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Un autre volcan islandais entré en éruption ce samedi, le Grímsvötn, menace à nouveau le ciel européen.
Un autre volcan islandais entré en éruption ce samedi, le Grímsvötn, menace à nouveau le ciel européen.
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L'ombre d'un doute

Nuage de cendres volcaniques : jeudi sur la France ?

Après le volcan Eyafjöll qui paralysa le trafic aérien pendant plusieurs semaines en 2010, un autre volcan islandais entré en éruption ce samedi, le Grímsvötn, menace à nouveau le ciel européen. Le nuage de cendres pourrait d'ailleurs atteindre la France dès jeudi...

Patrick  Allard

Patrick Allard

Patrick Allard est volcanologue à l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP). 

Directeur de recherche au CNRS, il est un spécialiste de l'Islande. 

 

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Atlantico : L'éruption du volcan islandais Grimsvötn débutée ce samedi est-elle plus importante que celle du Eyafjöll en 2010 ?

Patrick Allard : Grimsvötn est un volcan très actif qui entre en éruption tous les 10 ans - la dernière date de 2004 - et dont l’actuelle éruption est 10 fois plus forte en intensité que celle de l'Eyafjöll l’année dernière. Cela se traduit par un débit de magma, de laves et de cendres beaucoup plus fort - à peu près 10 fois plus important - et un nuage de cendres qui a atteint 20 km de hauteur contre 15 à 20 km pour le volcan Eyafjöll.
Grimsvötn est un volcan beaucoup plus gros et qui nous a habitué à des éruptions en général plus puissantes : c’est d'ailleurs la plus forte éruption de ce volcan observée depuis un siècle.


Quelle est la cause de cette éruption ?

Périodiquement, ce volcan se recharge en magma dans un réservoir relativement superficiel sous son grand cratère recouvert de glace que l’on appelle une "caldera". Certaines éruptions sont suffisamment modestes pour ne pas percer la calotte de glace qui peut atteindre dans sa partie centrale quasiment 1 km d’épaisseur.
Pour l’éruption actuelle qui est à peu près la même que celle de 2004, l’épaisseur de glace est beaucoup plus faible - de l’ordre de 100 mètres - donc le magma a pu se frayer un chemin beaucoup plus rapidement vers la surface et entraîner l’éruption.


Les éruptions sont-elles plus fréquentes aujourd'hui dans cette région ?

Non. Il se trouve que l’on observe une coïncidence en 2010 et 2011 de deux éruptions à un an d’intervalle, deux éruptions explosives qui produisent beaucoup de cendres et dont l'impact des particules qui sont transportées par les vents est très important.
L’année dernière, l’éruption du Eyafjöll a été spectaculaire, mais on ne sait toujours pas ce que l'éruption du Grimsvötn cette année va donner. Il n’y a pas plus d’éruptions qu’auparavant : l'Eyafjöll dormait depuis plus de 100-150 ans, et celui ci s’est déclenché après 7 ans de repos, rien d’anormal donc.


Pourquoi l’Islande est-elle particulièrement touchée par ces éruptions volcaniques ?

Parce qu’il s’agit d’une des régions les plus volcaniques du monde. L’Islande est une île entièrement volcanique qui a la particularité de se situer sur la dorsale médio-atlantique qui est une grande chaîne volcanique à partir de laquelle se séparent les plaques eurasiatique et américaine. On observe un écartement moyen de l’ordre de 2 cm par an de chaque côté et cela permet au magma de monter à l’aplomb des fractures qui s’ouvrent.

Par ailleurs, l’Islande se trouve sur ce que l’on appelle un “point chaud”, c’est à dire une anomalie de chaleur dans le manteau sous-jacent qui permet des taux de fusion partielle du manteau importants et des productions de magma beaucoup plus abondantes que dans d’autres régions.


Quelles peuvent-être les conséquences de cette éruption sur la France ? Le nuage de cendres menace-t-il notre pays ?

