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Les placements en bourse rapportent plus que le livret A.
Les placements en bourse rapportent plus que le livret A.
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La poule aux oeufs d'or

Tout ce qui a rapporté plus que le livret A sur les dix dernières années

La Banque de France préconisait 0.75%, finalement le gouvernement a tranché pour un taux du Livret A de 1% en août. C'est la première fois que l'on passe en dessous de la barre des 1,25%.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : Le taux du livret A sera abaissé à 1% en août. Depuis la création de ce produit d'épargne en 1818, son taux n'a jamais été inférieur à 1,25%. Quels sont les placements faits il y a 10 ans qui rapportent le plus aux Français aujourd'hui ?

Philippe Crevel : Il faut toujours se méfier des rétrospectives en matière de placements car ce qui a été vrai hier a peu de chance de l’être demain. En outre, les dates de référence peuvent modifier le jugement. Si vous avez, par exemple, placé toute votre épargne dans des actions en 1999 en privilégiant les start-up, il y a de fortes chances que vous soyez dégoutté de ce type de placements. De même, si vous avez investi dans des sociétés financières à la veille de la crise de 2008 / 2009, vous n’aurez pas tort de considérer que ces placements ne sont pas très intéressants.
En 2014, sur ces dix dernières années, le placement rentable s’appelle l’immobilier, non pas pour son rendement locatif, mais en raison des plus-values qu’il génère. En effet, en dix ans, les prix ont doublé, mais il n’a échappé à personne que ce processus est certainement arrivé à son terme. Des baisses sont enregistrées depuis 2009 et surtout depuis 2012. Le rendement locatif, hors plus-values, reste faible surtout après impôt. Certes, il y a des dispositifs de défiscalisation, mais qui cachent souvent des placements pas très intéressants ; certes, il y a des niches comme la location saisonnière ou la résidence hôtelière. Toujours dans l’immobilier, l’acquisition de parts de SCPI (société civile de placements immobiliers) permet à des particuliers d’acquérir notamment des parts de locaux professionnels ou de locaux commerciaux qui ont pu générer de forts rendements ces dernières années, autour de 7 %.
Un épargnant qui a acheté de l’or il y a dix ans et qu’il a revendu en 2012 a réalisé une bonne affaire. En 2006, l’once d’or valait environ 400 dollars contre aujourd’hui plus de 1 350 dollars. Mais, il s’agit d’un placement fortement spéculatif qui, en outre, ne donne lieu à aucun versement de dividendes ou d’intérêts.
Sur 10 ans, les actions offrent malgré la crise un rendement assez correct, mais en intégrant aux plus-values les dividendes versés par les entreprises. De 2004 à 2014, le CAC 40 est passé de 3 647 points à un peu plus de 4 500 points du mois de juillet 2004 à celui de 2014, mais il avait atteint plus de 6 100 points en 2007. En réinvestissant les dividendes, les actions génèrent un rendement moyen de 6 % par an. Il faut souligner que plus les actions sont conservées longtemps, plus le risque de volatilité s’estompe.
Même si sur ces dernières années, le taux de rendement des fonds euros de l’assurance-vie a fortement baissé de 2004 et 2014, le rendement moyen a été correct avec un taux moyen de 4 % par an.

A l'inverse, quels ont été les placements les moins intéressants ?

Sur ces dix dernières années, les obligations avec la chute des taux d’intérêt voient leur rendement baisser. Les taux d’intérêt sont passés pour les Obligations Assimilables du Trésor de 4 % à moins de 2 % de 2004 à 2014. La baisse est encore plus nette pour les SICAV monétaires ou les Livrets bancaires, d’autant plus que la fiscalité s’est accrue ces dernières années.

Comment ont-ils évolué avec la crise ?

