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Sondage exclusif : 67% des Français pensent que l’Aquarius ne devait pas être accueilli par la France. Et sur l’immigration au sens large, l’humeur générale est rude...
©LOUISA GOULIAMAKI / AFP

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Sondage exclusif : 67% des Français pensent que l’Aquarius ne devait pas être accueilli par la France. Et sur l’immigration au sens large, l’humeur générale est rude...

Selon le sondage exclusif Atlantico- Ifop, 58% des Français sont opposés à ce que les migrants qui rejoignent en nombre l'Italie et la Grèce arrivent en France. Car l'enjeu, pour 3 Français sur 4, demeure de passer d'une dynamique d'immigration subie à une immigration choisie.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : Selon le dernier sondage IFOP pour Atlantico, 42% des Français sont favorables à ce que les migrants qui arrivent par dizaine de milliers sur les côtes grecques et italiennes soient répartis dans les différents pays d'Europe et à ce que la France en accueille une partie, alors qu'ils étaient 32% en avril 2015. Quels sont les moteurs de la variation ? 

Jérôme Fourquet : On constate toujours qu'une large majorité de Français, dans un ratio d'à peu près 6 sur 10, se disent défavorables à l'accueil de migrants en France et à ce que la France prenne "toute sa part" selon la formule consacrée. Cela étant, on constate effectivement que par rapport aux premières mesures qui avaient été effectuées au printemps et à l'été 2015, la proportion de Français qui étaient favorables à l'accueil a augmenté de manière assez significative de l'ordre de 10 points. On peut sans doute l'expliquer par un effet de contexte très clair qui fait que à l'époque de ces premiers sondages, nous sommes au pic de la crise des migrants, et la situation apparaît alors totalement hors de contrôle. Et cette notion de perte de contrôle est essentielle pour comprendre les dynamiques d'opinion en matière migratoire, on voit ce qui s'est passé en Allemagne avec la décision d'Angela Merkel d'ouvrir les frontières avec son slogan "Wir Schaffen das !" (Nous y arriverons) qui fut ensuite battu en brèche. Quand les citoyens ont le sentiment qu'une situation est hors de contrôle, le réflexe premier est un réflexe de fermeture. On l'a vu aussi à une échelle plus modeste en France à Calais par exemple. En 2015, au moment de nos premières mesures, on voit que deux tiers des Français sont opposés à l'accueil parce que les flux sont très importants et les autorités publiques des différents pays européens apparaissent complètement dépassés. Aujourd'hui, même si les flux ne se sont pas taris, ils semblent davantage maitrisés et concernent des effectifs qui sont quand même nettement moins nombreux, ce qui peut expliquer qu'une partie de l'opinion publique française ait basculé dans le sens d'une adhésion à un accueil contrôlé et maitrisé. C'est un élément important qui explique cette attitude plus bienveillante aujourd'hui qu'hier, même si, en regardant les niveaux, on a toujours une large majorité qui y est opposée. Quand on regarde ce qui se passe depuis un an, depuis l'élection d'Emmanuel Macron, on est à quelques points près au même niveau. L'opinion apparaît assez stabilisée sur cette question depuis un an.

Grace à cette série historique assez fournie maintenant, on a pu mesurer qu'après les séquences d'attentats marquantes, on a là aussi  automatiquement un réflexe de fermeture qui s'opère dans une partie de l'opinion publique autour de la notion de la maîtrise et du contrôle des frontières qui peuvent être soit franchie par des migrants en situation irrégulière soit par des terroristes infiltrés, par exemple au moment du Bataclan. Entre la mesure 5 et le mesure 6 de notre baromètre, nous sommes passés de 47% de Français qui étaient favorables à l'accueil de migrants en octobre 2015, à 38% seulement dans la vague d'enquête qui datait du 15 et 16 novembre 2015, avec une baisse de 10 points en un mois et cette enquête-là est faite deux jours après le Bataclan. De la même façon, entre avril 2016 avec 46%, et septembre 2016, 38%, une baisse de 8 points s'opère après les attaques de Nice et de Saint Etienne du Rouvray. Malgré les attaques de Trèbes et dans les rues de Paris à côté de l'Opéra, la pression est aujourd'hui un peu moins intense qu'il y a un ou deux ans, ce qui peut expliquer que l'on ait une progression de la propension à l'accueil.

