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Mohammed ben Salmane a été promu en début d'année 2015 à la tête des opérations militaires du royaume au Yémen.
Mohammed ben Salmane a été promu en début d'année 2015 à la tête des opérations militaires du royaume au Yémen.
©Reuters

Portrait d'un guerrier

Yémen, le chef de guerre que personne n'avait vu venir : mais qui est donc le prince saoudien qui dirige les opérations ?

Mohammed ben Salmane a été promu en début d'année 2015 à la tête des opérations militaires du royaume au Yémen. S'il connaît pour le moment un certain nombre de succès politiques, il demeure très controversé.

Antoine  Basbous

Antoine Basbous

Antoine Basbous est politologue et spécialiste du monde arabe, de l'islam et du terrorisme islamiste. Il a fondé en 1992, à Paris, l'Observatoire des Pays Arabes (OPA) qu'il dirige depuis.Consulté par les plus grandes entreprises, les gouvernements et les tribunaux européens et Nord-américain dans le cadre des différentes crises secouant le Moyen-Orient, il est également l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le tsunami arabe (Fayard, 2011).

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Atlantico : L'Arabie saoudite a changé de gouvernement en début d'année 2015. Le Prince Mohammed ben Salmane, 34 ans, à été nommé à la tête du ministère de la défense, dans une séquence guerrière historique pour le royaume. Que sait-on concrètement de lui, quelle est son éducation, son rapport à l'occident ? 

Antoine Basbous : Théoriquement, Mohammed ben Salman n'est pas concerné par la succession du fait de sa position dans la fratrie. Mais récemment, fait symbolique, il a été félicité pour le changement de gouvernance à Riyad au même titre que le roi, le prince héritier et le vice-prince héritier. Il est donc peut-être appelé à « doubler »ses cousins et frères plus âgés. En tout cas, c'est sans doute une de ses ambitions. Car Mohammed est l'homme de confiance de son père, qui l'a nommé à de très hautes responsabilités :  ministre de la Défense, et chef de la Cour royale alors qu'il n'a que 34 ans. D'un point de vue psychologique, on le connaît très impulsif, voire colérique. Il ressemble pour tout dire à son père lorsqu'il était jeune. Auparavant, quand il était moins sous les projecteurs, il pouvait se permettre certains écarts de conduite. Mais depuis sa récente nomination au ministère de la Défense, rien n'a fuité dans ce sens. En réalité, il incarne la réponse virile du royaume face aux défis de l'Iran

Pour ce qui est de son éducation, nous savons qu'il a étudié le Droit en Arabie Saoudite, mais n'a pas, à ma connaissance, suivi d'études en Occident. Actuellement, il supervise les opérations de la Coalition au Yémen, en binôme avec son cousin germain le prince Mohammed ben Nayef, le ministre de l'Intérieur et vice-prince héritier. Pour autant, ils ne sont pas en rivalité au contraire: le ministre de l'Intérieur n'ayant pas de fils, il pourrait le nommer comme prince héritier puisque leur écart d'âge est de 21 ans. D'ailleurs, les deux hommes se présentent ensemble sur le front.

Quelle a été son action à ce jour, en quoi est-il controversé ? 

Il était controversé pour sa conduite au quotidien et pour sa « royale » arrogance. Néanmoins, et malgré sa jeunesse il a reçu les faveurs du roi, dans un royaume où ceux qui dirigent sont principalement des septuagénaires, voire des octogénaires. Ce niveau de responsabilité attise les convoitises. Il faut dire qu'il n'avait pas une très belle image jusqu'à ce qu'il prenne la main des opérations militaires au Yémen, au point qu'en 2014, il n'avait pas pu constituer son cabinet comme il le souhaitait : sa réputation était telle que certains n'ont pas voulu travailler pour lui, et il avait dû se priver d'hommes de grande qualité.

Quelle est sa capacité d'influence au sein du royaume, et en quoi cette opération au Yémen est-elle déterminante pour lui ? 

L’opération au Yémen constitue son baptème du feu. Jusque-là, il n'avait pas très bonne presse. Ayant cumulé des charges très importantes, c'est son heure de vérité. Il sera notamment jugé sur sa capacité à générer un "sursaut"militaire et diplomatique dans la région, afin que l'Arabie saoudite s’émancipe de la tutelle américaine, et que le pays acquière une meilleure autonomie. Le fait que Barack Obama ait approuvé l’accord nucléaire avec l'Iran a été perçu comme une leçon pour les Turcs et les Saoudiens. Il faut dire que sur le Yémen, l'Iran fait encercler l'Arabie par le sud. Aussi, ce jeune prince a une revanche à prendre depuis que les houthis ont franchi la frontière saoudienne en 2009. Malgré son armement très sophistiqué, l'Arabie saoudite n'avait pas su les repousser avant 3 mois, et au prix de la mort de 130 soldats. Une revanche opportune donc, contre son oncle et son cousin chargés des opérations à l'époque. 

Cette opération constitue une bouffée de fierté nationale pour les Saoudiens : tout d'abord ils ont vu la puissance de feu de leurs avions, avec des points de presse quotidiens rappelant les pratiques des grands pays. Aussi, ils ont pu constater qu'en très peu de temps une coalition sunnite incluant les monarchies du golfe et lesEgyptiens avait pu être mise sur pied... Une démonstration de force que savourent les saoudiens, et dont le prince Mohammed ben Salman est l'un des artisans. Malgré son inexpérience, si cette opération s'avérait payante, il en bénéficierait au niveau de l'opinion. Mais auparavant, il devra arrêter l'avancée des houthis dans l'ex-Yémen du sud,reprendre le golfe d'Aden et restaurer le président Hadi dans ses fonctions et au Yémen. 

En quoi ces éléments permettent-ils de déterminer les actions à venir du royaume, notamment face à l'influence iranienne grandissante dans la région ?

Mohammed ben Slaman demeure un homme politique en cours de formation. Brutalement, il exerce des fonctions extrêmement stratégiques, et il devra donc montrer s'il peut s'adapter aux situations auxquelles le pays est confronté. Comme il est le bras droit de son père, on verra comment il gérera cette crise majeure jusqu'à la fin, notamment dans sa gestion humanitaire du conflit. 

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