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Vanessa, Justin, Miley, Jean-Jacques et les Beatles, même combat : pourquoi aimons-nous tant détester les stars que nous finissons par vénérer ? Part. 2 : comment se forment nos goûts
©Reuters

Quand la musique est bonne

Vanessa, Justin, Miley, Jean-Jacques et les Beatles, même combat : pourquoi aimons-nous tant détester les stars que nous finissons par vénérer ? Part. 2 : comment se forment nos goûts

Les stars on les aime ou on les déteste, parfois les deux à la fois. Entre refus de la nouveauté et besoin d'identification, nos goûts mettent parfois du temps à se former mais finissent pas cristalliser l'admiration sur le long terme. Second épisode de notre série.

Michel  Bampély

Michel Bampély

Michel Bampély est doctorant en sociologie de la culture à l'EHESS. Ses recherches portent sur les pratiques artistiques et les industries culturelles. Après avoir collaboré avec des maisons de disques comme Universal, Sony ou EMI, il dirige actuellement le label Urban Music Tour.
Sa thèse en sociologie, sous la direction de Jean-Louis Fabiani est intitulée "Sociologie des cultures urbaines : de la prise en charge des cultures urbaines par les industries créatives et les pouvoirs publics à leur transmission pédagogique dans l'enseignement supérieur".

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Atlantico : Les Beatles qui hurlent, Justin Bieber "tête à claques", Miley Cyrus vulgaire, Jean-Jacques Goldman à contre-courant, quelles ne sont pas les critiques que nos stars préférées ont eu à essuyer au fil de leur carrière ! Mais comment expliquer que nous détestions d'abord les stars que nous finissons par vénérer ?

Michel Bampély : Il faut comprendre que les artistes cités sont malgré eux les meilleurs promoteurs de la culture de masse. Le designer Richard Hamilton définissait la culture populaire comme "un outil facile se diffusant à court terme, bon marché, produit en série, destiné à la jeunesse, spirituel, sexy, truqué, séduisant et lié au big business". 

Beaucoup de chanteurs rencontrent le succès en s'inscrivant dans une vague et disparaissent aussitôt que la tendance s'est estompée. C'est l'effet pervers de cette culture « maintream » et industrialisée. Cependant, les artistes qui réussissent à construire leur carrière sur la durée en résistant aux effets de mode, trouvent grâce auprès du public et de la profession. Le meilleur juge pour une star de la chanson est le temps.

>>> Lire le premier épisode : Les mécanismes psychologiques à l'oeuvre <<<

Jean-Jacques Goldman, longtemps fustigé pour la simplicité de ces textes, a en réalité écrit comme une longue chanson et ce durant toute une génération. N'a-t-on pas tendance à juger un artiste pour une chanson écoutée de façon singulière au lieu de prêter attention à l'histoire racontée tout au long de ses morceaux ?

Jean-Jacques Goldman disait lui-même qu'il écrivait des textes intelligents sans être intellectuels. Je pense également que le succès de ses chansons s'explique par son sens de la mélodie calquée sur les standards rythm and blues américains. Etudiant diplômé de l'EDHEC, Goldman avait un sens du marketing plus développé que ses contemporains. N'oublions pas que pour un chanteur le plus important n'est pas la technicité de son écriture mais bien des valeurs que ses textes véhiculent.

Je ne crois pas à cette tendance à juger un artiste pour une chanson écoutée de façon singulière au lieu de prêter attention à l'histoire racontée tout au long de ses morceaux. La musique est avant tout une histoire de goût et d'émotion propre aux individus et aux pensées dominantes des époques.

Quels phénomènes expliquent concrètement que l'on adore une musique ou une chanson alors que l'on a pu dire - en le pensant sincèrement - qu'on ne l'aimait pas quelques mois plus tôt ?

Le matraquage par les mass médias explique à mon avis qu'on puisse aimer une chanson alors que cette dernière nous laissait tout à fait indifférent auparavant. Le système de matraquage est aujourd'hui très critiqué puisqu'il ne permet pas l'ouverture à la diversité artistique. Les médias généralistes jouent en rotation les 10 mêmes titres et influencent par conséquent les goûts du public.

La période à laquelle parait une chanson a-t-elle un impact significatif sur le succès de celle-ci ? Peut-on en dire de même avec la période de médiatisation d'une star ?

Il n'y a pas de règle dans ce domaine. La chanson de Serge Gainsbourg « Comme un Boomerang », écrite en 1974 pour Dani en vue du concours Eurovision de la chanson n'a rencontré le succès que dans les années 1990. C'est le même cas pour "Emmenez-moi" de Charles Aznavour. Les exemples sont multiples et bien que le succès d'une chanson correspond malgré tout à une époque particulière, l'industrie musicale nous offre tout au long de son histoire beaucoup de contre-exemples.

Peut-on, a contrario, vénérer une star ou adorer une musique puis la rejeter totalement quelque temps après ? Pourquoi ?

Pascal Nègre, PDG d'Universal Music, invité de l'émission « Soft Power » sur France Culture, disait que seuls les véritables artistes résistaient à la mode et au buzz en parlant de Stromae. Il évoquait le rappeur Kamini qui a connu un succès fulgurant avec son titre « Marly-Gomont » et qui est aujourd'hui totalement oublié voire détesté. Mais le fait que l'on puisse aimer puis exécrer un artiste est selon moi lié à la surmédiatisation et l'exploitation à outrance de son oeuvre ainsi que de son image dans un temps très court. La meilleure solution reste de développer un artiste sur le long terme et d'habituer à petite dose le public à sa musique.

Propos recueillis par Marianne Murat

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