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CAC 40 Bourse épargne taxes
CAC 40 Bourse épargne taxes
©ERIC PIERMONT / AFP

Embellie sur les marchés ?

Un compte détaxé pour acheter des actions, c’est mieux que de taxer l’épargne des ménages : la pire idée, au pire moment

Alors que la pandémie de Covid-19 a entraîné de nombreuses perturbations sur les marchés financiers en 2020, la bourse française pourrait remonter grâce à l'effet rattrapage, à la recherche de la rentabilité et à la présence de liquidités. La pire idée serait de taxer l'épargne des ménages dans ce contexte.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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La bourse française n’est pas chère et devrait remonter, avec les signes positifs qui apparaissent depuis les États-Unis grâce aux immenses soutiens des programmes du Président Biden. Ils rejoignent ceux du Président Trump avec, en zone euro, la somme des soutiens nationaux et du programme spécial européen qui va bien finir par se décoincer. La preuve de cet engouement est la montée des taux d’intérêt aux États-Unis, à 1,4% pour l’emprunt à 10 ans, contre 1% début janvier, avec la montée de la crainte inflationniste qui l’escorte, sachant que l’emprunt à 10 ans tutoie 0% en France, contre -0,35% en début d’année.

La première preuve que la bourse française va monter ? « L’effet rattrapage », mondial, avec le fait qu’elle est encore en baisse de près de 5% par rapport à son niveau d’avant-COVID-19, en janvier 2020, tandis que la bourse allemande a gagné 9% sur la période, comme le Dow Jones à 9%, loin derrière le Nasdaq à +45%.

La deuxième preuve que la bourse française va monter ? La recherche de la rentabilité, avec sans doute moins de risques que les placements obligataires. La bourse offre un rendement estimé en France au-dessus de 5%, plus que le 0% de l’épargne liquide sans risque et bien plus que la perte en capital qui va venir de la montée des taux obligataires. En effet, début janvier, la France a émis pour 7 milliards d’euros à 0,5% et s’en est félicitée. Mais que pensent ceux qui ont acheté ce papier ? Si, dans 10 ans, les taux à 40 ans passent à 1%, leur obligation de 100 vaudra 84, et 59 s’ils passent à 2% - l’objectif d’inflation de la BCE. La remontée des taux longs, à partir de taux de départ bas et pour des durées longues est quasi-mortelle (Source : Lettre Vernimenn, n°186) !

La troisième preuve que la bourse française va monter ? La liquidité qui est omniprésente, du fait du COVID-19, et en quête de rentabilité ! Les chiffres sont là : l’épargne des ménages ne cesse de monter. Depuis le troisième trimestre 2020, sur un an, les ménages ont accumulé plus de 210 milliards d’épargne en France, dont 90 environ en dépôts bancaires, 60 en comptes sur livrets, 10 en obligations publiques et 50 en actions, moitié cotées et moitié non cotées. L’effet COVID-19 est là : une montée du taux d’épargne financière à 10% en fin d’année 2020 contre 5% environ en 2018, avec une préférence nette pour la liquidité, inquiétude et confinement obligent. Cette évolution se retrouve partout dans les pays industrialisés, avec un taux américain d’épargne à 14% contre 5% en 2018, 12% contre 8% en Allemagne et 8% contre -1% au Royaume-Uni, aux deux mêmes dates. Donc plus d’épargne partout, surtout liquide, au moins 50 milliards d’euros par trimestre, tandis que le déficit budgétaire se creuse. Voilà qui donne des idées.

La pire idée : taxer l’épargne des ménages parce qu’elle monterait « trop », au moment où le déficit public augmente encore. Ceci paiera cela, sans rien changer bien sûr ! 250 milliards d’épargne des ménages en 2020 donc, en même temps qu’un déficit budgétaire de 160 milliards pour 2021 (après 180 en 2020) et 260 milliards d’emprunts au moins arrivent : la tentation monte. Elle s’alimente largement à la lecture erronée d’une note du Conseil d’Analyse Economique de janvier 2021 (Consommation, épargne et fragilités financières pendant la crise Covid : quelques enseignements additionnels sur données bancaires, Focus janvier 2021) où il apparaissait, à partir d’analyses de comptes du Crédit Mutuel, que les confinements avaient entrainé de plus fortes baisses de consommation, relativement au revenu, pour les plus hauts revenus que pour les plus bas. « Ce phénomène s’explique notamment par le fait qu’en raison de la pandémie, ce sont les consommations « de loisir » qui ont été le plus empêchées par les mesures sanitaires. Or, ces consommations représentent une part plus importante de la consommation des ménages aisés par rapport aux ménages plus modestes ». La part de la consommation par cartes bancaires dans l’enquête sur les secteurs de l’hôtellerie, agences de voyages, bars et restaurants ne représente que 9,1% pour les 10% de ménages qui ont les plus faibles revenus contre 12,4% pour les 10% de ménages qui ont les plus élevés. Evidemment, « cette chute de la consommation s’est accompagnée d’une forte hausse de l’épargne des ménages ».

En quoi est-ce « la pire idée » ? D’abord parce qu’elle est analytiquement fausse. Le sursaut d’épargne ne vient pas des « riches », mais de tous les ménages, inquiets de la situation et de leur avenir professionnel, empêchés de consommer, étant confinés, notamment en services de restaurants, de voyages et de loisirs. Or comme les ménages qui ont les revenus les plus élevés dépensent plus dans cette catégorie, il y a mathématiquement plus d’épargne que jamais, contrainte par le COVID. Tout s’ajoute. Ce n’est pas une « épargne de riches » mais une « épargne confinée », celle  de services qui n’ont pu être dépensés.

C’est la pire idée, ensuite, parce que cette épargne COVID-19 va s’écouler à nouveau, au moins en partie, dans ses canaux antérieurs, interrompus : les services et les ranimer. Elle va donc amorcer la pompe de la reprise des restaurants, fêtes, cinémas, théâtres, voyages, tourisme, sur une base relativement plus nationale, ce qui est bon pour l’activité et l’emploi, attirant en sus les touristes étrangers. Taxer, c’est au moins freiner ce mouvement.

La pire idée enfin parce que c’est le moment où jamais pour attirer une part importante de cette épargne vers les entreprises, elles qui ont tant besoin de fonds propres, comme leur important recours à l’emprunt le montre, pas pour les en détourner.

La meilleure idée, n’ayons pas peur, est donc de créer « Actions-COVID ». Ce sera un produit essentiellement investi en actions (90% actions et 10% de liquidités), d'un montant de 10 000 euros par personne, net d'impôts sur les dividendes et les plus-values pendant dix ans. L'idée est de permettre, à la fois, de dégonfler graduellement la surépargne née du COVID-19, de freiner l'endettement des entreprises et de faire repartir l'activité et l'emploi, sans « pomper » trop l’épargne et permettre ainsi, quand même, une surconsommation temporaire, notamment dans les services. Mais il ne s’agit surtout pas de « taxer plus », ce qui freinera le mouvement naturel de la reprise, outre son aspect punitif et opposé aux annonces officielles. C’est la confiance qu’il faut rétablir.   

Voir la vidéo 4 février 2021 : https://www.jpbetbeze.com/lepargne-va-t-elle-tuer-la-reprise-francaise

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