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"De nombreuses nouvelles affaires sont désormais connues du grand public"
"De nombreuses nouvelles affaires sont désormais connues du grand public"
©Reuters

Scandale

Vatileaks : la chasse aux taupes est lancée

"Maria", la taupe du Vatican qui a communiqué des documents confidentiels aux médias italiens, serait le majordome du Pape, a été arrêté samedi. La gendarmerie vaticane enquête désormais à un "niveau supérieur" dans la hiérarchie ecclésiastique.

(Mis à jour lundi 28 mai à 6h40)

C’est assurément le plus gros scandale depuis le début du pontificat de Benoit XVI. La fuite d’information massive, baptisée Vatileaks, fait trembler le Vatican. L’histoire a démarré il y a un peu plus d’un an quand le journaliste italien Gianluiggi Nuzzi rencontre pour la première fois, dans un appartement loué dans le plus grand secret, l’informateur surnommé « Maria ». Après des mois de vérifications intensives, de réunions secrètes dans des cafés et bars, Gianluiggi Nuzzi pouvait enfin parler avec ceux qui étaient prêts à trahir l’Eglise catholique. «  En tant que journaliste, il est normal de suivre ce type de pistes aveugles et d’accepter de rencontrer des hommes que l’on ne connait pas ou très peu », a-t-il déclaré à la journaliste Barbie Latza Nadeau pour Thedailybeast. L’italien a bien fait de suivre son instinct. Pendant plus d’un an, « Maria » et ses collaborateurs, lui ont fourni de quoi faire trembler le Saint-Siège et bien des politiciens italiens.

Ces documents portent sur de nombreuses questions épineuses comme les relations avec les autorités italiennes et les pressions exercées par le Vatican sur certains sujets de société, les scandales sexuels chez les « Légionnaires du Christ » ou encore les négociations avec les intégristes. On y retrouve également des lettres confidentielles papales, des notes de service et des mémos et autres échanges avec le secrétaire personnel du pape. Selon le journaliste « les personnes qui ont fuité ces documents l’ont fait car ils en avaient assez des mensonges ». « S’ils étaient identifiés, ils disparaitraient probablement sans laisser aucune trace… », a-t-il rajouté, conscient des risques pris par ceux qui ont osé briser l’omerta qui règne à l’intérieur du Vatican.

Les documents ont été publiés dans un livre, « Sa Sainteté : les papiers secrets de Benoit XVI », qui pourrait bien menacer les nombreuses personnalités politiques et religieuses impliquées. Les célèbres affaires Cédric Tornay, du nom de ce garde suisse retrouvé mort au Vatican en 1998 et Emanuela Orlandi, la fille d’un employé du Vatican qui aurait eu des liens avec la Mafia disparue il y a 30 ans, sont largement couvertes par le livre. Mais l’ouvrage ne se contente pas de rouvrir les vieux dossiers du Saint-Siège, de nombreuses nouvelles affaires sont désormais connues du grand public. On y apprend que Bruno Vespa, un célèbre journaliste de télévision italien, avait l’habitude d’ajouter un petit mot au Pape avec chacune de ses donations à L’Eglise. « Quand puis-je avoir une audience privée ? » disait le papier, joint à un chèque de 10 000 euros… Un document révèle aussi l’existence d’une truffe blanche de 100 000 euros offerte au Pape en échange d’une faveur. La truffe aurait d’ailleurs finie dans l’assiette de sans-abris à l’occasion des opérations caritatives régulièrement organisées par le Vatican.

Le livre révèle également le malaise dans les relations entre le Vatican et l’Eglise catholique américaine. Cette dernière, impliquée dans de nombreuses affaires de pédophilie, se retrouve au bord de la faillite à cause des frais d’avocats et des indemnités aux victimes. Gianluiggi Nuzzi a pu se procurer des documents qui apportent la preuve de transferts de plusieurs millions de dollars entre Rome et le diocèse américain. De plus, il semblerait que Washington soit considéré comme la bête noire de l’Eglise Catholique. Les cardinaux qui dérangent et posent trop de questions sont envoyés, manu militari,  sur le « front américain » pour défendre l’Eglise aux yeux des croyants. C’est le cas de Carlo Maria Vigano qui avait osé écrire des lettres au Pape, dénonçant le système de corruption et de blanchiment d’argent qui gangrénait le Vatican. Peu après la réception de ses lettres, le pauvre cardinal s’est vu « proposer » un poste à Washington sans aucunes explications sur cette soudaine mutation forcée.

On apprend sur le site Lemonde.fr que l’offensive pourrait émaner de la Secrétairerie d’Etat. La campagne de succession de Benoit XVI, agé de 85 ans, est déjà ouverte et les alliances se forment au sein de l’institution. Mgr Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat de Benoît XVI, semble dans le collimateur des auteurs des fuites. L’homme est notamment suspecté d'avoir fait nommer au rang de cardinal des hommes proches de lui.

Dans son communiqué, le Saint-Siège estime que « la nouvelle publication de documents ne s'apparente plus à une initiative journalistique discutable - et objectivement diffamatoire - mais présente clairement les traits d'un acte criminel» rapporte le site InfoCatho. Le Vatican invoque la protection de la vie privée du pape : « Le pape, mais aussi plusieurs de ses collaborateurs et des personnes lui ayant adressé des messages, ont vu leurs propres droits à la confidentialité et à la liberté de correspondance violés ».

Le Vatican a annoncé qu'il allait saisir la justice vaticane et éventuellement italienne sur cette «fuite criminelle». De son coté, Gianluiggi Nuzzi a assuré que ni lui, ni son éditeur Chiaralettere ni le Corriere della Sera qui a publié à l'avance des extraits, n'avaient reçu un avis de poursuite judiciaire pour le moment.

L’enquête de la gendarmerie vaticane a finalement abouti samedi 26 mai à l'interpellation de Paolo Gabriele, majordome de Benoît XVI, qui serait à l'origine des fuites. Membre de la Famille pontificale, il était chargé de veiller sur la vie quotidienne de Benoît XVI.

« Quand tu es fidèle, tu es aussi obéissant »

Des documents confidentiels ont été trouvés à son domicile lors d'une perquisition. Mais l'affaire pourrait ne pas s'arrêter là.

Selon un ami proche de Paolo Gabriele, cité par La Stampa, le majordome aurait été manipulé.

« Personne ne croit que le majordome a été capable d'orchestrer tout seul « Vatileaks » et l'on regarde au niveau supérieur, ecclésiastique », explique le Corriere de la Serra, qui cite une autre source anonyme proche du Vatican : « Peut-être qu'ils ont coincé le majordome en plaçant les documents à son domicile ou peut-être a-t-il exécuté des ordres venus de haut. Quand tu es fidèle, tu es aussi obéissant. »

Parmi les taupes à la recherche desquelles s'est lancé la gendarmerie vaticane, le journal italien cite «une femme, laïque qui travaille au Palais apostolique » et a un autre travail hors du Vatican. Nommée sous Jean-Paul II, elle aurait accompagné Benoît XVI lors de son voyage au Mexique. 

L'Italie tout entière est pour l'instant suspendue à cette enquête, et les unes de la presse promettent des «arrestations imminentes ». Après l'arrestation mercredi du majordome du pape, Paolo Gabriele, la chasse se poursuit pour retrouver les autres «taupes » et leurs commanditaires, écrit dimanche la presse italienne. «Vatican, chasse aux complices », titre en première page La Stampa. « Les enquêteurs cherchent des confirmations, des preuves, des complices et un éventuel niveau supérieur », écrit le journal.

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