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François Hollande s'était rendu à l'usine Goodyear d'Amiens, en 2011.
François Hollande s'était rendu à l'usine Goodyear d'Amiens, en 2011.
©Reuters

Paroles de chômeur

Vous souvenez-vous, M. le Président, de ce jour quand nous nous sommes rencontrés à l’usine Goodyear d’Amiens ?

Benoît Rayski s'est mis dans la peau d'un ouvrier licencié de Goodyear. Une usine emblématique des pires échecs et des pires mensonges de François Hollande. Une fiction ? Oui, mais où tout est vrai.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Je m'appelle Thierry Vignard. Je me souviens du 14 octobre 2011. Mon usine était en grève face à un patron brutal, Maurice Taylor, une sorte de cowboy américain qui nous considérait comme des feignants et des bons à rien. Vous êtes venu. Et nous étions heureux de voir qu’un homme politique et pas n’importe lequel - un candidat à la Présidence de la République - était prêt à se battre pour nous. Vous étiez là. Ah, ce n’est pas un Sarkozy qui se serait déplacé : l’aurait-il fait, que nous l’aurions accueilli en lui balançant des boulons…

Je me souviens de chaque mot que vous aviez prononcé devant nous. "Je ne suis pas comme un autre qui vient devant les travailleurs et leur promet ce qu’il n’est pas capable de tenir après. Dans les cas de licenciements dont le seul but est boursier, la saisine d’un tribunal doit être obligatoire pour suspendre ce plan." Moi et mes camarades, nous vous avions acclamé car vous savez, M. le Président, nous autres simples ouvriers, nous ne sommes pas très versés en économie et en droit social. Vous avez parlé de "licenciement boursier". Et moi, Thierry Vignard (retenez mon nom, svp) j'ai entendu "licenciements". Comment n’aurais-je pas cru qu’avec vous devenu président mon emploi serait sauvegardé ?

Un ami de la CGT m’a mis en garde. "Tu sais, Thierry, il ne croit pas un mot de ce qu’il dit. Il fait juste un numéro de gauche pour draguer les électeurs de Montebourg : il a besoin de leurs voix pour être désigné comme candidat à la présidence de la République par la primaire du PS !"» Le gars était communiste, méchamment communiste, et je ne l’ai pas cru. Puis, grâce à moi et à des centaines de milliers d’autres qui avaient entendu votre cri du coeur, "la finance est mon ennemi", vous avez été élu.

Pendant des mois, je vous ai entendu dire que la courbe du chômage allait s’inverser : c’était un peu énervant. Pendant des mois, j'ai entendu Arnaud Montebourg, votre ministre du Redressement productif, promettre qu’à Goodyear on allait voir ce qu’on allait voir et que le méchant Américain qui nous insultait n’avait qu’à bien se tenir. Pendant des mois, j'ai entendu Maurice Taylor répéter qu’on ne bossait que trois heures par jour, que les dirigeants de la CGT de l’usine étaient des débiles et des "barjots", que leur grève allait définitivement tuer Goodyear. 

Avec les autres, j'ai pourtant continué à faire grève. Tout en nous disant que l’Américain devait être bien sûr de lui pour se conduire de façon aussi hautaine et méprisante. Et à l’arrivée nous nous sommes rendus à l’évidence : Maurice Taylor était bien plus puissant que vous, M. Hollande, car l’usine était quand même la sienne et pas la vôtre. Goodyear a fermé et j’ai été licencié. Comprenez bien, M. le Président, pourquoi je vous en veux. Vous m’avez fait croire que vous pouviez faire quelque chose contre les patrons, quelque chose contre le chômage. Ce n’est pas bien, M. le Président, de mentir à des pauvres gens comme moi…

Aujourd’hui, j’apprends que vous lancé un grand plan contre le chômage. Je n’y crois plus. Car je ne crois plus en vous. Mon camarade de la CGT qui ne vous aime pas m’a expliqué le truc. Et maintenant je l’écoute. D’après lui, il vous faut par tous les moyens - des milliards déversés, des astuces comptables - faire baisser un peu le chômage. Pour les chômeurs, pour moi ? Non, pour vous. Pour que vous puissiez être le candidat du PS en 2017. La même technique donc qu’en octobre 2011. Ce sera sans moi et sans tous les licenciés de Goodyear.

pcc - Thierry Vignard, ex-salarié de Goodyear

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