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Et si l'écologie devenait un thème traité par tous les partis ?
Et si l'écologie devenait un thème traité par tous les partis ?
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La vie en vert

Transition énergétique : comment s'en sortent les pays qui ont désidéologisé le débat

Alors que les Verts doivent jongler avec les déclarations fracassantes de Cécile Duflot, il existe des pays où les partis écologistes n'existent pas. L'écologie devient alors une thématique traitée par toutes les formations politiques.

Florence Faucher

Florence Faucher

Florence Faucher est professeur à Sciences Po au Centre d’études européennes.

Ses recherches portent sur les partis politiques et les mouvements sociaux, et tout particulièrement sur la manière dont les formes du militantisme ont changé depuis 30 ans. Elle a analysé la manière dont les demandes en termes de démocratisation articulées par des groupes comme les écologistes (Les habits verts de la politique, Presses de Sciences Po, 1999) ont trouvé un écho dans les partis dominants.

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Atlantico : Dans quels pays la thématique écologique est-elle déconnectée de toute considération politique ?

Florence Faucher : La thématique écologique peut être déconnectée de toute considération politique selon deux modes :

- en menant une politique écologique sans parti politique,

- ou en faisant participer à la vie politique des partis verts.

La thématique écologique est présente dans à peu près tous les pays même si les partis verts peuvent être extrêmement petits en termes de pourcentages de voix aux élections, notamment en Espagne et en Italie – ils avoisinent les 2%. Mais ce n'est pas pour autant que l'écologie passe nécessairement par les Verts. En Grande-Bretagne par exemple, le parti vert, bien que très vieux et ayant un élu au parlement depuis 2010, a une voix qui porte très peu dans la vie politique et les médias. Il avoisine également les 2%.

Le premier parti vert a été créé en 1973 en Tasmanie et le premier parti vert européen est né en 1974 en Angleterre, la même année où René Dumont s'est présenté à l'élection présidentielle en France. Il y avait donc déjà une participation aux élections des écolos sans qu'il y ait un parti politique. Les Verts français ont vu le jour en 1984. Depuis cette époque, et principalement dans les années 1980, un certain nombre de partis verts ont éclos dans de très nombreux pays. En 2001 il y a même eu création d'une confédération internationale des partis verts suivie d'une fédération européenne des partis verts. C'est ainsi que depuis les années 1980 on est arrivée à une écologie politique en général portée par des partis.

Cependant, même aujourd'hui, il convient de bien noter que l'écologie politique n'est pas entièrement portée par des partis écolos. En effet, des mouvements et des associations s'en chargent parfois tout autant. Ces mouvements et associations considèrent que les idées d'écologie ne passent pas nécessairement de la manière la plus efficace par des partis politiques. Notez que quand Nicolas Hulot avait pensé présenter sa candidature à la présidentielle de 2007, il l'a fait indépendamment du parti des Verts car dans certains cas les Verts ne sont pas le meilleur angle d'approche. C'est particulièrement le cas dans les pays où les modes de scrutin sont hostiles à leur représentation aux parlements. C'est le cas du scrutin uninominal à un seul tour opéré aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne : les écolos n'ont quasi aucune chance d'être représentés aux parlements. De plus, le parti vert britannique n'a obtenu d'élus au parlement européen qu'en 1919, et au parlement britannique qu'en 2010. On voit clairement un décalage. Dans les pays où il y a un scrutin proportionnel cela a été plus rapide. En Allemagne, par exemple, les Verts sont rentrés presque immédiatement au Bundestag après leur création.

En outre, les pays où il y a la proportionnelle peuvent permettre des gouvernements de coalition et faire participer les Verts plus activement, comme en France, Allemagne, Belgique, Finlande. Dans les pays où il n'y a pas nécessairement de parti vert au gouvernement il peut y avoir un mouvement écologique et cela est observable un peu partout

Comment la question de l'adaptation au dérèglement climatique y est-elle appréhendée ? Et comment progresse-t-elle ? Plus rapidement, au même rythme ?

En Grande-Bretagne, par exemple, le parti vert est extrêmement petit. Mais dans chaque parti britannique il y a des politiques qui considèrent qu'il faut prendre en compte la contrainte écologique. Ils subissent en effet la pression du parti vert en période électorale, des médias, de l'opinion publique, de l'Europe ainsi que des négociations internationales.

Il est cependant difficile de comparer un pays à un autre dans notre cas. Nous avons connu deux gouvernements de coalitions en France (1997 et 2012) mais la progression n'a pas été extrêmement rapide en partie parce que les Verts sont minoritaires. En revanche, la coalition a eu davantage de poids en l'Allemagne. Il y a donc différents rythmes.

Toutefois, même dans les pays où ils ne sont pas importants, les Verts ont une influence sur les autres partis.

La politisation des thématiques écologiques a-t-elle tendance à exacerber les tensions au point de devenir contre-productive ? Pourquoi ?

La politique est par définition conflictualité, débats d'idées, contradictions, désaccords. C'est donc normal que l'on retrouve cela chez les Verts. Alors que certains partis cachent leurs débats internes et cherchent à donner une image lisse aux médias et à l'opinion publique, les Verts, eux, optent pour la transparence et montrent, ou du moins laissent transparaître, qu'il existe des désaccords. Bien-sûr, cela peut jouer en leur défaveur et contre l'avancement de leurs causes. C'est en particulier le cas des Verts français.  Les Verts français sont parmi ceux qui ont le plus utilisé les médias dans leurs luttes internes.

Certains partis écolos parviennent-ils néanmoins à obtenir des résultats ? Dans quels cas ?

Il existe trois types de succès :

- en termes de résultats électoraux jusqu'à 15% des voix : c'est particulièrement le cas en Allemagne (autour de 8 et 10%) ;

- en termes de sièges et donc de représentation institutionnelle. Cela dépend du mode de scrutin ;

- en termes de politiques adoptées par les gouvernements : là où les Verts font partie d'une coalition, les écolos ont plus d'influence que là ils ne sont pas (France, Allemagne, Belgique, Finlande). De plus, le poids dans les négociations dépend de contraintes électorales.

L'apport des Verts n'est pas forcément lié à l'environnement. Par exemple en France, le ministère de l'environnement n'est pas tenu par eux.

Les expériences étrangères probantes sont-elles impossible à importer ?

On ne peut pas dire que les résultats des gouvernements britanniques successifs aient été particulièrement probants ou remarquables. Par contre, dans les pays scandinaves on note une attention particulière aux questions environnementales (notamment la pollution) sans que cela soit lié aux Verts. C'est davantage lié aux préoccupations de la société dans ces pays.

En France on a du mal à mettre en place des projets écolos importants parce que différents intérêts économiques s'expriment (agriculteurs, industriels) et réussissent à exercer des pressions.

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