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Xavier Niel.
Xavier Niel.
©Reuters

Tribune

Xavier Niel, aspirant président de la République ?

Lâchée au cœur de l’été, l’information est passée inaperçue. Xaviel Niel, patron de Free, souhaite financer la création de 800 logements dans la ville d’Ivry-sur-Seine. Si on fait le compte de tous les projets portés par Niel, ça commence à faire beaucoup. Et, soudain, une question, farfelue mais peut-être pas si bête : et si, à force de se comporter comme un candidat à la présidentielle en campagne, Xavier Niel finissait par vraiment le devenir, candidat ?

Forfait tout compris

Rembobinons. 800 logements à Ivry, donc. Le "Robin des bois des télécoms" n’a pas l’intention d’enfiler la casquette de magnat de l’immobilier, mais simplement de fournir un toit aux entrepreneurs des centaines de start-ups qui devraient voir le jour en 2017 à quelques encablures de là, dans la Halle Freyssinet, structure de 33 000 m2 qu’il a rachetée pour en faire le plus grand incubateur numérique du monde.

Et ? Et bien c’est un peu plus intéressant que ça n’en a l’air, puisque ça montre que Niel ne se limite désormais plus à des projets dans le seul secteur numérique, mais souhaite mettre en place une certaine transversalité. En plus de devoir en partie leur job à Niel, les petits cracks du Web qui investiront l’ancien bâtiment ferroviaire du 13e arrondissement parisien dans deux ans pourront donc le remercier de leur avoir trouvé un logement. Pas impossible qu’ils lui doivent également une formation sur mesure, Niel ayant ouvert courant 2013 "42", une école d’informatique privée.

Niel décline des projets qui s’imbriquent, forment, si l’on veut bien prendre un peu de recul, un genre de phalanstère à la Fourier – le côté caserne militaire en moins. La 10e fortune de France ne se limite plus à apporter des réponses aux consommateurs en galère de forfait mobile bon marché, mais propose désormais des solutions aux Français en mal de logement ou de formation scolaire. Tout un système.

Une implication accrue dans la vie de la cité qui déborde le cadre de ses fonctions de patron d’un grand groupe de télécoms. Niel développe une approche globale, joue sur tous les tableaux, et se moque pas mal du qu'en dira-t-on. Il a raison, de toute façon on en dit plutôt du bien. Selon un sondage Advent pour le magazine Capital, 65 % des Français l’ont à la bonne, ce qui fait de lui l’un des patrons-coqueluches du pays.  

Poil à gratter citoyen

Ce glissement du costume de chef d’entreprise à celui de grand ordonnateur n’en est pas vraiment un. Celui qui a fondé un empire en proposant aux Français des forfaits mobiles low-cost n’a jamais caché sa fibre citoyenne. En cassant les marges de Free, Niel, businessman averti, souhaitait bien entendu attirer un maximum de clients, mais a toujours revendiqué une autre ambition : restituer un peu de pouvoir d’achat aux Français. L’opération a bien fonctionné, puisque selon François Miquet-Marty, directeur associé de Viavoice, Xavier Niel symbolise à leurs yeux "le combat contre la vie chère et pour le pouvoir d’achat".

Lors du lancement de Free mobile en janvier 2012, le franc-tireur Niel avait lancé, goguenard : "On n’est pas là pour gagner de l’argent, on est là pour foutre le bordel !" Si l’on vide cette tirade de sa substance provocatrice, destinée à amuser la galerie, reste une formule atypique dans la bouche d’un dirigeant. L'homme ne vend pas que des forfaits téléphoniques discount, il vend une certaine attitude, une façon d’être qui encourage à remettre en cause les règles du jeu telles qu’établies.

Le patron d'Iliad a incontestablement un côté poil à gratter, empêcheur de tourner en rond. Il s’en prend régulièrement aux élites françaises, qu’il accuse de "copinage". Son antienne : "La plupart des hommes d’affaires français sont des héritiers, qui fréquentent les mêmes cercles, ou ont obtenu leurs postes directement ou indirectement grâce au pouvoir politique".

Quand il ne dézingue pas ses pairs, il n’hésite pas à égratigner la classe politique. Dans un entretien accordé au Financial Times, il lâche : "La France n’est pas le pays le mieux dirigé. (…) La France fait des gaffes énormes, comme cette taxe à 75 % qui ne touche personne mais fait parler tout le monde." Tribute to François Hollande. Avant lui, Nicolas Sarkozy en avait également pris pour son grade, et s'était irrité de la participation de Niel dans des médias comme Bakchich ou Mediapart. 

Vision politique

Téléphonie, Internet, incubateur de start-ups, ouverture d’une école, création de logements, volonté (avortée) de développement à l’international avec le rachat de l’Américain T-Mobile, participations dans de nombreux médias, etc., Xavier Niel a la bougeotte. De son propre aveu, il serait investisseur dans 800 ou 900 entreprises dans le monde. De quoi donner l’impression d’un esprit dispersé.

En fait, pas tant. Ce serait même plutôt le contraire. Niel cherche bien sûr à accroitre son empire, mais en s’improvisant business angel, son ambition est également politique. L’ouverture de l’école 42 a été accompagnée de la publication en ligne d’un manifeste. Le texte s’appelle "Notre ambition pour la France" et milite pour que le pays, 5e puissance économique mondiale mais seulement 20e pour l’économie numérique, intègre sa place légitime dans ce domaine. Une fois ce but atteint, dixit le document, "le problème du chômage en France sera résolu". Ce qu’il fallait démontrer.

Xavier Niel porte, chevillée au corps, une vision qui transcende largement son rôle d’entrepreneur à succès. Emploi, logement, économie, éducation nationale, etc., si l’on rassemblait toutes ses idées, on se retrouverait avec un programme présidentiel qui n’aurait rien à envier à celui de certains candidats. Ajoutez-y les t-shirts floqués à son effigie portés par ses employés, une fanpage Facebook soutenant sa candidature (si, si, même si likée par une poignée d’internautes seulement), et vous vous retrouvez avec un aspirant président en bonne et due forme, un peu dilettante c’est vrai mais filez-lui une équipe de campagne et il fera des ravages.  

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