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"La victoire de NKM est dûe au fait que les trois autres candidats étaient de parfaits inconnus."
"La victoire de NKM est dûe au fait que les trois autres candidats étaient de parfaits inconnus."
©Reuters/Charles Platiau

Bilan

UMP : quels enseignements tirer de la victoire de NKM à Paris pour l’avenir du parti ?

Nathalie Kosciusko-Morizet a remporté lundi la primaire UMP pour les municipales à Paris avec 58,16 % des suffrages exprimés.

Thomas Guénolé et Arnaud Folch

Thomas Guénolé et Arnaud Folch

Thomas Guénolé est politologue et maître de conférence à Sciences Po. Il publie "Nicolas Sarkozy, chronique d'un retour impossible ?" aux éditions First (sortie le 6 juin).

Arnaud Folch est rédacteur en chef Politique et Société de Valeurs actuelles. Il est notamment l’auteur de « Histoire secrète de la droite » (Plon, 1998) et « Les présidents de la république pour les Nuls » (First, 2012)

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Atlantico : Nathalie Koscisko-Morizet (NKM) a remporté lundi la primaire UMP pour les municipales à Paris dès le premier tour avec 58,6% des voix des voix des 20.074 votants, devant le maire du Ier arrondissement Jean-François Legaret (20,40%), le conseiller de Paris Pierre-Yves Bournazel (10,75%) et le conseiller régional Franck Margain (10,34%), vice-président du Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin. Le scrutin a été entaché d'irrégularités. Dans ce contexte, peut-on parler d'une victoire pour NKM ? 

Thomas Guénolé : Tout d'abord, j'insiste sur le fait que ce scrutin relève de la pantalonnade. les résultats sont ininterprétables. Si l'UMP décide de faire comme s'il n'y avait eu aucun problème, la messe est dite pour le peuple de droite : leur vote ne vaut rien. De quelle victoire parle-t-on lorsque plusieurs journalistes ont démontré qu'il était possible de voter plusieurs fois. L'UMP a présenté les résultats du scrutin, on attendait qu'elle présente ses excuses. 
La victoire de NKM est dûe au fait que les trois autres candidats étaient de parfaits inconnus. La surface médiatique de Nathalie Kosciusko-Morizet était la seule à exister. L'état-major national, voire Nicolas Sarkozy lui-même, s'est mobilisé. Face à trois candidats inconnus, NKM aurait du faire au moins 80%. C'est un échec.
Arnaud Folch : Ce qui a fait la force de NKM serait vraisemblablement ses soutiens locaux. La très grande majorité des élus, des maires, des conseillers de Paris et des députés la soutenaient. Chacun d'entre-eux s'est mobilisé dans son arrondissement.
Les relais de NKM dans les arrondissement ont fait d'elle la favorite. Avec près de 60% des voix, on peut parler d'une incontestable victoire. Un certain nombre de gens pensaient qu'il y aurait un deuxième tour. 
Néanmoins, cela signifie que 40 % des électeurs se sont prononcés en faveur de ses adversaires et en quelque sorte contre NKM. C'est un fait inattendu et les choses ne seront pas simple pour elle pour la suite..

L'élection a été marquée par le débat sur le mariage pour tous, la droite forte se positionnant contre la candidate de l'appareil.  Au-delà des divisions au sein de la droite parisienne, les circonstances de cette primaire traduisent-elles des lignes de fractures importantes au sein du parti ? Quels enseignements peut-on tirer de ces résultats pour l'avenir de l'UMP ?

Thomas Guénolé : NKM représente la droite libérale à l'origine. Elle a un positionnement qui flirte avec le centre-droit et ses positions politiques sont semblables à celles de Chantal Jouanno. Or, cette dernière est passée à l'UDI. Parti qui est un copié collé de l'UMP, moins la droite forte.
La droite forte commence à devenir un vrai problème pour l'UMP. Ce courant pratique un marketing politique très agressif et une tactique d’affrontement, de conflit très clivant. Bientôt nous assisterons à un clivage entre la droite forte contre tout le reste de l'UMP. L'entreprise de matraquage de la droite forte sur le reste de l'UMP risque de devenir plus violente que le conflit qui oppose la droite à la gauche. Il y a un réel problème.
Le débat a été complètement détourné pour se focaliser sur le mariage et l'adoption pour tous. Il n'y a pas eu de débat dans l'espace médiatique sur le projet municipal parisien des différents postulants, c'est un vrai problème.
Arnaud Folch : On constate qu'il y eu un vote anti-mariage pour tous au travers des résultats de Jean-François Legaret et de Franck Margain. En effet, on peut imaginer que les scores de Franck Margain ne proviennent pas des soutiens des partis démocrates chrétiens à Paris puisqu'ils n'ont pas d'élus. On peut considérer que ces 10 points viennent des anti-mariage pour tous. De même,la moitié du score de Jean-François Legaret doit également lui être fournie par ces opposants au mariage pour tous. 
Les résultats de cette campagne, très dure pendant son déroulement, témoignent d'un vote hostile à NKM. Il n'y a pas 10% de réseau boutiniste à Paris. Legaret et Bournazel n'auraient autrement pas pu rassembler 20% des voix. 
Il existe évidemment plusieurs lignes de fracture dans le parti. Néanmoins, s'il n'y a pas de contestation à ce vote, l'UMP ne s'en tire pas trop mal. La favorite l'a emporté au premier tour, sans écraser les autres. Manifestement, ses adversaires se rallient à sa candidature. Même Guillaume Peltier, chef de file de la droite forte, l'a félicitée par un tweet.

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