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Tout le monde ment : petites vérités étonnantes sur nos vies sexuelles passées au sérum de vérité des requêtes Google
©Reuters

La vérité est ailleurs

Tout le monde ment : petites vérités étonnantes sur nos vies sexuelles passées au sérum de vérité des requêtes Google

Un ancien salarié de Google a décrypté les recherches effectuées sur le moteur de recherche le plus utilisé au monde, et en a même fait un livre, "Tout le monde ment". Ces recherches formulées en ligne en disent parfois long sur les craintes secrètes et les questions taboues de nos sociétés.

Alexis Rapin

Alexis Rapin

Alexis Rapin est psychiatre et sexologue.

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Michelle  Boiron

Michelle Boiron

Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles notamment sur le vaginisme, le rapport entre gourmandise et  sexualité, le XXIème sexe, l’addiction sexuelle, la fragilité masculine, etc. Michelle Boiron est aussi rédactrice invitée du magazine Sexualités Humaines

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Atlantico : Dans son livre "Everybody Lies", l'ancien data scientist de Google nous dit que les femmes recherchent deux fois plus que les hommes du contenu pornographique à caractère violent. Cela est-il corroboré par votre pratique et les données scientifiques ? Plus largement, quelles sont les habitudes pornographiques des deux sexes qui vont à l'encontre des idées reçues ?

Michelle  Boiron : Votre question contient une partie de la réponse ! Le titre du livre et le contenu "Tout le monde ment" auquel vous faites références nous montre à quel point parfois pour être dans une norme imposée par la société on s’arrange avec la vérité. Cette lecture statistique faite par un scientifique de Google, nous révèle qu’il y aurait notamment plus de recherches « porno » que de recherches sur « méteo » sur Google ! En revanche  seulement 25% des hommes  et 8% des femmes l’admettent !

Précisément au nom d’une normalité de comportements sexuels politiquement corrects. Or je constate que cela fait deux fois en 15 jours qu’Atlantico m’interroge sur la consommation réelle des femmes de film pornographique tant dans la fréquence que dans le contenu visionné.

Ce questionnement récurent dans les médias risque peu ou prou d’influencer le comportement des femmes sur la consommation  de visionnage des films pornos. Jusqu’à une période récente ce comportement était plutôt majoritairement masculin.

Certaines femmes, dans le souci de normalité sexuelle vont maintenant se poser la question  d’aller y voir : pourquoi je ne regarderai pas un film porno ?  Pendant que d’autres femmes répondront à  cette incitation. Or cette curiosité « d’aller y voir » n’était pas innée chez la femme.  A partir du visionnage du premier film «pour voir » leur regard peut d’une part changer sur les hommes qui en visionnent  et d’autre part en dehors de toute attente les sensibiliser à l’excitation virtuelle crue qu’elle n’avait pas appréhendée jusqu’alors et les entraîner dans une consommation modérée ou hard comme les hommes.

La société, la culture leur ont toujours fait comprendre que cette forme de sexualité masturbatoire sous tendue par une excitation visuelle était un comportement masculin alors qu’elle  trouvait son équivalent dans un contexte. Qu’ont-elles à y gagner ? Devenir un homme comme un autre.  Et être autonome.

Pour ce qui est des comportements sexuels de la femme il me semble important de faire la différence entre le fantasme et la pratique sexuelle réelle. La création d’un fantasme a souvent pour origine un palliatif à l’effraction que constitue le fait qu’un enfant soit présent lors de scènes de violences vues ou subies, d’attouchements sexuels, de violence, d’inceste… Ce fantasme a pour but de contenir le traumatisme alors que sa réalisation annule l’effet protecteur défensif.

Les études sur les contenus des films pornographiques que regardent les femmes, iraient dans le sens de plus de violences recherchées par elles ? Je pense qu’il faut réellement faire la distinction entre la vie fantasmée et vie réelle. Notons en parallèles que les femmes regardent aussi des films d’horreur, elles regardent des kidnappings,  et autres violences  elles partagent alors le terrain visuel de l’homme. Est-ce à penser qu’elles vont devenir violentes ? On n’est pas dans le film porno. La violence dans le porno ne serait-il  qu’un fantasme dans la vie réelle ? Le danger de cette consommation est une égalité homme femme dans tous les comportements et elles induisent une absence de « relation sexuelle » entre les deux. Hommes et femmes se nourriraient et s’exciteraient de la même façon mais pas ensemble dans des pratiques similaires qui ne peuvent coïncider.

