Ulrich Maurel : Cette baisse, on la doit à la concurrence féroce entre les établissements bancaires. Leur besoin, c’est de capter de la collecte, notamment à cause de Bâle III qui oblige ces banques à avoir un certain niveau de solvabilité. Pour acquérir ces nouveaux clients, les banques ont commencé par se livrer une guerre sans merci sur l’épargne. Problème, le marché de masse n’a pas bougé d’une banque à l’autre pour une meilleure condition d’épargne. Les établissements bancaires ont donc très vite compris qu’il fallait miser sur le crédit immobilier, qu’il fallait en faire de façon importante pour pouvoir bénéficier de nouveaux clients, donc de l’épargne. Enfin, nous avons la chance d’être, en France, de gros épargnants. Les banques ont donc des ressources importantes ce qui leur permet de prêter sur fonds propres et donc d’avoir un coût de crédit moins élevé : sans passer par les marchés, elles peuvent plus facilement prêter et pour moins cher. Selon nos chiffres, 4 clients sur 10 n’ont pas pris le temps de renégocier leur crédit immobilier, ils devraient pourtant le faire. Les banques résonnent sur une enveloppe de crédit global, une fois atteinte elles remonteront les taux pour réduire le nombre de crédits. Ce sont donc les banques elles-mêmes qui vont tendre le marché parce qu’elles auront, avec ces taux bas, atteinte leur objectif. Plus globalement, c’est aussi parce que la BCE a, pour le moment, une politique de taux accommodante. Quand l’économie est morose, on réduit les taux pour stimuler la consommation, quand l’économie va mieux, en raison du risque inflationniste on augmente les taux. En zone euro, plusieurs indicateurs montrent une reprise de l’économie à long terme. De son côté, la FED commence à réduire la planche à billet. Tout laisse donc à penser que la BCE devrait, au deuxième semestre remontrer son taux directeur de manière progressive.