C’est la question que nous nous posons. Cela dépendra de deux facteurs : d’une part du maintien ou non de l’intensité actuelle de l’éruption, c’est à dire de l’injection de gros volumes de cendres volcaniques jusqu’à haute altitude dans l’atmosphère - le nuage atteint 10 km d’altitude pour le moment, une altitude très élevée - et d’autre part de la direction des vents : depuis samedi, les vents étaient modérés, plutôt concentrés sur l’Islande et partaient vers le sud en direction de l’Atlantique nord, mais apparemment les prévisions météorologiques annoncent un changement de direction des vents, un changement de temps, avec un possible transport des cendres à partir de mardi soir sur le nord de l’Ecosse et la Norvège et dans la nuit de mercredi à jeudi sur le nord de l’Europe continentale, incluant peut-être la France et même des pays plus au sud.


Peut-on s’attendre à des conséquences économiques comparables à celles observées lors de l’éruption de l'Eyafjöll en 2010 ?

Pour le moment, c’est difficile à dire, puisque l’on est en attente des données notamment satellitaires sur la quantité, l’extension et la dispersion du nuage volcanique, sa concentration en particules, et surtout la taille des particules qui le composent. Il semble pour le moment que l’éruption interagisse moins avec la glace que ce n’était le cas l’année dernière et donc produit un peu moins de particules très fines que le volcan Eyafjöll.

Les particules sont plus grosses et ont tendance à retomber plus vite, elles restent mois longtemps en suspension et donc atteignent des distances inférieures. Cela dit, comme l’injection est très haute, le potentiel de dispersion est grand si les vents se renforcent et changent de direction. On pourrait très bien observer un impact sur le trafic aérien d’ici mercredi.


Certains spécialistes islandais évoquent une éruption d’une à deux semaines. Qu’en pensez-vous ?

Ce ne sont que des conjectures. On est à peu près dans cet ordre de grandeur mais nous n’avons pas encore d’idées très précises sur la quantité de magma accumulée depuis la dernière éruption et qui est en train de se vidanger.

De plus, il nous est très difficile de maîtriser et de connaître à l’avance la possible dynamique du réservoir volcanique qui continue à être alimenté et si cette alimentation a cessé ou si l’éruption actuelle peut déclencher une vidange plus large encore de ce réservoir. A mon avis, une durée de quelques semaines me semble raisonnable : une, peut être deux, voire plus. 


En sait-on plus sur la nocivité de ces cendres susceptibles de retomber sur les populations ?

Oui, nous connaissons bien la nocivité de ces cendres. Nous savons ainsi que les particules les plus fines - inférieures au micron - peuvent être inhalées et pénétrer dans les alvéoles pulmonaires, elles sont les plus toxiques à la différence des particules les plus grosses qui mesurent une dizaine, une centaine de microns voire centimétriques comme pour l’Islande où c’est la nuit noire au sud et à l’est du pays : les habitants se protègent directement en portant des masques. C'est comme si on leur déversait un sac de charbon ou de farine sur la tête.

En ce qui concerne la France, cela ne sera pas le cas car la dispersion du panache va plutôt nous envoyer des particules fines. D’autre part, ces particules vont être diluées au cours du transport, les concentrations devraient donc atteindre un niveau suffisamment bas pour ne pas devenir toxiques.


A-t-on tiré des leçons de l’éruption du volcan Eyafjöll qui paralysa le trafic aérien européen pendant plusieurs semaines en 2010 ?

Oui, tout à fait. Des leçons ont été tirées notamment sur le plan du suivi du nuage volcanique : nous avons amélioré les procédures et les mesures d’alerte des différents instituts européens qui disposent  d’instruments capables de suivre le nuage, soit par satellites soit depuis la terre grâce à des appareils - des nidars - soit même à l’aide d’observations réalisées depuis des avions laboratoires, une spécialité des Allemands très performants dans ce domaine.

Nous avons par ailleurs constaté que les modèles de transport et de dispersion des cendres volcaniques n’étaient pas toujours au point et pouvaient être améliorés.
Enfin, il existe désormais des procédures de mises en alerte de l’aviation, et les relations entre les volcanologues et les autorités chargées de la sécurité des transports aériens civils ont été renforcées.

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