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"Wolfson Prize" : et le gagnant du meilleur dynamiteur britannique de l'Euro est...
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Zone franche

"Wolfson Prize" : et le gagnant du meilleur dynamiteur britannique de l'Euro est...

Un aristocrate britannique finance la réflexion sur les moyens de faire exploser la zone euro à hauteur de 250 000 livres. Moi, ça me donne surtout envie de vendre du sterling.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Si Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Jacques Cheminade et les autres wannabe-présidents convaincus de la nécessité de faire exploser l’euro (je ne cite pas Poutou et Arthaud, puisque j’imagine que la révolution ferait disparaître les échanges marchands et donc la monnaie tout court) ont un peu de mal à expliquer comment ils s’y prendraient, qu’ils se réjouissent !

« Help is on the way », comme disait Obama à propos de tout autre chose...

Lord Wolfson, un multimillionnaire (en livres) britannique avait en effet promis, il y a quelques mois, d’offrir une petite fortune à quiconque élaborerait la méthode de démembrement de la zone euro la plus efficace. Les contributions n’ayant pas manqué, les noms des cinq finalistes ont été dévoilés mardi et seront départagés le 5 juillet prochain.

Pour la petite histoire, ces derniers ont déjà empoché 10 000 livres pour leur peine, ce qui n’est pas si mal même s’ils en restent là. A « Questions pour un champion », ils seraient repartis avec Théorie monétaire de Jacques Rueff en édition Folio et un porte-clefs.

En tout état de cause, le quart de million de sterling en jeu n’ira pas à un farfelu incapable de faire la différence entre M2 et M3 : les « nominés » sont tous salariés des meilleures institutions financières pendant la journée et savent exactement de quoi ils parlent. J’espère d’ailleurs qu’ils n’ont pas planché sur la fin de la zone euro sur leurs heures de travail, ça serait tout à fait immoral...

Mention spéciale du jury pour un petit écolier hollandais hellénophobe

Roger Bottle (Capital Economics) s’intéresse ainsi au moyen le plus pratique de faire plonger salaires et prix sans trop de dégâts, tandis que Catherine Dobbs (investisseuse privée) réfléchit à celui d’empêcher les consommateurs de convertir leurs euros en dollars ou en francs suisses (ah les canailles !) juste avant de voir leurs économies transformées en billets de Monopoly.

Jens Nordvig (Nomura Securities) est moins branché petit peuple et se penche lui sur la façon d’éviter aux détenteurs institutionnels de dette en euros de se retrouver le bec dans l’eau. C’est la moindre des choses, bien entendu, pour un type de chez Nomura, et il réinvente donc l’ECU, dans lequel il stocke la montagne de passif des États qui doivent alors se débrouiller pour rembourser avec leurs francs, leurs pesetas et leurs drachmes (on leur souhaite bon courage !)...

Neil Record (Record Management) se concentre sur la grande discrétion nécessaire à la destruction de la zone euro pour éviter la panique. Enfin, Jonathan Tepper (Variant Perception), est l’optimiste irréfragable de la bande puisqu’il rappelle que l’Armageddon promis dans les situations de dévaluations massives et de sortie d’union monétaire se produit rarement (si tu le dis...).

Et parce que le jury du prix Wolfson a de l’humour, il a même distingué un écolier hollandais de 10 ans, Jurre Hermans, en lui signant un chèque de 100 livres juste parce qu’il suggérait d’envoyer balader les Grecs. Ah le brave petit. Ses parents doivent être si fiers... Si jeune et déjà convaincu de ce qu’une union monétaire doit fatalement s’adosser à un modèle socio-économique cohérent et conduire à une convergence des politiques fiscales et budgétaires de ses États-membres.

Hum, d’un autre côté, s’il se fait régulièrement casser ses lunettes à la récré parce qu'il ne joue jamais au foot avec les copains, il ne faudra pas venir se plaindre auprès des instits...

Bon, mais tout ça ne m’alarme pas beaucoup parce qu’un aristo britannique qui finance la recherche anti-euro d’une poignée de brokers en mal de reconnaissance, c’est tellement convenu que c’est à peine si les agences de notation vont s’en rendre compte. Moi, de mon côté, je parie plutôt sur la préservation de la zone euro et la chute de la livre comme en 1992, ce qui m’arrangerait bien parce que ma fille est à la fac en Angleterre et que ça me coûte an arm and a leg.

Ça ne va pas faire les affaires de Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et Jacques Cheminade, c’est sûr, mais franchement, rien ne saurait me faire davantage plaisir. Vive l'euro !

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