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Tweetweilergate : comment François Hollande peut-il éteindre le feu ?
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Monsieur est servi

Tweetweilergate : comment François Hollande peut-il éteindre le feu ?

La sortie de Valérie Trierweiler sur Twitter pose des questions quant à son rôle sur la scène politique. François Hollande peut-il et/ou doit-il faire en sorte de contrôler la Première dame ?

Anita  Hausser, Serge July, Christian De Villeneuve, Michèle Cotta

Anita Hausser, Serge July, Christian De Villeneuve, Michèle Cotta

Anita Hausser est journaliste politique et éditorialiste sur Atlantico.

Serge July est journaliste et éditorialiste. Il est l'un des cofondateur de Libération.

Christian De Villeneuve est journaliste. Il a dirigé de nombreux titres de la presse française.

Michèle Cotta est journaliste et écrivain.

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Atlantico : Le message de soutien envoyé à Olivier Falorni par Valérie Trierweiler a déclenché une avalanche de commentaires. Que peut faire François Hollande ? Doit-il réagir ou rester en retrait ?

Anita Hausser : François Hollande doit éteindre le feu très vite et recadrer sa compagne. Le rôle de Valérie Trierweiler doit être redéfini. Cela relève de la sphère privée mais je crois qu’il n’a pas été assez ferme avec elle dès le début ! Ségolène Royal, ou du moins ses enfants, auraient dû assister à la passation de pouvoir. Il est apparu très clairement que Valérie Trierweiler s’y opposait. François Hollande a eu tort de céder. Julien Dray a également été une victime collatérale. Il a été écarté, non pas à cause de l’anniversaire de DSK, mais parce qu’il était trop proche de Royal. Il ne faudrait pas que Valérie Trierweiler recommence, ce n’est pas elle que les Français ont élue.

Sur le plan politique, François Hollande ne peut pas intervenir directement. Il ne pouvait pas s’arrêter devant les micros lorsqu’il s’est rendu au Conseil économique et social pour dire : « je soutiens mon ex-compagne ». Il l’a fait néanmoins à travers la voix de Jean-Marc Ayrault qui a déclaré que François Hollande et lui-même soutiennent la candidature de Ségolène Royal. Ça ne suffira pas à éteindre l’incendie. Pour l’instant, les gens ne retiennent que le scandale. François Hollande devra activer d’autres relais. 

Serge July : Il n’y aura aucune manifestation publique. Il y aura un signe pour surligner le fait qu’il soutient Ségolène Royal. C’est l’engagement qu’il a pris. Ce n’est pas une affaire mineure : la crédibilité de sa parole est en question. 

Christan de Villeneuve : Sur le plan politique, moins le président s’en mêlera, mieux ça vaudra. La première chose à faire pour François Hollande, c’est d’être président et de ne pas s’occuper des conflits internes au PS. Après on entre dans le domaine de l’intime … Lorsqu’on vit à côté du président, il faut avoir conscience que l'on vit à côté de quelqu’un d’extraordinaire et donc être à la hauteur de la fonction. On doit avoir un devoir de réserve.

Michèle Cotta : François Hollande ne peut rien faire. Il est totalement piégé. De deux choses l'une : soit Valérie Trierweiler est journaliste, et, dans ce cas, son opinion sur le combat électoral de la Rochelle n’intéresse personne. Soit elle est la compagne du président, et son avis risque d'être insupportable pour Martine Aubry qui ne peut manquer de prendre cela pour une gifle, d'autant qu'elle se trouvait précisément à la Rochelle. C'est aussi une mise en cause du Président de la République, qui a apporté son soutien à Ségolène Royal.

Quelles peuvent être les conséquences politiques ?

Serge July : Sur cette élection, l’effet électoral sera nul. François Hollande s’est engagé publiquement pour Ségolène Royal. C’est la parole du président qui compte. Mais à termes, l’image du président risque d’être écornée. Ça ne doit pas se répéter.

Christan de Villeneuve : Il y a un côté un peu théâtre de boulevard : le président coincé entre l’ex et l’actuel. Je ne sais pas si ça affaiblit le président, ce qui est sûr, c’est que ça ne le renforce pas. Ça rabaisse terriblement la fonction présidentielle qui exige une certaine discrétion. Au Parti socialiste, on est tétanisé par les réactions éventuelles de Valérie Trierweiler. Une proche de François Hollande disait : "on aura des problèmes politiques avec Valérie Trierweiler". C’est arrivé au bout d’un mois !

Michèle Cotta : C’est un geste qui va faire perdre énormément de voix avant les législatives. Ça va être un déchaînement exploité par tout le monde. Une telle situation est tout à fait inédite en France. C'est une affaire qui ne me fait pas sourire, ce n'est pas un vaudeville, ni une rubrique people. Il ne s'agit pas non plus d'une affaire privée, mais d'une affaire publique : celui du fonctionnement de la présidence, clef de voûte, comme on dit, de la Vème République. Le président ne peut être mis sous la surveillance de sa femme.

Comment expliquer ce geste ? Est-ce la marque d'une femme libre ou un geste totalement irresponsable ?

Michèle Cotta : C'est une chose d'être une femme libre. Une autre d'intervenir sur le terrain politique, et en outre, présidentiel.

Serge July : Politiquement, c’est irresponsable. Mais Valérie Trierweiler a toujours besoin de prendre sa revanche sur Ségolène Royal et utilise cette élection. Entre 2005 et 2007, François Hollande était déjà en couple avec Valérie Trierweiler, mais vivait encore officiellement avec Ségolène Royal. Cette situation a laissé des traces douloureuses. La principale victime dans cette affaire s’appelle François Hollande.

Christan de Villeneuve : Valérie Trierweiler est journaliste. Lorsqu’elle tweete , elle n’ignore rien des conséquences. Elle affirme une vraie indépendance, mais pas sûr que ce soit salutaire pour le pouvoir actuel. Elle n’a pas apprécié la dimension de la fonction. C’est un personnage public. Sa vie ne lui appartient plus totalement. Lorsqu’on est président de la République et première dame, on n’est pas "Monsieur et Madame Michu". Ce n’est pas vrai ! Aujourd’hui c’est l’éclatement de la "normalitude".

Lorsque j’étais directeur des rédactions du pôle presse magazine de Lagardère, je lui avais demandé de quitter le service politique de Paris Match car je considérais qu’il y avait un conflit d’intérêt entre sa vie privée et son métier. C’est une décision qu’elle avait eu du mal à comprendre. Valérie Trierweiler est très intelligente, mais c’est aussi une forte personnalité assez imprévisible.

On a beaucoup reproché à Nicolas Sarkozy de mettre en avant sa relation avec Cécilia, puis Carla Bruni. Est-ce le retour de la politique people ?

Anita Hausser : Nicolas Sarkozy a mis sa vie privée en scène. C’était de la communication. Là, on tombe carrément dans le vaudeville.

Serge July : L’absence de frontière entre vie publique et vie privée renvoie aux années Sarkozy, même si l’exposition de François Hollande est involontaire. Valérie est un clône de Cécilia. A terme, cela peut avoir des effets très négatifs pour François Hollande comme cela avait été le cas avec Nicolas Sarkozy. Le rapport des Français à la fonction présidentielle est encore une fois bousculé.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

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