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La contrepartie des avantages du livret A est un rendement faible, selon Philippe Crevel.
La contrepartie des avantages du livret A est un rendement faible, selon Philippe Crevel.
©Reuters

Alternatives économiques

Tous les plans B pour le Livret A : les solutions pour sécuriser son épargne et gagner plus

Le livret A dont le plafond, actuellement à 22 950 euros, pourrait doubler. Mais des alternatives existent, notamment l'assurance-vie.

Philippe Crevel et Julien Fleuret

Philippe Crevel et Julien Fleuret

Philippe Crevel est secrétaire général du Cercle des Epargnants depuis 2004.

Julien Fleuret est responsable du Département Financier chez Haussmann Patrimoine, une société de gestion de patrimoine.

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Atlantico : Le doublement du plafond du livret A - actuellement à 22 950 € depuis le 1er janvier 2013 - est au menu des discussions qui se tiennent ce mercredi en Conseil des ministres. Mais outre ce placement "vedette", quelles autres solutions existent pour sécuriser son épargne tout en gagnant plus ?

Philippe CrevelLe gouvernement entend respecter une des promesses de François Hollande en programmant le doublement du plafond du Livret A qui à terme devrait atteindre 30 600 euros contre 15 300 euros en juin 2012. Avec la baisse de l'inflation, le taux du Livret A et du Livret de développement durable a été ramené, au 1er août, de 1,75 à 1,25 %. Le Livret A n'a jamais été un placement rémunérateur. Ses atouts sont la simplicité, la liquidité, la sécurité et l'exonération fiscale. La contrepartie de ses avantages est un rendement faible.

Aujourd'hui,nous évoluons dans un environnement de faibles taux d'intérêt du fait du besoin des États à s'endetter à faibles prix. Face à cette situation, l'épargnant peut chasser les livrets avec des taux promotionnels. Néanmoins, une fois les effets du dopage passés, le rendement réel après impôt est faible, autour de 1 point. L'épargnant peut alors regarder du côté de l'assurance-vie dont les fonds euros sont rémunérés en moyenne à 2,8 %. Après impôt et prélèvements sociaux, le rendement est de de 2,3 % (sous réserve que le contrat ait plus de 8 ans) soit nettement plus que le Livret A.

Il est possible d'améliorer le quotidien en prenant quelques risques en se diversifiant. Il faut alors oser les actions, soit sous forme d'unités de compte dans les contrats d'assurance-vie soit dans un PEA en direct ou à travers des OPCVM. L'immobilier est en revanche à déconseiller car l'ajustement à la baisse pourrait se poursuivre même si un effondrement brutal n'est pas à attendre. A ce sujet, il faut suivre l'évolution des taux d'intérêt, ils pourraient remonter et de ce fait fragiliser dans les années à venir le marché de l'immobilier.

Ce qui compte en matière de placement, c'est de trouver chaussure à son pied. Les Français ne sont pas tous égaux en matière d'épargne. Il y a, et ils sont nombreux, qui ne peuvent pas épargner. Il y a ceux, et ils sont également très nombreux, qui n'aiment pas le risque. Ceux là privilégient l'épargne déréglementée et les fonds euros de l'assurance-vie. Enfin, il y a ceux qui sont prêts à vivre un peu plus dangereusement en recourant aux actions. A chacun ses produits, en fonction de ses moyens et de son tempérament...

Julien Fleuret : Tout dépend de l'horizon d'investissement : il peut aller du très court terme - qui ne dure que quelques semaines ou quelques mois - à l'épargne de précaution où il n'y a que peu d'alternatives aux Livret A et LDD, le Livret de développement durable. Ces deux placements présentent un avantage très important : ils restent des "enveloppes" ultra-disponibles à n'importe quel moment et ne sont pas soumis à la fiscalité, un atout non négligeable puisque presque tous les autres produits d'épargne sont aujourd'hui imposés par l'impôt sur le revenu.

Sur une durée courte allant de 3 à 6 mois, les livret "boostés" sont potentiellement intéressants et peuvent constituer une alternative crédible au Livret A. Il s'agit des fameux livrets bancaires que l'on retrouve chez ING, Cortal Consors et bien d'autres banques qui proposent des livrets avec des taux élevés - à 4%, 5% ou 6% - sur des périodes allant de 3 à 6 mois. Même si l'on perd entre 30% et 45% du fait de l'imposition à laquelle ils sont soumis - et même davantage si l'on prend en compte la CSG et la CRDS sur le rendement - ces livrets restent assez rémunérateurs par rapport au livret A qui n'offre que 1,25%. Cependant, une fois la période de 3 à 6 mois passée, leurs rémunérations retombent à 1,25% brut de fiscalité et deviennent par conséquent moins intéressantes que le livret A.

Le Livret d'épargne logement constitue pour sa part une alternative intéressante mais présente des contraintes particulières : il s'agit d'une épargne bloquée avec une obligation de cotisation mensuelle.

Autre possibilité, l'assurance-vie avec des fonds euros nouvelles générations. On se détourne un peu de la logique initiale de ce placement qui se veut avant tout être une épargne de long terme mais avec l'intégration des intérêts d'épargne des livrets autres que Livret A et LDD dans les revenus imposable à l'impôt sur le revenu, l'assurance-vie est devenue plus attractive, y compris sur du court terme avec des taux de rémunération entre 3% et 4% sur des fonds en euros garantis en capital.

