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La garde des Sceaux Christiane Taubira
La garde des Sceaux Christiane Taubira
©Reuters

Il n'y en a que pour elle…

Ce qu'il reste de l'identité de gauche : Christiane Taubira et le mariage pour tous

A l'université d'été du PS on débat dans la douleur. "Sommes-nous encore de gauche ?" "Valls est-il de droite ?"

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Ce sont  des heures difficiles. Parti socialiste cherche désespérément identité ! Mais où est-elle ? Dans quel coffre de la banque Rothschild a-t-elle été enfermée ? Dans quelle poche de M. Gattaz a-t-elle été enfouie ? Le spectre honni du libéralisme hante le Parti socialiste, malheureux et exsangue ce qui ne veut pas dire aphone.

On ne sait pas bien, voire pas du tout, ce qu’est la droite. Sauf qu’elle veut la peau de François Hollande & Co. Et on ne sait plus du tout ce qu’être socialiste veut dire. Sous les crânes des "frondeurs", des "hollandais", des "aubrystes" et des tenants de Valls s’annoncent de terribles tempêtes. Elles peuvent provoquer des dégâts considérables aux cerveaux soumis à ces épreuves.

Une telle perspective ne peut que nous plonger dans la plus grande affliction et susciter chez nous une compassion sincère. C’est pourquoi il nous faut apaiser les boussoles devenues folles des malheureux socialistes. Qu’elles retrouvent enfin le chemin du nord ! Et le nord s’appelle Christiane Taubira.

La gauche c’est elle et rien qu’elle. Une icône. Et c’est sans doute pour cela qu’elle a été reconduite au gouvernement. Il est de notoriété publique qu’elle ne peut pas encadrer Valls qui le lui rend bien. Et pourtant elle est toujours là. Il est assez clair aussi que la garde des Sceaux n’est pas vraiment la tasse de thé du président de la République. Et pourtant elle est toujours là.

Les mauvaises langues insinuent qu’elle fout la pétoche à François Hollande. Ce dernier, mollasson de chez mollasson, redoute ses colères noires (rien à voir avec la couleur de sa peau). Si on l’avait sortie du gouvernement sa fureur aurait ramené les vacheries de Duflot et de Montebourg au rang d’aimables bluettes. Et qui sait si elle ne serait pas capable – le vaudou ne lui étant pas étranger – de planter des aiguilles assassines dans le cœur d’une poupée représentant François Hollande ? Sans parler de l’insurrection qui aurait balayé la Guyane et mobilisé intellectuels et associations dans l’hypothèse d’une éviction, jugée obligatoirement raciste, de Mme Taubira.

La vérité pourtant est ailleurs. Même si il ne faut pas négliger le fait que les bananes agitées par des gamins imbéciles et les comparaisons simiesques d’une élue idiote du Front national ont fourni à Christiane Taubira un élixir d’immortalité politique. Christiane Taubira est en effet le symbole, l’incarnation déifiée du seul combat mené par la gauche au pouvoir : le mariage pour tous.

Oui avec sa fougue, son éloquence et sa faconde tropicale elle a tenu tête aux foules réactionnaires qui défilaient dans Paris ! Oui avec son corps impétueusement déployé elle a frayé un chemin aux corps des lesbiennes, des homosexuels, des bisexuels (elles) et transsexuels (elles) qui ne pouvaient s’épanouir amoureusement qu’en contractant les liens sacrés du mariage ! C’est pourquoi Mme Taubira est intouchable. Tellement intouchable qu’elle s’est offert le luxe de traiter par le mépris Hollande et Valls en se rendant à la Rochelle pour s’adresser aux députés frondeurs. Elle a été acclamée, ovationnée. Elle a fait un discours de combat. Non, non, pas contre la droite. Contre la gauche de pouvoir "qui a fait perdre le moral aux Français". Et elle s’est dit prête "à assumer les conséquences" de sa diatribe. On attend les conséquences…

Intronisée de son vivant. Sanctifiée. Statufiée. La garde des Sceaux n’a rien à craindre : on ne touche pas à un monument historique. Et quand les vagues socialistes, vaguelettes déjà, auront reflué elles laisseront pour seul vestige les lettres MPT (mariage pour tous) inscrites dans le sable. C’est peu. On ne peut s’empêcher en l’occurrence de mettre cette formidable avancée en parallèle avec une célèbre histoire du temps de l’Union Soviétique.

Joseph Staline monte eu ciel (le Bon Dieu n’était pas très regardant sur ses invités). Et là-bas il croise Nicolas II, le dernier Tsar de toutes les Russies. "Quoi de neuf, Joseph, dans ma bonne Russie ?" demande ce dernier. "Pas grand-chose" répond Staline. "Et les moujiks, ils râlent toujours autant ?" s’enquière le Tsar. "Oui" répond Staline. "Et les opposants on les envoie toujours en Sibérie ?". "Oui" répond encore Staline. "Et les Juifs on leur écrase toujours la tête pour qu’ils se tiennent tranquilles ?". "Oui Nicolas". "Et les Russes ils boivent toujours autant ?". "Ah ça oui" répond Staline. "Et la vodka, elle titre toujours 40° ?" interroge le Tsar. "Ah non car grâce au pouvoir soviétique elle fait aujourd’hui 42° !". Le Tsar : "et tu crois que ça valait vraiment la peine de faire la révolution pour deux degrés de plus dans la vodka ?". Tout ça pour ça… Et en 2014, en France, tout ça pour une pauvre petite loi, celle du mariage pour tous.

Et n'oubliez pas : le A-book de Benoît Rayski, Le gauchisme, cette maladie sénile du communisme, est toujours disponible à la vente sur Atlantico éditions : 

Le gauchisme, cette maladie sénile du communisme

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