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Un président de l'Assemblée nationale ne devrait pas dire ça : "la grève du 5 décembre est une grève contre la réduction des inégalités"
©JOEL SAGET / AFP

La phrase de trop

Un président de l'Assemblée nationale ne devrait pas dire ça : "la grève du 5 décembre est une grève contre la réduction des inégalités"

Richard Ferrand préside, plutôt avec compétence, les débats de l'Assemblée. Mais là qu'est-ce qui lui a pris d'agiter un chiffon rouge ?

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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La grève du 5 décembre s'annonce massive. Ce qui inquiète fortement la macronie. La réponse de cette dernière a été, elle aussi, massive. Massive comme un coup de massue : "la grève du 5 décembre est une grève contre la réduction des inégalités" a dit Ferrand.

La façon la plus habituelle de réduire les inégalités consiste à tirer vers le haut ceux qui sont en bas. A hisser des revenus faibles et modestes vers le niveau de revenus plus élevés. Le gouvernement a choisi une autre méthode : tirer vers le bas ceux qui sont en haut.

La grève du 5 décembre doit être, n'en déplaise à Ferrand, qualifiée avec exactitude : c'est une grève qui vise à préserver les avantages acquis. Et notamment les régimes spéciaux des retraites dont bénéficient de nombreuses catégories professionnelles (EDF, GDF, cheminots, postiers…). Ces avantages sont incontestablement coûteux. Et il se peut qu'économiquement la France ne puisse plus supporter cette charge. Jean-Pierre Delevoye l'a dit, chiffres à l'appui.

Le libéralisme dont s'inspire cette réforme a le bon sens pour lui. Mais le libéralisme sans cœur est comme un corps sans conscience. Etre brutal ce n'est pas être fort. Avec sa phrase méprisante Ferrand ne fait que verser du sel sur la plaie. Les grévistes, même s'ils sont économiquement dans leur tort, méritent compréhension et compassion. Depuis quand ampute-t-on sans anesthésie ?

Le chiffon rouge de Ferrand est inutile et destructeur. Car l'angoisse de ceux qui vont faire grève est réelle. J'ai une connaissance qui travaille à la Poste. Elle sait qu'elle est une privilégiée : emploi à vie. Mais depuis qu'on l'a mutée à la Banque Postale, elle souffre. Ses supérieurs la harcèlent pour qu'elle fasse du chiffre.

Elle doit impérativement, et sous la pression, faire souscrire tant de nouveaux comptes, vendre tant d'iPhones… Car la Banque Postale a été en partie privatisée et ses actionnaires veulent du rendement. Elle rentre chez elle épuisée et pour aller à la Poste elle se lève le matin la boule au ventre.

Je l'ai écoutée se plaindre, je l'ai entendue m'énoncer les somnifères qu'elle prenait et les euphorisants qu'elle ingurgitait. Quand je lui ai demandé alors pourquoi elle restait : "à cause de ma retraite qui est avantageuse et c'est pourquoi je ferai grève le 5 décembre". Pas sûr que Ferrand puisse comprendre…

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