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Wauquiez face à Ruth Elkrief : habile, mais pas débarrassé du sparadrap Sarkozy
©BERTRAND LANGLOIS / AFP

Débriefing

Wauquiez face à Ruth Elkrief : habile, mais pas débarrassé du sparadrap Sarkozy

Pour Laurent Wauquiez, le passage sur BFMTV a, (pour le moment du moins,) clos ce qu'il appelle le "déchaînement médiatique" provoqué par les propos "cash" enregistrés à son insu devant les élèves de l'Ecole d'Ingénieurs de Lyon.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Pour  Laurent Wauquiez, le  passage sur BFMTV a, (pour le moment du moins,) clos ce qu'il appelle le "déchainement médiatique" provoqué par les propos "cash" enregistrés à son insu devant les élèves de l'Ecole d'Ingénieurs de Lyon. Pour dégonfler l'affaire  et tenter d'en réduire la dimension, le patron des Républicains a choisi de s'exprimer sur une chaine d'information, dont le public est plus ciblé "politique" que celui des 20H des grandes chaines nationale. Une manière de circonscrire la polémique à la sphère politicienne. Laurent Wauquiez  a disposé du temps voulu pour dénoncer "des méthodes de voyou", dérouler sa défense,  sa contre-attaque, se poser en victime du "deux poids deux mesures de la part de la presse" qui s'en prend selon lui, davantage à la droite qu'à la gauche, et déplorer le fait d'être "devenu une cible parce que j'ai commencé à reconstruire la droite"...Mais, réagit-il, " je connais le prix à payer", sous entendu qu'il n'écoute que son sens du devoir: "je le paierai s'il le faut pour le bien de ma famille politique".

Oui, il assume tout ce qu'il a dit, sauf ... ses propos sur Nicolas Sarkozy à qui il a présenté ses excuses, mais qui s'est jusqu'à présent, contenté de "prendre note". Tout y était : une once de regret, et surtout  une bonne dose de courage revendiqué face aux agressions. Et comme dans tout bonne contre-attaque, il annoncé qu'il allait porter plainte contre l'émission "Quotidien", et saisir le CSA. L'effet d'annonce  est toujours garanti.

En "assumant" Laurent Wauquiez a donc  voulu montrer (- à l'électorat de droite), qu'il n'est pas homme au double langage, même si les termes utilisés devant une trentaine d'étudiants ne sont pas les mêmes que ceux  qu'un diplômé de Normale Sup utiliserait sur un plateau télé...Par exemple, devant les étudiants: "Valérie, (Pécresse), qu'est-ce qu'elle peut dire comme conneries". Pour Laurent Wauquiez (sur BFM), c'était de l'humour. A la télé il aurait sans doute dit : "elle a commis des erreurs" Sur Alain Juppé qui a " cramé la caisse"? Certes, il a transformé Bordeaux mais les impôts ont augmenté dans sa ville. Le Medef, accusé avec la CGPME d'être " les pires de tous.... ils n'en n'ont rien à foutre de savoir si on augmente les cotisations sur les entreprises. La seule chose qu'ils veulent c'est encaisser l'argent". Laurent Wauquiez ne l'aurait peut-être pas dit comme ça en interview mais maintenant que c'est dit, oui,  il considère que les organisations patronales ne se soucient pas assez des entreprises et plus  des structures patronales.

En a-t-il pour autant fini avec sa propre famille ? Pas sûr, car hier soir l'ancien Ministre Dominique Bussereau a twitté " puisque Laurent Wauquiez assume ses errements et sa violence verbale j'en tire les conséquences : j'étais en congé des républicains, ce soir j'en démissionne définitivement". Il a été suivi dans sa démarche par la députée européenne Elizabeth Morin-Chartier et l'élu lyonnais, ancien député et candidat à la mairie de Lyon, Emmanuel Hamelin. De leur coté, seize vice présidents délégués spéciaux de la Région Ile de France, sous la houlette de Jérôme Chartier,  lui ont adressé un courrier dans laquelle ils " demandent de retirer ses propos" sur Valérie Pécresse. Pour eux cette " attaque n'est pas acceptable". A Bordeaux  où la riposte n'est pas groupée, les élus proches d'Alain Juppé expriment leur indignation à titre individuel, l'un d'eux a parlé de " saloperie". Quant à la première adjointe du maire de Bordeaux, Virginie Calmels, vice-présidente de LR, elle a posté un tweet sibyllin "La parole est d'argent, le silence d'or".

Cela signifie-t-il qu'elle préfère garder le silence dans ce moment embarrassant, car elle se revendique toujours" juppéiste". Enfin, il y a les propos sur Nicolas Sarkozy, pointé du doigt pour avoir fait espionner les portables de ses ministres, le " seul regret"  de Laurent Wauquiez, formulé lors d'une conversation privée avec l'ancien président et réitéré sur le plateau de BFM : "c'était une rumeur, je ne l'ai jamais vraiment cru", plaide-t-il. On ne l'a pas entendu comme ça dans l'extrait diffusé...Le Canard Enchainé de ce jour publie une version pas édulcorée de leur entretien (chaud)...qui n'ont pas été démentis par "l'entourage " de l'Ex : sa porte-parole, Véronique Waché se contente de dire que le Canard n'est pas le "canal officiel de d'expression de Nicolas Sarkozy". Certes, mais les canaux officieux sont souvent utiles et il suffisait d'échanger quelques propos avec des sarkozystes historiques ces jours ci pour comprendre que le " retraité de la politique" n'est pas prêt à passer l'éponge. Nicolas Sarkozy sera-t-il le sparadrap qui colle ou va-t-il devenir l'oursin qui pique et qui fait mal ?

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