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Le mariage homo menace-t-il 
« l’avenir de l’Humanité » ?
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EDITORIAL

Pour ou contre le mariage homosexuel ? Benoît XVI lance un pavé dans la mare en déclarant que les politiques "qui portent atteinte à la famille menacent la dignité humaine et l’avenir même de l’humanité".

Yves Derai

Yves Derai

Yves Derai est éditorialiste à Atlantico. Chaque semaine, il écarte les lourds rideaux de velours des palais de la République pour nous en révéler les secrets.

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On dit parfois que tout ce qui est excessif est insignifiant. Le Pape Benoît XVI n’avait visiblement pas médité cette maxime avant de condamner aussi durement le mariage entre personnes du même sexe lors de sa cérémonie traditionnelle des vœux aux corps diplomatiques accrédités auprès du Saint-Siège.

Extraits : « L’éducation des enfants a besoin de lieux. Parmi ceux-ci, figure en premier lieu la famille fondée sur le mariage d’un homme avec une femme (…) Il ne s’agit pas d’une simple convention sociale mais bien de la cellule fondamentale de toute société. Par conséquent, les politiques qui portent atteinte à la famille menacent la dignité humaine et l’avenir même de l’humanité ». Fichtre !

Reprenons dans l’ordre. Concernant les enfants, le mariage homo n’entraîne pas automatiquement le droit à l’adoption par des couples homosexuels qui est un autre sujet beaucoup plus complexe que celui du mariage. Le principe de précaution qui doit, à mon sens, s’appliquer à l’enfant adopté doit nous conduire à manier cette notion avec une grande responsabilité. Il n’est déjà pas facile d’être un enfant adopté vis-à-vis d’une société intolérante, parfois même dés l’école. Faut-il ajouter à une difficulté originelle pour l’enfant la complication d’évoluer au sein d’une famille, qu’on le veuille ou non, atypique ? Quant aux enfants issus d’unions précédentes qui se retrouvent à un moment donné éduqués par un couple homosexuel, on ne voit pas trop ce que le mariage du couple en question leur retire.

Le Pape vante les vertus du « mariage d’un homme avec une femme ». Il demeure, en cela, fidèle à la position de ses prédécesseurs. On regrette néanmoins qu’il ne distingue pas le mariage religieux du mariage civil, institution républicaine sur laquelle, dans un pays laïc comme la France et dans bien d’autres, l’Eglise n’a pas de prise.

Le plus choquant, à mes yeux, dans son allocution concerne cependant les politiques soutenant le mariage homosexuel, que Sa Sainteté accuse de menacer « l’avenir de l’humanité ». Cette assertion me paraît aussi inappropriée qu’a pu l’être la requête de Survivors Network of those Abused by Priest (SNAP) demandant à la Cour Pénale Internationale (CPI) de juger Benoît XVI et trois de ses cardinaux pour crimes contre l’Humanité en raison de leur mansuétude à l’égard des faits de pédophilie commis par des prêtres catholiques. Que le Pape exprime la position traditionnelle du Vatican, soit. Mais les termes choisis ne sont pas anodins. Non, le mariage gay ne menace pas « l’avenir de l’Humanité ». Il est même soutenu par certains dirigeants comme le Premier ministre anglais David Cameron au nom de la défense de la famille ! Affirmer que le mariage gay représente un danger pour « l’avenir de l’Humanité », c’est désigner les homosexuels favorables à cette disposition à la vindicte de centaines de millions de catholiques - et de non catholiques d’ailleurs - pour lesquels la parole du Saint Père est prépondérante. L’oublier est faire preuve, de la par d’un chef d’Etat, de graves lacunes en matière de conscience politique.

J’ose espérer que cette sortie du Pape n’a pas été dictée par pur opportunisme : une volonté de « conquérir des parts de marché » dans des pays très conservateurs ; la nécessité d’envoyer un message aux théologiens allemands, hollandais et belges l’ayant soupçonné publiquement d’avoir trop d’indulgence vis-à-vis de pratiques sexuelles proscrites par le dogme catholique.

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