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Alexis Tsipras doit former une coalition avec des partis qui ont obtenu des sièges au Parlement.
Alexis Tsipras doit former une coalition avec des partis qui ont obtenu des sièges au Parlement.
©REUTERS/Michalis Karagiannis

Guerre des raisonnables contre les radicaux

Victoire de Syriza en Grèce : mauvaise nouvelle pour ceux qui pensaient avoir vaincu les populistes en juillet dernier ?

L’Europe est coincée entre raisonnables et radicaux. Depuis le mois de juillet et l'épisode du Grexit, les raisonnables pensaient avoir définitivement prouvé qu'ils avaient raison en soutenant que Syriza ne réussirait jamais son pari. Reste que la victoire de Tsipras marque une nouvelle étape et relance le débat.

Cyrille Bret

Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective. Il est également membre de l'Institut Notre Europe Jacques Delors.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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Atlantico : En juillet dernier les "raisonnables" - ceux qui pensent que les règles européennes passent avant tout et qui sont pour un remboursement strict des dettes - se réjouissaient de pouvoir donner la preuve que Syriza ne réussirait pas, et que voter pour ce parti ne servait à rien puisqu’il avait échoué et ne pouvait tenir ses objectifs. Pour autant, Dimanche dernier, Alexis Tsipras a réussi son pari en rassemblant 35,4% des voix aux législatives grecques. En quoi cela est une mauvaise nouvelle pour les "raisonnables" ? Comment la recoivent-ils ?

Cyrille Bret : Le 13 juillet dernier, quand le plan d’ajustement structurel supplémentaire a été adopté en Conseil européen, les forces politiques « modérées » ou « raisonnables » ont pensé fermer ce qu’elles considèrent comme la « parenthèse Syriza », intervenue en janvier 2015 avec l’arrivée au pouvoir de ce parti de gauche contestataire. En Grèce, les partis classiques Pasok (socialistes), Nea Demokratia (conservateurs) et To Potami (centriste) ont pensé assister au déclin tant souhaité par eux de ce parti anti-système, tout récent et atypique. En Europe, les partis conservateurs, au pouvoir dans plusieurs Etats importants, et les partis sociaux-démocrates estimaient de concert que le programme de réformes structurelles entrainerait, à terme, soit le reniement par Syriza de ses engagements initiaux soit son remplacement par les partis historiques plus sensibles aux impératifs européens.

 

Tel n’a pas été le cas et Nea Demokratia, donnée gagnante, en fait les frais.

 

La victoire de Syriza et de son leader a la signification politique d’une confirmation du soutien populaire : après avoir été critiqué à l’échelon européen, contesté sur l’échiquier politique national, et remis en cause à l’intérieur de ses propres rangs par une quarantaine de « dissidents » emmenés par Panayiotis Lafazanis, le Premier ministre sortant a remporté avec panache toute une série d’échéances électorales de plus en plus difficiles : victoire aux élections européennes de mai 2014, aux élections générales du 25 janvier 2015, au référendum du 5 juillet sur le plan d’ajustement et aux élections législatives anticipées du dimanche 20 septembre.

 

Si la victoire électorale a l’éclat d’un coup de théâtre, elle est en demi-teinte. Plusieurs facteurs limiteront à terme sa portée : premièrement, l’abstention a été historiquement forte, à 44%, de sorte que la légitimité du prochain gouvernement en sera affectée lorsque les difficultés liés aux réformes se présenteront cet hiver ; en outre, Syriza voit son nombre de siège au parlement se tasser (145, contre 149 dans la précédente assemblée) et ne peut gouverner seule faute d’atteindre la majorité absolue des sièges (151) : elle doit reconduire une coalition avec le parti de la droite souverainiste ANEL emmené par Kammenos, doté de 10 sièges.

 

La signification de cette victoire électorale est une confirmation conditionnelle du soutien à Alexis Tsipras.

Malgré leur échec politique, qu'est-ce que cela signifie pour les radicaux ? Doit-on parler d'une victoire des radicaux plutôt que d'une défaite des « raisonnables » ?

Les « modérés » pro-européistes de Nea Demokratia menés par Meimarakis sont loin de remporter la victoire qui leur était promise par les instituts de sondage mais font bonne figure avec 75 sièges à la Vouli. Le Pasok a jugulé son effondrement de janvier avec 17 sièges. Mais To Potami régresse à 11 sièges. Son score permet à Nea Demokratia de faire pression depuis les bancs de l’opposition pour que l’engagement européen de la Grèce soit préservé malgré des négociations difficiles. Le pari des « modérés » est que l’impopularité de Syriza ira croissant au fil de l’hiver et rendra nécessaire de nouvelles élections anticipées dans un an, où elles feront figure de recours.

Quant aux forces radicales ou extrémistes, elles sont en embuscade. Aube dorée, clairement néo-fasciste, gagne 2 sièges, à 19 députés, et les communistes conservent 15 sièges. En effet, les déterminants structurels du vote radical sont toujours présents et sont même promis à se développer. La crise des migrants qui affecte depuis des années la Grèce, par mer en été, et par terre via la Turquie en hiver, est promise à un développement continu tant que le Moyen-Orient sera en conflit. De plus, le plan d’ajustement structurel sera adopté à l’ouverture de la session parlementaire de la Vouli et sera mis en œuvre durant l’hiver. Les expulsions des logements hypothéqués, les réductions de rémunération et les difficultés sanitaires s’accentueront encore.

 

Le retour sur le devant de la scène politique des partis radicaux n’est pas à exclure à moyen terme.

 

A travers la deuxième chance accordée par les Grecs à Tsipras, quel est le message que les électeurs veulent faire passer ? Qu'est-ce que cela traduit des intentions des Grecs ?

Le message électoral le plus clair est négatif : les Grecs veulent rompre avec le système bipartisan issu de la chute des colonels en 1974 qui a vu le Pasok et Nea Demokratia alterner au gouvernement, reconduire des dynasties familiales (Karamanlis et Papandréou) et se partager les prébendes durant plus de trente ans. Il s’agit moins d’un vote de confiance pour Tsipras que d’une motion de défiance réitérée envers la classe politique traditionnelle.

Le deuxième message par les électeurs qui se sont déplacés pour voter est de préserver les équilibres difficiles à trouver avec les institutions européennes. Ni austérité brutale ni sortie de l’euro. La situation de Tsipras est aujourd’hui bien différente de celle de janvier : il ne s’agit plus d’engager un bras de fer avec Bruxelles et les partenaires européens pour protester contre les empiètements à la souveraineté grecque. Il s’agit de mettre à profit l’aide octroyée en août pour réaliser une sortie de crise très graduelle en limitant la casse sociale autant que possible.

 

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