étudie la carte des votes que plus on était éloigné de l’aéroport dans le département Loire-Atlantique, plus on votait oui à l’aéroport. Il y avait donc quelque chose d’aberrant dans cette construction

Mais il faut reconnaître qu’à l’époque, le poids des lobbys industriels et aéronautiques étaient plus fort qu’aujourd’hui, et ils avaient mis beaucoup d’énergie pour voir l’aéroport réussir. Ce qui explique les échecs des prédécesseurs. Alors qu’aujourd’hui il y a le rôle de Hulot, qui a apporté sa sensibilité personnelle au problème. Et Emmanuel Macron, afin de ne pas être uniquement considéré comme un gouvernement de droite - les études récentes montrent bien cette perception de la part des Français - avait besoin de cette légitimité apportée par Hulot à gauche. Hulot, rappelons-le, avait voté Mélenchon en 2012 et… Benoit Hamon au premier tour en 2017. 

Bien que l'opinion soit aujourd’hui bien moins favorable à Emmanuel Macron au moment de son élection, le soutien de la population reste fort concernant NDDL, un sondage Elabe publié le 18 avril dernier indiquant que "65% des Français considèrent, comme Emmanuel Macron, que « la colère des zadistes à Notre-Dame-des-Landes est illégitime ». Comment expliquer que cette "compréhension" de l'électorat n'ait pas été justement perçu par les exécutifs précédents ?

Il faut faire attention. L’opinion actuelle s’explique par les affrontements contre les zadistes observés ces dernières semaines, et plus généralement depuis l’annonce de la fin du projet. Et avant, tout, une grande partie de l’opinion ne s’intéresse que très superficiellement à cette affaire, et ne se sent pas concerné, à commencer parce que cela ne les impacte pas. Après, d’une manière plus générale, ce qui a choqué l’opinion, c’est que les zadistes aient gain de cause et qu’ils cherchent malgré tout à occuper les lieux sans se soumettre aux conditions et en affrontant les forces de l’ordre. Cela montre bien la complexité de la perception de la crise, où le gouvernement a bien fait en sorte d’abandonner le projet sans perdre la face. Une partie des zadistes, en cherchant l’affrontement systématique a perdu la bataille des opinions. Mais tout cela était versatile, car le risque d’un « Sivens bis » ou d’un dérapage dramatique de ce genre était bien là.

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