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Vous avez la parole : quand Xavier Bertrand propose un retour à Raffarin
©capture d'écran France 2 / Franceinfo

Grand oral

Vous avez la parole : quand Xavier Bertrand propose un retour à Raffarin

Xavier Bertrand était invité dans le cadre de l'émission "Vous avez la parole" sur France 2 ce jeudi soir. Il a dévoilé des éléments sur sa stratégie politique.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Xavier Bertrand participait à "Vous avez la parole", la cacophonique émission de France 2 qui succède à l'Emission Politique. Les quelques interventions qu'il a pu faire dans un combat difficile à suivre ont donné une image globale de sa stratégie politique. Celle-ci consiste essentiellement à "restaurer la confiance", c'est-à-dire à revenir à une forme de centrisme à la Raffarin. Pas sûr que ça marche...

Des rares interventions de Xavier Bertrand durant "Vous avez la parole", on retiendra une stratégie déjà vue et déjà connue dont on se demande si elle peut encore constituer une alternative crédible en France. Globalement, le président de la région Hauts-de-France a annoncé sa candidature à sa propre succession en 2021 et n'a pas fermé la porte à une candidature à la présidentielle en 2022. 

Xavier Bertrand et ses contradictions à l'ancienne

Tout le monde a bien perçu la posture rassurante que Xavier Bertrand veut se donner, à travers quelques clichés navrants. Il se présente comme l'homme de province qui regrette son passé parisien, qui n'a jamais un mot plus haut que l'autre, sauf à l'endroit du Rassemblement National, bien entendu. Tout ceci n'a rien de nouveau. 

Il préconise un septennat unique pour le Président de la République. Sa cohérence ne va pas jusqu'à appliquer ce principe aux présidences de région. Pourquoi? On n'a pas bien compris l'argument sinon que, selon la pensée raffarinienne, toute règle doit être adaptée au calcul qui la sous-tend. 

Le mythe raffarinien du "pas de vague" revient en force

Pour l'essentiel, la stratégie de Xavier Bertrand repose sur l'appel à l'unité, à la réconciliation et à la confiance. Tout le monde comprend l'inspiration globale de cette doctrine, qui se réclame d'un gaullisme tardif version Chirac. Il faut réformer, mais pas trop, il faut moderniser, mais pas trop. Chacun sait que cette règle de "l'unité du pays" conduit tôt ou tard à enterrer les réformes au profit de la paix sociale. 

Cette mollesse explique l'endettement du pays et l'inflation de fonctionnaires dans un Etat qu'on renonce toujours à réformer. Maus qu'importe, l'essentiel est d'être uni.

Sans surprise, ce discours démagogique a plu à une majorité de spectateurs, qui retrouvent dans Xavier Bertrand la rondeur commode du notable de province qui se contentera des demi-mesures qui ne choquent personne, et qui permettent de ne rien bouger en bougeant tout. Ce conservatisme rassurant s'accompagne bien entendu de nombreuses leçons de morale bien pensantes dénonçant la démagogie du Rassemblement National tout en luttant contre la montée du salafisme dans l'Islam de France. 

Il faut toujours être du côté du bien...

Combien de temps l'illusion durera-t-elle?

Xavier Bertrand s'inscrit donc dans la vieille tradition centriste qui a amené ce pays au bord de la faillite, à force de privilégier le consensus et de fuir le courage politique, pourvu que l'organisation économique du pays continue à faire le jeu d'élites déclinantes. Reste à savoir combien de temps l'illusion peut continuer sans modifier les termes systémiques de la politique économique. 

Interpellé par Natacha Polony sur la nécessité de changer la politique monétaire de la BCE, Xavier Bertrand semble être passé à côté du sujet. Selon lui, la BCE s'emploie à réformer le capitalisme pour le rendre durable. Là encore, le président des Hauts-de-France maintient l'illusion que la France peut éternellement continuer à s'endetter dans une Union dominée par des traités ordo-libéraux.

Il est très probable que sa compréhension de l'environnement international, qui date du siècle dernier, continue à attirer de nombreux électeurs à la recherche d'un maintien dans les illusions. Mais Dieu sait combien de temps ces illusions dureront...

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