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Les sanctions brandies par les États-Unis risquent de pénaliser plus durement les Européens que la Russie.
Les sanctions brandies par les États-Unis risquent de pénaliser plus durement les Européens que la Russie.
©SPOUTNIK / AFP

Atlantico Business

Ukraine : le jeu dangereux des sanctions qui risque de pénaliser l’Europe plus que les États-Unis et la Russie

C’est un comble : le jeu des sanctions brandies par les États-Unis risque de pénaliser plus durement les Européens que la Russie qui va chercher des relais en Chine.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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La décision de Vladimir Poutine de reconnaitre l’indépendance autoproclamée des deux provinces russophones et russophiles de l’Ukraine a résonné comme une provocation vis à vis des États-Unis et des pays européens.

Tout le monde redoute que Moscou poursuive sa campagne et envahisse militairement l’Ukraine. C’est non seulement possible, mais probable.

Du coup, tous ces pays étudient la mise en place de sanctions contre la Russie afin d’obliger Vladimir Poutine à baisser les armes et le dissuader d’aller plus loin. Ce jeu-là est extrêmement dangereux parce qu’on sait comment il commence, mais on ignore comment il peut dégénérer. L’Histoire regorge de conflits armés qui ont démarré sur une surenchère de menaces.

Depuis le début de cette crise qui remonte quand même à 2014, quand la Russie avait annexé la Crimée – déjà territoire ukrainien, les Occidentaux avaient pris des sanctions qui ont été régulièrement reconduites. Donc aujourd’hui, on réactualise les mêmes mesures en les durcissant un peu, même si, au-delà des déclarations très belliqueuses, tout le monde reste quand même assez prudent. Notamment en Europe, où tous les pays de l’Union sont sur la même ligne.

Il y a d’abord des sanctions diplomatiques et notamment l’exclusion de la Russie du G8, c’est à dire du groupe des pays les plus riches du monde et qui se réunissent régulièrement pour discuter d’enjeux globaux. La Russie a été sortie de la scène internationale depuis plus de 8 ans et elle restera en dehors, même si beaucoup ont regretté cette absence qui a finalement participé à l’isolement de Moscou.

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Il n’empêche qu’on va aussi reconduire les sanctions qui visent des personnalités russes, des oligarques, black listés et donc empêchés de circuler en Occident avec des avoirs bancaires ou des actifs gelés. Il y a près de 200 personnes ainsi visées.

Et puis, le gros des sanctions sera plus économique, visant à interdire les investissements et limiter les échanges commerciaux. Dans ce cadre-là, l’Europe cible certaines banques et les entreprises de la défense, avec un embargo sur les importations d’armes. Toutes ces mesures existaient déjà, mais elles sont prolongées et renforcées.

Les États-Unis vont y ajouter des interdictions d’investissement dans les deux provinces pro-russes dont l’indépendance a été reconnue par Moscou, transgressant ainsi le droit international.

L‘Allemagne a fait dire qu‘elle n‘allait pas autoriser le fonctionnement de Nord Stream 2, mais elle trainait déjà à le faire, donc sur ce point, ça ne va pas changer grand-chose.

Cela dit, tout va dépendre de l’évolution des évènements. Les Européens parlent de ripostes graduées. Ce qui veut dire qu’ils seront forcément plus sévères si Vladimir Poutine décidait d’envahir l’Ukraine. Dans ce cas précis, l’Europe pourrait décréter d’un embargo sur le gaz qui apporte à la Russie ses plus grosses recettes financières...

Mais l’Europe peut aussi décréter l’embargo sur les puces électroniques où les Américains sont leaders mondiaux, ce qui leur profitera, ou interdire les exportations de haute technologie. On peut aussi boycotter les fournitures de matières premières.

L’arme la plus fatale serait d’exclure Moscou du système Swift, c’est le système bancaire qui gère les transactions financières dans le monde entier, les cartes de crédit, les virements. Ça bloquerait tous les règlements commerciaux de la Russie.Et là, ça ferait mal. Parce que c’est l’asphyxie programmée. Mais pour l’instant, comme pour le gaz, les Européens évitent d’en parler trop fort.

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La vraie question est de savoir si les sanctions sont efficaces. Les sanctions prises en 2014 n’ont pas fait fléchir Vladimir Poutine. La preuve aujourd’hui. Les sanctions perturbent le fonctionnement d’une économie mais ça ne l’empêche pas de tourner. Si on aggrave les sanctions, ça risque de perturber l’économie russe. Et la Russie commerce plus avec l’Europe qu’avec les États-Unis.

La Russie est un gros client avec plus de 600 entreprises qui travaillent là-bas. L‘Europe a besoin du gaz.

Mais ce système de sanctions aggravées pèsera sur la Russie. Parce que la Russie est un pays puissant par son armée, son territoire et sa culture, par ses matières premières mais économiquement, c’est un pays fragile. La Russie est beaucoup moins puissante que la France ou l’Allemagne...La Russie a besoin de sécurité certes, mais elle a aussi besoin de l’Europe. C’est très important. L’Europe aide la Russie qui cherche à attirer les investisseurs.

Depuis 2014, la Russie a essayé de se rapprocher de la Chine pour trouver des alternatives à cette Europe, qui lui reprochait ses tentations hégémoniques. La Chine s’est ouverte. Donc il y a désormais des relations qui se sont nouées. Poutine, par exemple, était aux Jeux Olympiques d’hiver, et c’était un des rares chefs d’Etat étrangers présents.

Mais cette relation demandera beaucoup de temps pour générer des fruits. La Russie ne trouvera pas en Chine la technologie, les marchés matures ou les capitaux qu’elle peut trouver en Europe.

Donc, dans cette crise ukrainienne, l’Europe a surtout besoin de se rassurer et de se protéger, parce que, au-delà des discours de Joe Biden, le président américain n’enverra pas des militaires américains pour défendre les frontières européennes. Otan ou pas Otan. C’est la raison pour laquelle la France avec Emmanuel Macron a fait autant d’effort pour consolider l’Union et essayer de renouer un dialogue avec Moscou.

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