Les deux termes qui reviennent pour libérer les conduites sexuelles, y compris celle qui semblaient poser problème il y a si peu de temps, sont : diversité sexuelle et intérêt sexuel. Elles sont les deux sésames pour entrer dans des conduites excitatrices qui ne trouvent pas leur limite.

Si la femme, et ce n’est pas nouveau, ne peut plus avoir naturellement recours à ses instincts dont celui de la reproduction (mais pas que) elle doit elle aussi se fabriquer des habiletés de comportement sexuel que la société aujourd’hui  lui propose pour être politiquement correct. La voie de la pornographie en est un exemple. La combinaison de la masturbation et du visionnage de film porno forment un tableau d’une sexualité sans relation. Elle est virtuelle, incomplète et centrée sur soi. Ces comportements altèrent la relation à autrui. Ils rendent passifs, et réduisent la capacité d’aller vers l’autre. Cette pratique évite le risque de refus, de ratage, de manque à jouir et de remise en question.

Alexis Rapin : Je reprendrais les résultats d’une étude d’un site pornographique faite en 2016 sur les habitudes de ses utilisateurs, et notamment en ce qui concerne la France. Il nous apprend que les femmes, peu consommatrices de porno (20% contre 80% pour les hommes) ont tendance à chercher d’avantage un contenu dédié spécialement pour elle (141% par rapport aux hommes qui visionneraient cette catégorie) et du contenu à caractère plus violent (gangbang 106%, double pénétration 95%, hardcore 92%).

En fait, ces chiffres nous montrent que les femmes ne cherchent pas plus de contenu à caractère violent que les hommes. Par contre, ce que nous révèle Seth Stephens-Davidowitz c’est qu’il existe un différentiel entre les recherches réelles sur internet et celles avouées lors d’enquêtes déclaratives. Pas facile d’avouer ses fantasmes à n’importe qui ! Même en cabinet, les patients ne disent pas tout !... Donc cette idée que les femmes rechercheraient deux fois plus que les hommes du contenu à caractère violent reste donc à pondérer.  Par conséquent on constate juste que les femmes avoueront moins facilement le contenu de leur recherche.

Pour aller plus loin sur ces recherches à l’encontre des idées reçues, le site pornhub révèlent que les français ont tendance à chercher d’avantage du contenu anal ou mature (pour les hommes) et lesbien pour les femmes.

Selon les analyses de l'auteur, la plainte la plus courante chez les femmes en couple est : "Il ne veut pas faire l'amour avec moi", ce qui est deux fois plus courant que l'inverse avec les hommes. Il existe une idée reçue comme quoi les hommes sont plus demandeurs sur le plan sexuel que les femmes. Existe-t-il un même niveau de désir chez les deux sexes ?

Alexis Rapin : Pour rappel, le désir sexuel se définirait comme une anticipation positive d’un contact sexuel et qui va déclencher une excitation génitale. C’est donc le même processus chez l’homme ou la femme. Par contre, il se scinde en deux polarités. Un désir sexuel plutôt d’ordre émotionnel, affectif, et l’autre plutôt d’ordre génital. Dans les observations cliniques et en cabinet, on remarque que les hommes ont tendance à être plus génitaux alors que les femmes sont plutôt émotionnelles.

 

C’est cette différence qui pourrait expliquer cette notion de « niveau de désir ». De fait, quelqu’un de génital va être plus facilement excitable et en capacité du coït à la vue, au toucher…d’une fesse, d’un sein, ou n’importe quelle courbe  et cela va stimuler directement son excitation sexuelle. La personne émotionnelle va avoir besoin de plus de temps pour pouvoir être excitée génitalement à l’aide de gestes/de mots d’ordre  affectifs… par exemple si vous êtes émotionnel(elle), vous n’obtiendrez pas tous les jours votre  dîner romantique aux chandelles préparer par votre partenaire et celui-ci faisant l’éloge de votre beauté….ça limite les moments de désir sexuel de fait !

Michelle  Boiron : Peut-être pourrions-nous hasarder que, jusqu’alors  le désir féminin est volatil et celui de l’homme plus constant ?

Ce qui est nouveau dans nos consultations c’est que les cas où l’homme ne veut plus faire l’amour avec la femme a augmenté proportionnellement à l’accroissement désir de la femme. C’est toujours une histoire de frustration et de désir insatisfait. Les hommes qui ont envie tout le temps de faire l’’amour sont avec des femmes qui ont peu de libido et peu de désir sexuel. Dans le même temps les femmes qui sont très « demandeuses » de sexualité avec leur conjoint se heurtent au même refus. Le désir de l’un annihilerait le désir de l’autre ?    

