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Le système de plomberie réalisée pour une maison New yorkaise au XIXème siècle
Le système de plomberie réalisée pour une maison New yorkaise au XIXème siècle
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Introspection

Une histoire du trône (celui sur lequel personne ne peut aller à votre place)

Si la démocratisation des toilettes privatifs a joué un rôle majeur dans le développement de la propreté et l'hygiène élémentaire, son influence progressive sur les lieux dans lesquels nous vivons a aussi été déterminante. Des forteresses médiévales aux gratte-ciels de New-York, ils ont façonné nos existences à travers les siècles.

Un des catalogues réalisés en 2014 par la fondation Biennale de Venise dépeint sobrement les toilettes comme "l'espace architectural où les organismes se ressourcent, se découvrent, et s'affinent (...) l'espace où chacun se retrouve livré à lui-même, pour mieux procéder à son introspection, et affirmer son identité". Pour le conservateur du musée de la Biennale et son équipe de chercheurs, il s'agit de l'espace architectural "ultime", de la "zone d'interaction fondamentale, au plus haut niveau d'intimité, entre l'Homme et l'architecture". Si la démocratisation des toilettes privatifs a joué un rôle majeur dans le développement de la propreté et l'hygiène élémentaire, son influence progressive sur les lieux dans lesquels nous vivons a aussi été déterminante.

La chasse d'eau a été inventée en 1596, avant que son usage ne se généralise bien plus tard, en 1851. Avant cela, les "toilettes" se résumaient à de larges dépendances communes et insalubres installées à l'extérieur des habitations, mais aussi à des pots de chambre ou encore à des trous creusés à la hâte dans le sol. Quand les constructions de châteaux forts ont explosé, à partir du XIème siècle, les pots de chambre servaient alors de complément aux premiers toilettes vraiment intégrés à l'architecture des bâtiments. Ces premiers sanitaires, souvent appelé "garde-robes" fonctionnaient grâce à des conduits continus, verticaux et rudimentaires, qui s'enfonçaient dans le sol.

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Ils ont ensuite évolués pour se transformer en petites pièces (les cabinets), qui formaient une protubérance facilement identifiable depuis l'extérieur des châteaux forts (Comme celles que l'on peut en apercevoir dans la dernière saison de Game of thrones). Si le terme de "garde-robe" peut être perçu comme l'euphémisme du mot "cabinet", il est aussi possible d'en faire une interprétation littérale. À ce propos, l'Historien Dan Snow explique que "le mot garde-robe désigne littéralement le fait de garder la robe de quelqu'un, et semble ainsi provenir de l'habitude qu'avaient les gens de pendre leurs vêtements dans les garde-robes, car l'ammoniaque émanant de l'urine avait pour avantage de tuer les puces et les mites". 

Ci-dessous, des tuyaux de "garderobes" en escalier au château de Langley (Angleterre), par Viollet le Duc.

La "garde-robe" avait donc, certainement malgré elle, l'apparence d'une défense militaire protégeant les châteaux forts, alors que celle-ci constituait justement un point particulièrement faible de la façade des édifices médiévaux. Mais elle n'était pas pour autant dénuée d'utilité stratégique...malheur aux envahisseurs candides qui plaçaient leurs échelles sous l'une d'entre-elles pour assaillir une forteresse!

Le fait de jeter des excrément sur ses ennemis (comme il était commun de le faire avec de l'huile bouillante) comportait néanmoins quelques désagréments; plusieurs plans ont donc été élaborés pour tenter de résoudre le problème de l'évacuation verticale des excréments engendré par ces choix architecturaux. Le monastère de Christchurch, construit en 1167, disposait d'un système d'évacuation (en rouge sur le dessin suivant) permettant de séparer l'eau courante, les eaux pluviales, et les eaux usées. Les déchets pouvaient alors atterrir dans un puisard. Ce mécanisme est toujours unanimement considéré comme une pièce de plomberie remarquable!

Car il est désormais impossible de jeter ses excréments depuis un gratte ciel à une centaine de mètre du sol sur un trottoir bondé, les toilettes (avec les ascenseurs) sont aujourd'hui les seuls éléments dessinés et identifiables sur les plans de bâtiments de très grande hauteur. Autrefois relégués au rang d'élément périphérique, les toilettes trônent désormais bien au centre de nos vies. Telle était en tout cas la conviction de Winston Churchill : "Nous façonnons nos toilettes, puis nos toilettes nous façonnent".

Lu sur Smith Sonian

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