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Trump, le bond en popularité à quelques mois des mid-terms
©Reuters

Retour en force

Trump, le bond en popularité à quelques mois des mid-terms

Selon un sondage Yougov pour CBS, 97% des républicains, 43% des démocrates et 72% des indépendants ont "approuvé" le discours de l'état de l'Union prononcé par Donald Trump.

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis (Eyrolles, 2015), Qui veut la peau du Parti républicain ? L’incroyable Donald Trump (Passy, 2016), Trumpland, portrait d'une Amérique divisée (Privat, 2017),  1968: Quand l'Amérique gronde (Privat, 2018), Et s’il gagnait encore ? (VA éditions, 2018), « Joe Biden : le 3e mandat de Barack Obama (VA éditions, 2019) et la biographie de Joe Biden (Nouveau Monde, 2020). Son dernier livre : Kamala Harris, L'Amérique du futur, aux éditions Nouveau monde (septembre 2021).

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Selon un sondage Yougov pour CBS, 97% des républicains, 43% des démocrates et 72% des indépendants ont "approuvé" le discours de l'état de l'Union prononcé par Donald Trump. Une situation qui s'est également traduite par une remontée de la côte de popularité de Donald Trump dans les différents sondages comptabilisés par le site "RealClearPolitics". Quels sont les éléments qui ont permis à Donald Trump de progresser dans les sondages ? Comment le justifier ? 

Jean-Eric BranaaEn effet, tous les sondages indiquent une hausse, qui est parfois forte : Gallup est dans sa fourchette la plus haute, à 38/39, Reuters/Ipsos le place à 41% de bonnes opinions, Economist/YouGov à 44, tout comme Monmouth, FoxNews à 45 et Rasmussen va même jusqu’à 49% ! Au-delà des résultats obtenus individuellement par l’un ou l’autre des sondages, c’est surtout la moyenne fournie par les intégrateurs (qui font la moyenne de tous les sondages) qui est la plus significative, car l’approbation de Donald Trump a effectivement bondi depuis un mois et il a gagné quasiment 10 points depuis la mi-décembre, si on cumule sa progression en bonnes opinions et la baisse des mauvaises opinions.

Trois éléments cumulés permettent d’expliquer cette bonne forme de sa côte de confiance : la première est totalement conjoncturelle, car il est traditionnel pour un président de remonter en fin d’année. La période des fêtes n’incite pas à un intérêt très fort pour la politique, à une période où les Américains recentrent leur intérêt sur leur famille et leur vie quotidienne. Le brouhaha de Washington s’estompe donc un peu dans les esprits et cela bénéficie traditionnellement à l’exécutif.

Le changement important, toutefois, de cette fin d’année 2017 a été le succès de Donald Trump qui a été indéniable au congrès : en réussissant à faire voter sa réforme fiscale, comme il s’y était engagé, et avant Noël ‑autre engagement‑, il a rassuré beaucoup d’électeur sur sa capacité à mener le pays et a réussi à faire passer l’image d’un président qui réforme en profondeur, même si tous ne sont pas convaincus que c’est pour le bien de tous. Il a assorti cela d’une excellente communication, souvent directement assurée par lui-même à travers ses tweets et ses interventions médiatiques, qui insistent sur les retombées individuelles de ces baisses d’impôts. C’est d’autant plus remarquable qu’elles sont surtout au bénéfice des entreprises, ce qu’il ne cache pas par ailleurs. Mais l’impression qui en reste est tout autre et cela sert directement la santé de sa côte de popularité.

Le troisième élément est son discours, martelé depuis un mois, en faveur d’un travail en commun avec les démocrates. S’il sait parfaitement qu’il ne peut se passer de ce soutien démocrate pour faire adopter les lois en chantier sur l’immigration et le plan concernant les infrastructures, il a été également assez malin dans cette affaire-là pour l’assortir d’un habillage très flatteur, celui de la main tendue à l’autre camp. Il l’avait déjà utilisée fin septembre et cela avait déjà donné le même résultat, avec une montée très significative de sa côte de popularité. Cette stratégie, développée à nouveau depuis le premier jour de janvier, a été exposée nationalement dans le Discours de l’Union, un acte formel présenté en prime time à la télévision et auquel plus de 45 millions de ses compatriotes ont assisté en direct. C’était donc très bien joué.

Idéologiquement, la posture à priori plus "rassembleuse" de Donald Trump ne pourrait-elle pas conduire à une perte de son électorat traditionnel ? Quels sont les enjeux, aussi bien pour Donald Trump, le parti républicain, et les démocrates, au regard de cette nouvelle percée dans les sondages ? Les niveaux d'approbation actuels peuvent-ils permettre à Donald Trump d'obtenir  un succès lors des prochaines élections à mi-mandat ? 

