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Dans le secteur manufacturier, les stocks se réduisent, les commandes à l'exportation retrouvent de la vigueur.
Dans le secteur manufacturier, les stocks se réduisent, les commandes à l'exportation retrouvent de la vigueur.
©Reuters

Cocorico

Vu de (trop) loin ? Radiographie des 7 atouts fondamentaux de la France qu’identifient les étrangers

Les dernières prévisions de l'Insee prévoient une contraction de l'activité de 0,1% en 2013 et une hausse continue du chômage jusqu'à fin 2013, en contradiction avec les promesses de François Hollande. Pourtant, peu de commentateurs ont souligné... les bonnes nouvelles.

Philippe Waechter

Philippe Waechter

Philippe Waechter est directeur des études économiques chez Natixis Asset Management.

Ses thèmes de prédilection sont l'analyse du cycle économique, le comportement des banques centrales, l'emploi, et le marché des changes et des flux internationaux de capitaux.

Il est l'auteur de "Subprime, la faillite mondiale ? Cette crise financière qui va changer votre vie(Editions Alphée, 2008).

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Atlantico : L'INSEE dans sa dernière note de conjoncture indique que la France est sortie de récession. Qu'est ce qui a changé ?

Philippe Waechter Effectivement, dans sa note de conjoncture l'Insee indique un léger rebond de la croissance au 2ème trimestre 2013 mettant fin au repli observé depuis l'automne 2012. Au regard du cadre qui a été dessiné par l'Insee il n'y a cependant pas encore de signaux capables de créer l'enthousiasme. En effet sur l'ensemble de l'année le chiffre d'activité régressera de -0.1%. Globalement il y a peu de changement, il n'y a pas de rupture dans le scénario de l'Insee et surtout pas de rebond de l'investissement des entreprises ni dans la consommation des ménages.

Si l'on veut une vision plus positive on relèvera que dans les enquêtes menées auprès des chefs d'entreprise on perçoit des signaux plus positifs sur le secteur manufacturier. Les stocks se réduisent, les commandes à l'exportation retrouvent de la vigueur. Les éléments se mettent en place pour qu'en zone euro et en France ce secteur retrouve une allure plus robuste. Généralement c'est le premier signal d'une meilleure orientation de l'activité en Europe. Acceptons-en l'augure.

Compétitivité, exportation d’énergie, part dans l’économie mondiale, tourisme, éducation, système de crédit immobilier plus sain ou gestion publique seraient selon un article du Business Insider sept atouts solides sur lesquels peut encore reposer l’économie française. Qu'en est-il réellement ?

Les 7 arguments sont justes mais cela ne me semble pas répondre aux questions posées aujourd'hui à l'économie française. La question majeure est celle de l'impulsion qui permettra à l'économie française de retrouver une trajectoire de croissance robuste et s'inscrivant dans la durée.

Les éléments évoqués permettront d'accompagner un mouvement haussier mais ils ne semblent pas susceptibles de le créer spontanément.

Ils peuvent apparaitre comme un filet de sécurité et sont suffisamment diversifiés comme peut l'être effectivement l'économie française pour limiter les risques. Cependant ils ne permettent pas aujourd'hui d'inverser la dynamique du chômage, d'accroître rapidement le pouvoir d'achat des ménages ou encore d'améliorer les marges des entreprises.

En d'autres termes et au regard de la façon dont l'économie française s'est développée depuis de nombreuses années les 7 facteurs évoqués font partis des sources nécessaires de la croissance mais ils ne sont pas suffisants par eux même à engendrer la croissance économique dont la France a besoin.

Ces éléments présentés comme des atouts le sont-ils encore vraiment tant que ça ? Certains ont-ils été pervertis ? Sont-ils devenus des handicaps ? Lesquels ?

Ce sont indéniablement des atouts même si l'on constate que ceux relatifs à la dynamique économique en tant que telle sont fragiles. Dans l'argument relatif à la compétitivité il est noté que l'économie française est 21e sur 144 mais le détail de ce classement montre que le fonctionnement des marchés de biens et du travail manque d'efficacité. Les marges d'amélioration sont importantes mais ces classements traduisent aussi un état des lieux et la nécessité de réformer en profondeur l'économie pour qu'elle retrouve de l'efficacité.

