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Ultimatum des patrons à François Hollande : quand les dieux du corporatisme réclament le changement
©Reuters

Les entrepreneurs parlent aux Français

Ultimatum des patrons à François Hollande : quand les dieux du corporatisme réclament le changement

Intéressant de voir des apôtres de l’immobilisme tels que l'UNPA, le Medef ou la CGPME appeler les politiques à réagir.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

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Un appel des "patrons" au gouvernement. Sur le papier c’est tellement beau, presque poétique. Ils se coordonnent. Ils clament d’une voix unique. "La chorale embauche chanteurs non intermittents pour une envolée unitaire". Cette vision, qui tiendrait du phantasme, d’un rêve impossible, celle de l’unité face à l’adversité, pourrait presque nous arracher à nous, entrepreneurs, une petite larme d’émotion. Il faudrait juste ne pas se pencher sur les chanteurs et l’air de la chanson. Sinon tout est parfait !

Les chanteurs tout d’abord. L’UNPA. Le Medef. La CGPME. Intéressant de voir ces apôtres de l’immobilisme, dont les lobbies condamnent la France au conservatisme, à un dialogue social dépassé, sacrifié aux intérêts des plus puissants depuis 30 ans. Tout aussi coupables que nos politiques, dont ils ne sont que des acteurs au texte prévisible, destiné à donner la réplique, dans un scénario usé, éculé, d’une pièce de théâtre bien triste, qui met en scène un pseudo rapport social faisant figure de lutte des classes "remasterisée", version 21ème siècle. Ces représentants, qui comme pour les syndicats salariés, ne nous représentent pas, dont l’évolution personnelle est aussi lente, voire inexistante, que celles des politiques qu’ils dénoncent. Même si à la tête de certains, il y a une volonté de faire autrement. Chez Pierre Gattaz par exemple.

Il faut avouer que nous sommes pour cette fois encore d’accord avec l’analyse de Attali dans le Parisien de dimanche. Il pose la seule bonne question : Qu’ont fait ces donneurs de leçon pour faire évoluer notre société depuis 30 ans ? Qu’ont-ils fait pour remettre en cause leur dérives, le scandale de l’utilisation des fonds de la formation professionnelle, les détournements des financements par les principales fédérations, l’allégement des charges des entreprises, les nôtres, les PME ? Les seules qui peuvent parler d’emploi, puisque les seules à en créer en net depuis 10 ans dans ce pays. Ce monde qu’ils ignorent alors qu’ils en sont composés. Comme un corps qui veut bien que ses cellules fonctionnent, mais sans qu’elles n’aient mot à dire sur le fonctionnement du corps tout entier.

Pour s’adapter au monde et le faire évoluer, donner des leçons et donner l’exemple, il faut soi-même montrer sa capacité à faire et vouloir évoluer. Pour se faire, il faut laisser l’air frais entrer. Renouveler cet air vicié, qui asphyxie notre société et la condamne à la mort. Cet air vicié, car exhalé par des acteurs issus de ces moules, que l’élitisme et les corporatismes ont créé pour le bien de notre société à l’issue de la seconde guerre mondiale, et qui font désormais notre lit de mort. Progressivement, vicieusement, surement. Cette chape de plomb que ceux, rares, qui se partagent jalousement le pouvoir et les dorures de la république, et dépècent ses derniers fromages, font peser sur le pays, nécessite bien plus que l’application d’un pacte de responsabilité. Elle nécessite que les rares personnes attachées à l’intérêt général puissent avoir la responsabilité de nettoyer le pays de cette vérole, dont les noms varient, certes, mais fonctionnent de façon identique. Haute fonction publique, politiques, organes sociaux, fédérations, partis… Ces vautours qui rôdent loin au dessus de nos têtes, dans les hautes sphères, mais très près de nos portes monnaie, de notre liberté, de notre libre arbitre, pour mieux nous les subtiliser. "Attention aux pickpockets, présents dans cette station, dans la station France".

L’air frais vient de cette génération magnifique. Nos jeunes. Ils entreprennent. Aucun d’entre eux ne connaît le Medef, la CGPME ou l’UPA. Même pas les acronymes. Moins de 2% des acteurs du numériques participent ou adhérent à ces organismes, dont ils ne voient pas l’utilité et dont ils constatent par contre leur méconnaissance du monde qui se forge, loin de leurs bureaux feutrés. Pilotés par des hommes de plus de 55 ans, blancs, propres sur eux, ces organes préfèrent, faute de compréhension, ignorer par condescendance et ignorance, ceux qui vont les supplanter et changer le monde. Enfin. France comprise. Mais, si possible, demain ! Une fois qu’ils auront terminé leurs mandats. Les réformes c’est comme la charité, dans ce milieu, elles commencent par les autres et ne sont jamais pour maintenant. Croissance + a du se fourvoyer dans cette démarche et nous leur pardonnons, une erreur est toujours possible. Quoi de commun en effet, entre ces magnifiques entreprises de croissance, qui prouvent à notre pays qu’y réussir est encore possible, sans (à quelques exceptions près) s’en expatrier et les apparatchiks du dialogue social à la Française ?

Jacques Attali, bien sur, prône ce qu’il n’a pas fait quand il était au pouvoir. Mais son esprit de synthèse et sa liberté de pensée, son pragmatisme et son libéralisme, même de gauche, fait plaisir à entendre. Les corporatismes et les rentiers sont au pouvoir. Ils sucent, à droite comme à gauche, le sang des Français. Ce n’est pas à eux de donner des leçons. Ce n’est pas à nous de les inciter à nous les asséner. En revanche c’est à nous de prendre la parole, le porte voix, le pouvoir et de changer ce pays. Vite. Le pacte de responsabilité, ce n’est pas le stupide pacte d’allègement des charges contre d’éventuels emplois, selon une règle automatique que les politiques viennent de nous inventer, au mépris des lois de l’économie, mais l’allègement de nos corporatistes, leur disparition, leur renouvellement complet, seul gage d’un avenir possible pour la France. Tant que ces hommes seront en place, la France perdra la sienne.

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