C’est vrai, en effet, que la polarisation de la vie politique américaine est le reflet d’une lutte presque désormais sans merci entre les opposants de Donald Trump et ses partisans. Alors que le mouvement de « résistance » a pris corps, a prospéré et continue de se développer et de se structurer, un mouvement similaire existe à travers les « lamentables » (deplorables, en anglais) qui prend le contre-pied du précédent avec un systématisme qui est assez impressionnant. Autant dire qu’ils semblent irréconciliables et que tout mouvement de Donald Trump vers un recentrage sera mal ressenti par ce second groupe.

Mais en est-on là ? Personnellement je ne le crois pas. Et je pense que ses supporters ne le pensent pas non plus.

Donald Trump a montré maintes et maintes fois par le passé qu’il garde le contrôle du jeu et que le climat de révolution permanente qui règne autour de lui est le plus souvent son œuvre totalement personnelle. Cette stratégie du chaos semble encore plus flagrante cette fois-ci, après qu’on nous ait amusé début janvier avec un livre soi-disant explosif dont plus personne ne parle déjà et que la sortie de Steve Bannon de l’espace politique a pleinement servi le dessein que poursuivait Donald Trump, consistant à le faire apparaître comme rassembleur et au-dessus des partis.

On a pu observer que la « base » forte du président n’a pas bronché à ce moment-là, restant connectée à la galaxie Trump et semblant visiblement comprendre un message que le camp adverse ne percevait pas, même si quelques voix se sont élevées parmi les démocrates pour appeler à la méfiance.

Quelques jours après cet examen de passage réussi qu’a constitué le Discours de l’Union 2018, Donald Trump retrouve ces habitudes : à coup de tweets, il invite les uns et les autres à poser un nouveau diagnostic sur la situation politique du pays, relevant qu’il a offert une chance de négociation et que les démocrates ne la saisissent pas. Il fait ainsi encore une fois coup double : en restant le rassembleur tout en les critiquant, il accentue la pression sur le camp démocrate pour les amener à négocier dans la précipitation et en abandonnant beaucoup de leurs ambitions. Mais, par ailleurs, son attitude et ses critiques permanentes éclairent cette scène d’une dénonciation de l’attitude du camp qui s’oppose à lui, les faisant ainsi passer pour les « méchants », avec l’espoir que ce sentiment finira par être partagé par le plus grand nombre.

Tout cela intervient après une année durant laquelle il a tout fait pour encourager cette polarisation et cette lutte d’un camp contre l’autre, lui conservant ainsi intact une base qui est désormais prête et en ordre rangée pour repartir à la bataille lors des deux prochains scrutins qui s’annoncent, le 6 novembre 2018 pour les Mid-terms, certes, mais également pour le suivant, la présidentielle de 2020, qui pointe déjà le bout de son nez.

Du point de vue des électeurs, comment expliquer l'approbation de 43% des démocrates ? Peut-on considérer que la forte polarisation de l'électorat, les incessantes attaques à l'encontre du président, pourraient se retourner contre le parti ? 

Si c’est le cas, rien ne le laisse penser : l’approbation des démocrates ne se traduit pas encore par un vrai changement d’attitude en profondeur. On peut d’ailleurs relever que les sondages qui ont évolué à la hausse ne sont pas ceux qui sont les plus proches des démocrates. Plus intéressant encore, ceux qui ont cette proximité justement, ou qui sont en tout cas plus réputés sévères avec Donald Trump, comme Gallup, n’ont pas enregistré de changement dans leur résultats : la côte reste bloquée à 38%, comme c’est le cas depuis près d’un an, et la désapprobation ne descend pas en dessous de 58%.

On a compris depuis longtemps que le président compte sur l’opposition féroce des démocrates pour se faire réélire : il la dénoncera avec force durant la campagne et sera d’autant plus légitime pour le faire que sa critique aura été incessante et que tout le pays aura été témoin de la lutte que ce parti lui aura mené. Son espoir est que les électeurs ne voteront pas contre lui, « l‘homme », mais en faveur de sa politique, à laquelle ils auront finalement adhéré, ou au minimum dont ils seront suffisamment satisfaits pour ne pas vouloir retourner à la situation d’avant. On entend d’ailleurs souvent aux Etats-Unis la phrase « il nous embarrasse mais sa politique est efficace ».

Il fait donc un pari risqué car il implique que les planètes restent sagement alignées pour lui et que l’économie ne vienne pas lui gâcher la fête : or, la semaine dernière, le Dow Jones a accusé un net recul et il est redescendu cette fin de semaine à 25500 après avoir battu le record historique de 26000 une semaine plus tôt. Ce n’est peut-être qu’une correction technique mais cela sonne comme un avertissement. Il ne faudrait pas que l’inflation s’emballe ou que la machine se grippe. Dans une telle hypothèse, les électeurs seront nombreux à soutenir le Parti démocrate dans sa critique. Si on assiste à une continuité sans pépin, alors sa stratégie pourrait s’avérer payante.

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