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Vu des États-Unis, s'inquiéter de voir des drapeaux étrangers face à un Président n'a rien à voir avec une extrême-droitisation
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Outre-Atlantique

Vu des États-Unis, s'inquiéter de voir des drapeaux étrangers face à un Président n'a rien à voir avec une extrême-droitisation

Jean-François Copé a affirmé jeudi avoir vu "beaucoup de drapeaux, sauf le drapeau français" à la Bastille dimanche soir dans la foule réunie pour la victoire de François Hollande à la présidentielle. Aux Etats-Unis, quel est l'usage des drapeaux lors de ce type de rassemblement ?

Steven Ekovitch

Steven Ekovitch

Steven Ekovitch est professeur de Sciences Politiques et d'Histoire à l'Université Américaine de Paris.

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Atlantico : Jean-François Copé a déploré "le manque de drapeaux français" lors de la célébration de la victoire de François Hollande, place de la Bastille le jour de son élection. Des drapeaux de syndicats et de pays étrangers flottaient au dessus de la foule. Cette situation serait-elle envisageable aux Etats-Unis ?

Steven Ekovitch : Aux Etats-Unis, il est absolument impossible de voir des drapeaux étrangers flotter au dessus de la foule, tant ce geste serait considéré comme choquant et antipatriotique. Il n’y a que des drapeaux américains lors des manifestations politiques.

En effet, les Américains sont très patriotes et brandir un drapeau étranger, même celui d’un pays « ami », serait considéré comme un geste qui va loin dans les possibilités politiques. Cela se payerait très cher dans les sondages pour le candidat qui se retrouverait dans une telle situation.

Sur la question des drapeaux des syndicats, la situation est différente aux Etats-Unis. Les syndicats sont locaux et décentralisés. Ainsi, un même syndicat national ne négocie les conventions collectives qu’au niveau local, parfois même au niveau de l’usine. Il n’y a d’ailleurs pas de code du travail national sur lequel les instances nationales pourraient s’appuyer pour faire plier un syndicat local.

A l’exception de l'American Federation of Labor and Congress of Industrial Organizations, il n’y a pas d’instance nationale. Il n’y a donc pas d’attachement syndical national et pas de drapeau de syndicat aux Etats-Unis. Il y a des sigles, des symboles mais pas de drapeaux.  Il est donc impossible de voir une telle situation.

Comment les minorités peuvent-elles afficher leur symboles et emblèmes aux Etats-Unis ?

Il est possible de voir le drapeau du mouvement gay lors de manifestations politiques. Les minorités sont généralement très patriotes, si ce n’est plus que les américains de longue date. Ils ont épousé toutes les valeurs et les institutions américaines. Il n’est donc pas envisageable de voir un drapeau étranger dans un meeting politique que se soit pour un candidat à la présidentielle ou à une fonction locale.

Les immigrés sont plus patriotes. Cela peut s’expliquer en partie du fait que pour obtenir la citoyenneté,  il faut passer un examen qui requiert d’étudier la Constitution, les institutions... Il y a donc des cours à suivre pour devenir un Américain naturalisé. Ceci ne s’impose -bien évidemment- pas à ceux qui sont devenus américains par naissance sur le territoire ou par mariage.

Les Américains semblent avoir un usage beaucoup plus large du drapeau national pour les rassemblements politiques ou autres (ex : événements sportifs). Comment expliquer une telle place ?

Que cela soit lors des meetings de Nicolas Sarkzoy ou de François Hollande, il y avait tout de même beaucoup de drapeaux tricolores.

Mais en France, le code électoral est beaucoup plus rigide qu’aux Etats-Unis. Il interdit par exemple l’utilisation des drapeaux sur les affiches électorales ou de présenter un candidat devant l’Elysée ou Matignon dans les spots de campagnes pour éviter à un candidat de s’approprier et d’exploiter les symboles républicains. Aux Etats-Unis, la réglementation est plus ouverte alors qu’en France, celle-ci est très stricte.

Il y a aussi un attachement différent aux symboles patriotiques qui renforce un sentiment nationaliste. Cela signifie aussi qu’il y a un consensus politique de fond autours des valeurs et des institutions, ce qui est important. Les Américains sont moins inquiets par le nationalisme qu’en Europe.

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