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Non, l'Ukraine n'est pas aussi raciste que la voient les médias occidentaux
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Euro de foot

Non, l'Ukraine n'est pas aussi raciste que la voient les médias occidentaux

L'Ukraine pays organisateur de l'euro de football avec la Pologne serait d'après la BBC un pays raciste et xénophobe. Caricatural ?

Alla Lazareva

Alla Lazareva

Alla Lazareva est une journaliste ukrainienne en poste à Paris. Elle travaille pour un hebdomadaire Ukrainski Tyzhden, qui publie en ukrainien et en anglais. Elle a co-écrit dernièrement le livre Gazprom : Le nouvel empire avec Alain Guillemoles.

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Atlantico : Un documentaire de la BBC a fait scandale en Ukraine pour avoir dépeint le pays comme étant "raciste, antisémite, plein de hooligans" ? S'agit-il de la réalité ? 

Alla Lazareva : L'emmission "Panorama" de la BBC est conçue pour poser les questions les plus dérangantes, avec le souci de les aborder sous plusieurs angles, de la façon la plus neutre possible. Je ne pense pas que les journalistes qui ont tourné leur reportages en Ukraine et en Pologne ont manipulé les images. Les faits rapportés sont réels. Mais j'estime qu'ils n'étaient cependant pas impartials, car on ne voit dans leur sujet que des gens ouvertement racistes.

Or, en Ukraine, comme dans n'importe quel autre pays européen, il existe une frange des supporters xenophobes, mais sociologiquement, elle n'est pas plus développée que chez les Britanniques, les Italiens, les Français ou les autres. Le racisme dans le milieu des supporteurs de foot est un problème global. On connait bien, par exemple, les multiples incidents qui ont eu lieu, dans un passé récent, dans les tribunes du Paris Saint-Germain. On voit ces manifestations d'intolérance partout et ne sont pas à la gloire de ce sport.

En dehors des stades, heureusement, les choses sont mille fois plus nuancées que le reportage de la BBC ne le montre. Il existe, par exemple, en Ukraine, comme dans d'autres pays, des groupes de supporteurs clairement antifachistes. C'est le cas de ceux de l'Arsenal de Kiev, l'autre club de la capitale avec le Dynamo. Mais la BBC n'a pas trouvé interessant de les rencontrer et de les interroger. Le reportage, alors, reflète une partie de la vérité, mais pas toute la réalité

Si cela est faux, comment expliquer que tant de médias en Angleterre ou en France relaient ce débat ?

Il existe sans doutes plusieurs explications. Les Français et les Anglais connaissent mal l'Ukraine. Et là où l'information manque, c'est l'imagination qui fabrique des images. A partir d'un seul reportage on construit toute une théorie, en ajoutant des élements venus de clichés. Et comme le racisme des supporters est un grand probleme en Angeterre (un défenseur de l'équipe de Grande-Bretagne a fermé son compte Twitter pour ne plus recevoir des injures, et David Cameron a du organiser récemment un grand forum anti-raciste), on ne suppose pas que, ailleurs, cela peut être différent. Je crois que, surtout, les médias ne savent pas trop quoi raconter sur l'Ukraine. Il choisissent donc la facilité : grossir exagérément des informations qui font scandale.

Le racisme est-il un problème si diffusé en Ukraine ?  

L'Ukraine n'est pas un île paradisiaque. C'est un pays d'Europe centrale qui connaît les mêmes tensions que tous les pays du continent. Selon les statistiques officielles, durant l'année passée, 26 étrangers au physique non-européens ont été agressés dans les rues. Mais l'Ukraine n'est pas une territoire de xénophobie massive, ou d'aggressivité trop élévée. Notre extrème-droite n'arrive pas à passer le seuil des 3%, à chaque élection législative, ce qui lui permettrait d'être présente au parlement. Nous sommes donc très loin des scores qu'elle fait, par exemple, en Hongrie ou en France, deux pays européens où elle est particulièrement forte.

D'après-vous faut-il s'attendre à des actes racistes pendant l'euro de football ?

Personne n'est à l'abri d'une initiative indivuduelle prise par quelqu'un qui voudrait se retrouver au centre de l'attention. En revanche, je ne vois aucune organisation importante appelant à manifester au nom d'idées racistes. Nous avons quantité d'autres difficultés mais heureusement, à ce jour, pas celle-là. 

Propos recueillis par Charles Rassaert

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