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Travail, consommation : la société française n'est plus qu'un simple agrégat d'individus en mal de contrat social
©Reuters

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Travail, consommation : la société française n'est plus qu'un simple agrégat d'individus en mal de contrat social

"La société française est devenue un simple agrégat d’individus : il est urgent pour notre avenir de réinventer un contrat social". Extrait de "Le mal français n'est plus ce qu'il était", d'Alain Minc, publié chez Grasset (1/2).

Alain Minc

Alain Minc

Alain Minc est un conseiller politique, économiste, essayiste et dirigeant d'entreprise français. Il est l'auteur de nombreux livres. Derniers essais publiés chez Grasset : Dix jours qui ébranlèrent le monde (2009), Une histoire politique des intellectuels (2010), Un petit coin de paradis (2011), L'âme des nations (2012), L'homme aux deux visages (2013), Vive l'Allemagne ! (2013)

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Aux yeux des zélotes de la société civile, l’individu se définissait par les liens de solidarité qu’il tissait avec les autres. C’était l’addition de ses adhésions multiples à tel groupe ou telle cause qui établissait son être social. Certes, au prix parfois de contradictions : le militant consumériste pouvait se vouloir à l’occasion protectionniste ; l’écologiste être un client fervent d’EDF ; le membre d’une communauté de vie un usager sourcilleux du service public. L’essentiel s’exprimait dans l’efflorescence d’une infinité de micro-groupes sociaux et de leur agrégation naissait le mouvement de la société. C’était faire fi de l’individu-roi. Or, au lieu de se dissoudre dans la toile infinie des liens sociaux, celui-ci s’est affirmé, devenant le centre de tout.

Ainsi de l’univers de la consommation. Les militants de la société civile attendaient de ses membres qu’ils deviennent les acteurs du consumérisme, c’est-à-dire les défenseurs de nouveaux droits collectifs à élaborer. Ils n’imaginaient pas que le consumérisme céderait le pas à la consommation et que l’individu s’incarnerait en un consommateur « pur et parfait » comme il existe dans la théorie économique un marché « pur et parfait ». Ce consommateur s’individualise de plus en plus et les industriels n’ont de cesse, de longue date, de pister au plus près ses desiderata, de lui permettre de bâtir lui-même son propre programme de consommation par des batteries d’alternatives et de choix, de lui donner le plaisir narcissique de se croire l’unique propriétaire de l’objet de ses rêves. Les possibilités illimitées du « Big Data », la quête effrénée par les Google, Amazon, Facebook et Apple de détails de plus en plus précis sur nous, la course aux données personnelles, confèrent à ce mouvement un élan irrésistible. Plus la consommation s’individualise, plus le consumérisme s’étiole. Le plaisir égotique d’un objet unique ne laisse guère de place au sentiment de solidarité avec d’autres consommateurs,  transformés en autant d’étrangers ou de rivaux. Le ciblage de plus en plus individualisé par la publicité, effet de la société de surveillance qu’instaurent les GAFA – Google, Apple, Facebook, Amazon –, va à l’encontre de toute aspiration collective.

De même dans le travail. Qu’il est loin, le temps de la chaîne de production et de la solidarité des ouvriers face aux pressions du contremaître ! Moins de tâches productives et tellement plus individualisées : telle est la règle de la société postindustrielle. Elle est naturellement encore plus prégnante dans les services. L’ouvrier derrière un tableau de commandes dans une usine automatisée ; le comptable rivé à son ordinateur ; le commercial aux prises avec son portable ; l’employé de l’état civil en charge de procédures automatisées : autant de situations qui ne laissent guère de place aux solidarités classiques. Individualisation, parcellisation des procédures, contrôles automatisés : voilà l’alpha et l’oméga du monde du travail.

Extrait de "Le mal français n'est plus ce qu'il était", d'Alain Minc, publié chez Grasset. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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