La crise financière de 2008/2009 a cassé net l’appréciation des cours des actions. Si les places boursières comme celle de New York, de Londres ou de Francfort ont dépassé leur niveau d’avant crise, tel n’est pas encore le cas de Paris. Le poids des banques et des compagnies d’assurance dans le CAC 40 explique ce retard. Les difficultés de l’économie française expliquent également cette situation. Néanmoins, en 2012, le CAC 40 a progressé de 12 % et en 2013 de 18 %. Cette année, l’indice de la bourse de Paris est plus incertain du fait des nombreuses incertitudes qui pèsent sur l’économie française et sur l’économie mondiale. L’immobilier, même si son rythme de progression s’est ralenti, a joué durant la crise le rôle de valeur refuge. Les prix ont diminué en 2009 avant de reprendre fortement jusqu’en 2012. En revanche, avec les politiques monétaires mises en place par les Banques centrales pour relancer les économies et pour faire à la crise des dettes souveraines, les taux d’intérêt ont fortement diminué.

Que peut-on dire de l'évolution du livret A ? Est-il en voie de disparition ?

Contrairement à une idée reçue, le rendement du Livret A n’est pas mauvais, même à 1 %. En effet, avec un taux d’inflation à 0,5 %, son rendement réel net (car ce produit est exonéré de tout impôt) est de 0,5 %. Dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, le rendement réel de ce produit était négatif. Le taux a atteint 8,5 % au mois d’octobre 1981 mais dans le même temps l’inflation s’élevait à 13,9 %. De ce fait, l’épargnant avait perdu 5,4 % cette année-là. Depuis la fin des années 90 ; le rendement réel du Livret A est, sur moyenne période, resté positif. Le Livret A et le Livret de Développement Durable traversent relativement bien la crise. Depuis 2009, la collecte nette de ces deux produits a atteint 104,54 milliards d’euros. Leur encours est passé de 236 à 371 milliards d’euros. Grâce au relèvement des plafonds du Livret A et du LDD et malgré la baisse du taux de rendement, la collecte nette a été positive de 49 milliards d’euros en 2012 et de 19 milliards d’euros en 2013. Certes, depuis la baisse du taux intervenue le 1er août de l’année dernière, cinq mois de décollecte ont été enregistrés, les Français laissant de plus en plus d’argent sur leurs comptes courants. Néanmoins, la collecte depuis le début de l’année reste positive, à hauteur de 3,82 milliards d’euros. Le Livret A, et surtout le LDD, sont transformés en annexe rémunérée du compte courant. Les Français transfèrent de leur compte vers leurs livrets les disponibilités dont ils n’ont pas l’usage immédiat mais qu’ils souhaitent conserver de manière liquide. Il ne faut pas oublier que le Livret A est un placement à court terme. Il offre trois avantages aux Français : la garantie de l’Etat, la liquidité quasi-parfaite et le fait qu’il soit exonéré d’impôts et de prélèvements sociaux. Or tous ces avantages ont un coût : un rendement faible. Il est logique qu’un placement court terme sans risque soit moins bien rémunéré que les actions.

Quels sont les placements d'avenir ?

Le placement miracle, c’est celui qui n’est justement pas encore connu. Sinon, pour être sérieux, la première règle est de se diversifier pour réduire son exposition aux risques. Il faut éviter de placer son argent sur un seul produit, sur un seul pays… La deuxième règle est de savoir prendre ses plus-values quand elles ont atteint un certain niveau. Cette règle s’applique en particulier pour les actions. Par ailleurs, il faut éviter de mettre tout son argent d’un seul coup sur un produit. Il vaut mieux placer progressivement son épargne pour lisser les effets des bulles et des krachs. Sinon, pour l’avenir, les épargnants qui ne sont pas allergiques aux risques peuvent se tourner vers l’Afrique dont la croissance devrait être forte. Le retour en forme aux Etats-Unis d’ici la fin de l’année 2014 pourrait amener à s’intéresser aux placements dans ce pays. L’immobilier pourrait souffrir dans les prochaines années, surtout quand les taux recommenceront à augmenter. Pour les SPCI, il faut privilégier les centre-villes des grandes agglomérations et éviter les zones commerciales à la périphérie. Les investissements immobiliers pour des locations saisonnières ou dans le cadre de résidences hôtelières pourraient encore connaître de bonnes années.

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