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Un cœur simple : Flaubert dans son réalisme simple et attachant
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Atlanti-Culture

Cette adaptation fine et sensible d'un conte de Flaubert met en valeur une femme de milieu populaire qui perd progressivement tout ce à quoi elle était attachée. C'est profond, intelligent, et superbement interprété.

Jean Ruhlmann pour Culture-Tops

Jean Ruhlmann pour Culture-Tops

Jean Ruhlmann d’abord professeur d’histoire en collège, est actuellement enseignant-chercheur en histoire contemporaine à l’université de Lille – Charles de Gaulle. Le théâtre est une passion qui remonte à sa découverte du Festival d’Avignon ; il s’intéresse également aux séries télévisées. Il est, avec Charles Edouard Aubry, co-animateur de la rubrique théâtre et membre du Comité Editorial de Culture-Tops.

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THÉÂTRE
UN CŒUR SIMPLE
DE GUSTAVE FLAUBERT
MIS EN SCÈNE: XAVIER LEMAIRE
AVEC ISABELLE ANDRÉANI

INFORMATIONS

THÉÂTRE DE POCHE MONTPARNASSE
Jusqu' au 5 NOVEMBRE (DU MARDI AU SAMEDI 19 h)
RÉSERVATIONS : 01 45 44 50 21 / www.theatredepoche-montparnasse.com

RECOMMANDATION 

                   EXCELLENT

THÈME

• Dans la première moitié du XIXe siècle, on suit le destin de Félicité, fille de ferme devenue domestique pour le compte de madame Aubain, une veuve de la moyenne bourgeoisie normande, l’action se situant à Pont-l’Évêque, de la Restauration jusqu’à la fin de la Monarchie de Juillet.

• Premier des Trois contes de Flaubert, Un cœur simple creuse la psychologie d’une femme devant faire face à la perte de tout ce à quoi son cœur s’est s’attaché sans calcul, au fil de son existence : la fille de sa maîtresse, son neveu Victor, divers personnages du petit monde de Pont-l’Évêque et, pour finir, le perroquet Loulou, un des seuls êtres parvenant encore à la faire rire…

POINTS FORTS 

• Dans cette proposition théâtrale, l'essentiel repose sur la comédienne seule en scène, et Isabelle Andréani ne se contente pas d’interpréter une Félicité dynamique et toute en émotion, elle a également adapté le texte de Flaubert, en le faisant passer du style direct à la première personne, ce qui concourt à dynamiser le récit et à placer Félicité plus encore au centre du conte.

• La mise en scène de Xavier Lemaire - notamment son choix d’installer des podiums de tailles et d’orientations différentes - se révèle tout à fait judicieuse pour matérialiser les lieux (ouverts ou clos) et les situations vécues par Félicité. C’est a priori une contrainte physique pour les mouvements de la comédienne, que Lemaire a voulu extrêmement mobile sur scène.

• Isabelle Andréani surmonte ces obstacles et parvient à évoluer entre eux avec souplesse et rapidité, de sorte que, loin de constituer des artifices, ils sont tous maîtrisés et exploités dans le sens du propos de la pièce, qui n’oublie pas de suggérer sans jamais appuyer, les barrières sociales et les différences de comportement existant entre la domesticité et le monde des maîtres que Félicité côtoie.

• Le choix de Schubert pour l’accompagnement musical de la pièce est particulièrement opportun pour scander les joies et les épreuves rencontrées par Félicité.

POINTS FAIBLES 

Il faut bien convenir que, de l’affiche au baisser de rideau, il n’y a rien à redire …

EN DEUX MOTS 

Une adaptation de Flaubert fine et sensible à l’image de Félicité, chatoyante à l’instar du plumage de son perroquet Loulou !

UN EXTRAIT 

 « Il s’appelait Loulou. Son corps était vert, le bout de ses ailes rose, son front bleu, et sa gorge dorée… J’entrepris de l’instruire ; bientôt, il répéta : “Charmant garçon ! Serviteur, monsieur ! Je vous salue, Marie !“ Plusieurs s’étonnaient qu’il ne répondît pas au nom de Jacquot, puisque tous les perroquets s’appellent Jacquot. On le comparait à une dinde, à une bûche : autant de coups de poignards pour moi ! Étrange obstination de Loulou, ne parlant plus du moment qu’on le regardait ! »

L’AUTEUR 

• On ne présente plus Gustave Flaubert (1821-1880), figure majeure de la littérature française du XIXe siècle, associé au courant dit “réaliste“ qu’il promeut avec Madame Bovary (1857), puis dans L’éducation sentimentale (1869), avec des échappées orientalistes (Salammbô, 1862) qui témoignent de la puissance littéraire et de la capacité de travail hors normes de cet écrivain.

• Dans Un cœur simple (1877), l’une de ses dernières œuvres, Flaubert propose un conte qui s’enracine dans une Normandie que ce natif de Rouen et petit-fils d’un médecin de Pont-L’Évêque connaît bien. Il s’attache à de simples figures du peuple, jusque là largement négligées par les écrivains ; sous la plume de Flaubert, les humbles deviennent des figures littéraires centrales, ainsi chez les frères Goncourt ou Zola, ses amis et admirateurs, qui le retrouvent pour d’interminables discussions dans les salons littéraires ou les cafés des Grands boulevards…  

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