Jusqu’alors les hommes étaient supposés être toujours prêts ? Ce n’est plus vrai. Pourquoi seraient-ils réticents ? Deux pistes supposées : le degré d’insécurité de l’homme et la performance exigée par les femmes de les faire jouir.

A cela vient s’ajouter que leur relation se fraternise,  qu’ils s’ennuient, qu’ils singent les comportements empruntés à l’autre sexe… Ce qui a pour conséquences l’absence d’attraction qui étaient en partie fondée sur leurs différences. Aujourd’hui ils font les mêmes métiers s’habillent pareils …

Les couples s’entendent de plus en plus sur des malentendus. Eux continuent d’être obsédés par la taille de leur pénis alors que dans le livre : « On nous ment » On nous dit que pendant ce temps les femmes sont obsédées par leur odeur vaginale et pas par la taille du pénis de l’homme !  Personne n’en parle or il semble que cette paranoïa serait très répandue chez les plus jeunes femmes. Les Hommes quant à eux auraient  peur que cela sente un autre homme !

Finalement le film porno est moins dangereux si on efface l’historique cela ne laisserait aucune trace !

Les recherches Google américaines semblent montrer que le nombre d'hommes gay (recherchant du matériel pornographique homosexuel) est relativement plus élevé que les études déclaratives ne le montrent. Est-ce qu'une telle différence entre les faits et les chiffres se retrouve en France, un pays à priori plus ouvert que beaucoup d'États américains ?

Michelle  Boiron : "Tout le monde ment", ce sera ma seule réponse je ne vois pas pourquoi les hommes gay échapperaient à la règle titre du livre en référence !

Plus sérieusement j’aimerai vous livrer une petite analyse sur le fait que la pornographie fait violence à la sexualité dans notre société. Nous pourrions nous poser la question de savoir pourquoi une telle recrudescence de cette consommation ?

C’est un exutoire à une société de violence. On n’a plus de repère sur le « beau », la logique instinctuelle de l’être humain. Le « beau » ça calme et ça repose. Qu’est ce qui fait que les humains confrontés à la violence ont inventé l’art ? Pour retrouver de l’apaisement comme antidote à la violence. Aujourd’hui même l’art est violent.

Pour qu’elles raisons avons-nous perdu cela ? La raison n’est pas seulement liée à un ressort face aux inégalités pas plus qu’à la baisse de sens moral. Le mécanisme de l’excitation n’est pas le même. La solution de facilité est en jeu, la perte de considération de l’autre, perte de générosité à son égard. Quand l’individualisme se met sur le porno c’est un exutoire à une sorte de violence.

Consciemment ou inconsciemment par le biais des films pornographiques, qui n’est autre qu’un instrument du développement d’une puissance économique on est en train modifient profondément et durablement les relations  sexuelles entre les hommes et les femmes.  Peut-on continuer à MENTIR ? 

Alexis Rapin : Il ne faut pas confondre recherche de contenu homosexuel avec orientation sexuelle ! Ce n’est pas du tout la même chose. On ne peut donc pas dire qu’il y aurait plus d’homosexuels que d’homo déclarés seulement sur de simples recherches sur internet !

N’oublions que nous sommes dans le domaine du fantasme. Et que tout peut se voir, tout est permis pour entretenir son excitation génitale. Ainsi comme je vous l’ai cité précédemment, les catégories homosexuelles font partie de celles les plus recherchées  sur internet, indépendamment de l’orientation sexuelle.

En sexologie, le model de santé sexuelle développée pour Jean Yves Desjardin ne parle pas de l’homosexualité seulement en tant qu’orientation sexuelles qui « étiquette » la personne, mais aussi  en tant que « code d’excitation sexuelle » qui déclenche l’excitation génitale. L’existence d’une contenu fantasmatique homosexuel ne signe pas une homosexualité dans la réalité.

Rappelons aussi que les chiffres concernant l’homosexualité restent stables en France depuis 2006. L’étude de l’Ifop en 2014  a montré que 3 % des personnes interrogées se considéraient comme homosexuels (5% des hommes, 1% des femmes), et 3% comme bisexuels (4% des hommes, 2% des femmes).

Enfin évidemment qu’il y aura toujours un décalage entre les chiffres réels et ceux déclarés car la question du coming-out reste délicate en France ou ailleurs dans le monde. L’acceptation de l’homosexualité par la personne elle-même et/ou par son entourage dépend de plusieurs facteurs (l’endroit, le niveau social et éducationnel, l’influence de la religion, etc…). Elle est un problème majeur de santé publique car première cause de suicide chez les adolescents.

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