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Si LREM est de plus en plus perçu par un parti de droite par les Français, la question migratoire semble montrer un clivage inverse, avec des électeurs LREM bien plus proches de l'électorat de gauche sur cette question que de l’électorat de droite. Comment expliquer le positionnement d'Emmanuel Macron sur cette question au regard de son électorat ? Faut il y voir un risque pour lui ? 

Effectivement, quand on regarde comment se ventile ces résultats globaux (42%-58%) par famille politique, on retrouve notre bon vieux clivage droite gauche sur les questions migratoires qui fonctionne toujours de manière assez marquée. 58% de la France insoumise est favorable à l'accueil, 42% y sont quand même opposés, ce qui n'est pas anecdotique, 67% des sympathisants socialistes ou de Générations de Benoît Hamon versus 26% seulement chez les Républicains et assez logiquement 4% seulement au Rassemblement national. Les sympathisants En marche pour une fois ne se retrouvent pas à équidistance des deux blocs, mais plutôt sur ces questions assez en phase avec les prises de position de l'électorat de gauche parce qu'ils sont 61% à être favorables à un accueil. On voit qu'ils penchent plus à gauche qu'à droite sur ces questions-là, ce qui n'est pas forcément le cas en matière économique, loin s'en faut, et il y a une nette majorité pour désavouer les prises de position assez fermes de l'actuel gouvernement. On peut sans doute l'expliquer par le fait qu'Emmanuel Macron et son ministre de l'intérieur Gérard Collomb jouent sur ces sujets-là, non pas uniquement la satisfaction de leur électorat mais essayent dans une logique d'opinion de se situer au centre de gravité de la société française, puisque 58% des Français sont opposés à l'accueil. Dans le détail, si on veut aller au bout de l'analyse, ils ont non seulement une posture un petit peu d'homme d'État qui serait en phase avec ce que pense et ce qu'attend la société française dans son ensemble sans faire une politique boutiquière en étant rivé sur ce que veulent les électeurs LREM. Et puis il y a une lecture peut-être un petit peu plus politicienne qui est de dire que sur ce sujet-là comme sur d'autres, l'objectif maintenant, est aussi d'essayer de fragmenter la droite et de récupérer une partie de cet électorat pour élargir le socle. Le risque est de perdre à gauche ce qui est gagné à droite, mais on voit bien que sur ces questions, c'est aussi une posture qui est aussi sans doute destinée à ne pas offrir d'angle d'attaque en laxisme à une droite qui voudrait faire revenir à elle toute une partie de son électorat qu'elle sent fortement attirée par le pôle macronien.

Alors que 49% des Français percevaient l'immigration comme une "chance pour la France, en 2007, ce chiffre est aujourd'hui de 30% après une baisse constante. Au-delà des variations conjoncturelles, n'assiste-t-on pas à une perception des français qui a changé structurellement sur cette question ? 

On a effectivement un raidissement assez spectaculaire de l'opinion publique sur ces questions-là. On le voit grâce à nos mesures historiques. Bien évidemment, il s'est passé beaucoup de choses entre 2006 et aujourd'hui. On a parlé de la crise des migrants, ce phénomène majeur a modifié les perceptions. Nous avons eu également la crise économique qui a frappé durement le pays. Enfin, nous avons eu les attentats terroristes de 2015-2016-2017 qui par certains côtés sont venus mettre à jour la faillite de notre modèle d'intégration dans certains quartiers, à tel point que ces quartiers étaient des incubateurs ayant donné naissance à des vocations djihadistes. Tous ces éléments mis les uns à côté des autres, crise migratoire, terrorisme djihadiste sur base de ségrégation ethnoculturelle dans la société française et les difficultés économiques et sociales persistantes ont fait que l'opinion publique française s'est considérablement durcie sur ces questions-là. Ce n'est pas un mouvement franco-français, on voit dans des contextes différents que partout en Europe et même en Occident – je détaille cela dans le livre "Le Nouveau Clivage" – qu'il s'agisse du mur à la frontière mexicaine de Donald Trump, du poids de la thématique de l'immigration dans le succès du Brexit, du résultat des élections en Allemagne et des difficultés persistantes d'Angela Merkel, de la mise en place d'une coalition extrême droite-droite en Autriche, le résultat des élections en Italie, partout en Occident la question migratoire est rentrée de manière fracassante dans le débat public et est en train de, à la fois reconfigurer les opinions publiques mais aussi le paysage politique et électoral.

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