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Une étude vient de mettre en doute le fait que la réponse d'un enfant d'âge préscolaire à un test de la guimauve puisse prédire son avenir.
Une étude vient de mettre en doute le fait que la réponse d'un enfant d'âge préscolaire à un test de la guimauve puisse prédire son avenir.
©FRED TANNEAU / AFP

Psychologie cognitive

Une nouvelle étude désavoue le célèbre test du marshmallow et son pouvoir prédictif sur l'avenir des enfants

Une étude de suivi de "Bing" met en doute le fait que la réponse d'un enfant d'âge préscolaire à un test de la guimauve puisse prédire quoi que ce soit sur son avenir.

Pascal Neveu

Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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Atlantico : Depuis une trentaine d'années, parents et scientifiques ont recours au test de la guimauve pour glaner des indices sur l'avenir des enfants. L'expérience a gagné en popularité après que son créateur, le psychologue Walter Mischel, a commencé à publier des études de suivi des enfants d'âge préscolaire de la Stanford Bing Nursery School qu'il avait testés entre 1967 et 1973. En quoi consiste ce test, et quelles seraient ses conclusions sur l’enfant ?

Pascal Neveu : Les anglo-saxons et notamment les Américains ont toujours eu un certain talent afin de créer des tests totalement critiquables.

Le test de la guimauve repose sur le fait de laisser un enfant âgé de 4-5 ans face à des confiseries. S’il résiste à l'envie de manger la « guimauve », il lui est promis d’en obtenir par la suite deux autres en guise de récompense. Les scientifiques ont analysé la durée pendant laquelle chaque enfant résiste à la tentation, afin de démontrer qu'une grande patience/résistance était synonyme de succès3. L’interprétation des résultats d’observations montrent que plus grand est le contrôle sur soi (mesuré par la capacité de gratification différée), plus les chances de réussir dans sa vie d’adulte sont grandes.

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Mischel « prédisait » que les enfants qui ne pouvaient pas tenir longtemps ont généralement grandi pendant leur adolescence, et jusque la trentaine avec de plus grandes frustrations, mais aussi avec de plus faibles compétences scolaires et sociales, et avec plus de problèmes de consommation de drogue, de santé mentale et même de poids.

Selon l'étude publiée dans le Journal of Economic Behavior and Organization, le temps que l'enfant a attendu pour manger la friandise n'a pas permis de prévoir une douzaine de résultats chez les adultes que les chercheurs avaient testés enfant, notamment leur statut social, leurs dettes, leurs habitudes en matière de régime alimentaire et d'exercice physique, leur tabagisme, leurs tendances à la procrastination, etc. En quoi cette nouvelle étude remet en cause l’expérience de Walter Mischel ? Comment ces résultats ont été trouvés ?

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Effectivement, plus d’une dizaine d’études récentes nuancent, pour ne pas dire dénoncent ses premières conclusions et questionnent d'autres facteurs d’influences tels que l'environnement familial mais aussi les capacités cognitives qui doivent être prises en considération tout comme le rôle de l’hippocampe dans notre mémoire notamment émotionnelle. L’émotion joue un rôle majeur dans l’estime de soi, la satisfaction, la congratulation…

Pour autant cette nouvelle étude révèle que les enfants qui ont rapidement cédé à la tentation de la guimauve ne sont généralement pas plus ou moins en sécurité financière, éduqués ou en bonne santé physique que les autres.

Mais depuis plus de 30 ans, les parents et les éducateurs ont énormément adopté ce test sous prétexte que pour élever des enfants responsables et qui réussissent, nous devons leur apprendre à résister à cette première guimauve.

Les écoles ont intégré des tests de guimauve et des techniques de maîtrise de soi dans les programmes éducatifs.

Des conférences, des congrès, des prix… une manne financière hautement critiquable.

"Avec les temps d'attente par guimauve, nous n'avons trouvé aucune relation statistiquement significative avec les résultats que nous avons étudiés", déclare dans une interview Daniel Benjamin, de l'UCLA Anderson. Pourquoi les résultats à l’enfance n’ont aucune influence sur les résultats trouvés dans la vie d’adulte ?

Les chercheurs ont testé, notamment, le statut social, les capacités financières, les habitudes alimentaires et de sportivité, le tabagisme, les tendances à la procrastination et les soins dentaires préventifs.

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En quoi un enfant frustré, ou conditionné par une récompense pourrait advenir de telle ou telle manière ?

Nous avons déjà eu en France un énorme débat lorsque sous la présidence Sarkozy on a tenté de déceler chez de jeunes enfants des potentiels futurs délinquants, déclenchant le courroux de tous les spécialistes et même ceux qui ont participé à la commission de travail.

Un être humain évolue et se construit face à sa vie, ses épreuves et des rencontres. Rien n’est déterminé, rien n’est figé… tout peut changer.

La nouvelle étude pourrait porter un coup final aux implications formées dans la recherche sur le test de la guimauve, qui, comme de nombreuses conclusions d'études psychologiques antérieures, ont été remises en question ces dernières années. Que pouvons-nous réellement déduire de ces études ?

Sur une centaine de questions posées suivis depuis plus de 30 ans, et notamment 900 derniers sujets enfants et adolescents, rien n’a démontré la juste valeur de ce test.

En moyenne, en dehors des tests projectifs (TAT ou Rorschach par exemple), un test n’est fiable qu’à 70% environ. La question de leur fiabilité, de leurs limites est en lien avec la pathologie recherchée, de la personnalité. Un test ne remplace aucunement une rencontre et un échange avec un patient ou un futur employé (50% des employés ont passé au moins un test psychologique dans leur vie).

Et surtout il ne peut pas y avoir de valeur prédictive chez un enfant en évolution et en devenir, influencé par son éducation, son environnement, les valeurs parentales inculquées qui vont former ce qu’on appel l’Idéal du Moi (ce que je veux être dans le regard de mes parents et des autres) et son Surmoi (les valeurs morales).

Car que peut valoir pour un enfant la promesse d’un doublon de friandises s’il résiste ?

La promesse n’engage que ceux qui y croient…

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