On peut aussi remarquer que certains facteurs évoqués ont des origines parfois lointaines dont on bénéficie encore largement. C'est le cas de l'électricité nucléaire. C'est le cas aussi du tourisme mais là on ne peut se satisfaire uniquement du nombre de touristes visitant la France. Un rapport récent suggérait qu'en dépit du nombre de visiteurs la compétitivité touristique de la France s'étiolait car les structures d'accueil perdaient en attractivité. Sur un autre plan on constate que s'il y a de grandes entreprises françaises leur chiffre d'affaires se développe souvent davantage en dehors de France et que l'extension de leur activité s'opère souvent hors des frontières.

En d'autres termes, les 7 facteurs traduisent un effet du temps qui passe et de ce qui a été construit par le passé. Ils ne permettent pas spontanément une projection dans le futur. La question majeure est plutôt de savoir si ces 7 facteurs sont des arguments, des incitations pour investir en France et créer une dynamique de productivité qui profite à l'ensemble des français. Au regard de la dynamique actuelle de l'investissement des entreprises, ce n'est clairement pas suffisant.

Si la France a indéniablement de nombreux atouts, en a-t-elle autant qu’avant ?

La France dispose d'une forte attractivité, cela s'est vu encore récemment sur les flux d'investissement direct. Cependant comme le suggérait récemment un rapport d'Ernst and Young cette attractivité a tendance à s'étioler notamment parce que des interrogations obèrent l'horizon. Tout le monde constate des changements forts et nombreux sur le cadre fiscal et social. Ceci provoque nécessairement des interrogations lorsque l'on s'installe ou que l'on veut s'installer en France. La France est dans une phase d'hésitation entre un modèle social et de croissance qui serait le prolongement de celui que l'on a observé par le passé avec quelques ajustements et un modèle où l'économie française entre dans la dynamique globale pour être un "global player". Cela nécessiterait alors des ajustements profonds du modèle économique. On perçoit bien que la deuxième option est celle qui devra être prise pour espérer maintenir le niveau de vie des Français mais quitter le modèle ancien est toujours douloureux. Ce processus peut durer longtemps. Les facteurs positifs évoqués et d'autres sont un atout pour maintenir la dynamique de croissance et limiter les risques de rupture sur la route du renouveau.

La place de l’économie française par rapport au reste des économies du monde peut sembler être encore très enviable. Mais plutôt que de se satisfaire de notre rang mondial, ne devrait-on pas regarder notre progression ? En d’autres termes : quelle a été l’évolution de la place de la France dans le monde durant cette dernière décennie ?

Il y a deux problématiques à souligner. La première est effectivement que le poids de la France dans le monde est réduit par rapport à ce qu'il était il y a une dizaine d'années. Cependant ceci est vrai aussi pour l'Allemagne. Cela traduit le développement très rapide des pays émergents et notamment de la Chine. Leur poids dans l'économie mondiale a progressé très vite depuis une dizaine d'années. La seconde remarque néanmoins est une perte de parts de marché un peu plus rapide que ce que l'économie française aurait dû avoir et un peu plus rapide aussi que l'Allemagne traduisant ainsi une perte de compétitivité. Les cartes de l'économie mondiale ont été rebattues et la France et l'Europe ne sont plus au centre du jeu. C'est cela l'important et c'est ce qu'il convient d'infléchir au cours des prochaines années.

En d'autres termes et c'est là l'enjeu majeur: il ne suffit pas de regarder dans le rétroviseur pour mesurer nos atouts mais il faut se projeter dans le futur et déterminer les facteurs qui au cours des 10 prochaines années vont permettre à l'économie française de se développer et de retrouver une place de référence. Cela passe forcément par une économie plus flexible et qui se dote de capacités d'investissement plus importantes que ce qui est constaté aujourd'hui. Il est là l'enjeu. Essayons de choisir la trajectoire la plus ambitieuse, servons nous de ce que nous avons construit mais développons de nouveaux outils, de nouveaux facteurs de référence car c'est comme cela que l'on construira l'avenir.

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