L'assurance-vie est d'autant plus intéressante que l'épargnant peut intégrer les plus-values ou les intérêts (lors d'un retrait) soit à l'impôt sur le revenu, soit opter pour le prélèvement forfaitaire obligatoire. Ce dernier est fixé à 35% sur les quatre premières années (auxquels s'ajoute ensuite la CSG et la CRDS). Un épargnant imposé dans une tranche se situant entre la première tranche (non imposable donc) à celle à 30% aurait intérêt à opter pour l'impôt sur le revenu. Mais un contribuable imposé au dessus, dans des tranches situées à 41% ou 45% sur les intérêts de leurs livrets comme sur leurs revenus, aurait intérêt a choisir le prélèvement forfaitaire obligatoire car il économiserait ainsi entre 6% et 10% sur l'impôt, tout en bénéficiant d'une rémunération plus attractive que celle du Livret A.

Ces livrets d'épargne sécurisés sont-ils concernés par d'éventuelles réformes à venir, notamment fiscales, susceptibles de remettre en cause les avantages qu'ils présentent ?

Philippe Crevel : La tentation est grande de modifier le régime fiscal de l'épargne dite réglementée. En effet, avec des plafonds doublés, une famille avec deux enfants pourra placer sur ses Livrets A et LDD plus de 170 000 euros soit plus que le montant moyen des placements financiers des ménages français. Avec de telles sommes, nous nous éloignons terriblement de l'épargne populaire de précaution. De ce fait, la Cour des comptes et quelques autres pensent que les revenus de l'épargne réglementée, au-delà d'un certain seuil, pourraient être au moins soumis aux prélèvements sociaux. Jusqu'à maintenant, cette proposition n'a pas été retenue car elle remettrait en cause le principe d'exonération fiscale et sociale dont bénéficient le Livret A et le LDD. Il n'est pas certain que ce principe survive au quinquennat.

En matière de fiscalité de l'épargne, le gouvernement semble, en effet, ne pas manquer de ressources. Il a déjà supprimé le prélèvement libératoire sur l'épargne sauf pour les revenus issus des produits de taux (livrets bancaires, obligations, etc) inférieurs à 2000 euros. Il travaille sur un éventuel durcissement de la fiscalité de l'assurance-vie pour les contrats supérieurs à 500 000 euros. Les prélèvements sociaux sur l'épargne qui ont déjà été augmentés l'année dernière pourraient être impactés par la hausse de la CSG. Il faut, par ailleurs, souligner que le gouvernement a relevé de 8% à 20% le forfait social qui concerne l'épargne salariale. 

Alors que la croissance française a rebondi, +0,5% au deuxième trimestre, est-il temps de se détourner progressivement des livrets d'épargne sécurisés mais faiblement rémunérateur pour se tourner davantage vers le marché des actions, notamment via l'assurance-vie, l'un des placements préférés des Français ?

Philippe Crevel : Depuis le début de l'année, le CAC 40 a progressé de 13 % soit plus que sur l'ensemble de l'année 2012. Avec la reprise américaine qui se confirme de mois en mois, il peut être judicieux de s'intéresser au marché actions. Évidemment, il ne faut pas y mettre tout son argent. Par ailleurs, il ne faut pas être rétif au risque. Beaucoup d'épargnants sont découragés par le marché actions car ils y arrivent souvent en fin de cycle haussier, investissent en une fois beaucoup d'argent. Il en résulte beaucoup d'amertume au moment des retournements et des krachs. Pour lisser les variations de la bourse, il vaut mieux mettre régulièrement de l'argent que de placer en une seule fois une grosse somme. Le recours à des produits de placements collectifs comme les SICAV (Société d'investissement à capital variable, ndlr) ou les FCP (Fonds commun de placement, ndlr) offre les avantages de la mutualisation. Par ailleurs, il faut savoir prendre ses plus-values. Quand nous épargnons, ce n'est pas pour faire plaisir à notre banquier ou à notre assureur. Il faut savoir rester maître de son argent. Il faut se fixer un seuil de plus-values à partir duquel on vend afin de réinvestir ou de consommer.

Afin de bénéficier d'avantages fiscaux, l'épargnant a le choix entre les contrats d'assurance-vie et le Plan d'épargne en actions. L'assurance-vie qui est le couteau suisse de l'épargne française permet de combiner sécurité avec le fond euros et rendement avec les unités de compte. Ces dernières permettent de doper moyennant un prise de risque le rendement de son épargne. Les revenus des contrats d'assurance-vie sont soumis aux prélèvements sociaux ainsi qu'à un prélèvement libératoire qui varie en fonction de la date d'ouverture du contra d'assurance-vie. Pour les contrats de plus de 8 ans, le taux est de 7,5 %; pour ceux de 4 à 8 ans, il est de 15 % et pour ceux de moins de 4 ans, le taux est de 35 %.

L'autre solution est de souscrire un Plan d'Epargne en Actions. Les plus-values et les dividendes sont exonérées sous la réserve de conserver son PEA 5 ans ; seuls les prélèvements sociaux de 15,5 % sont demandés. Le PEA permet d'acquérir et de vendre des actions ou des fonds européens. Son plafond est de 132 000 euros. Le gouvernement devrait créer un volet PME au sein du PEA afin de faciliter le financement en fonds propres de nos entreprises de taille moyenne.

Julien Fleuret : Il est difficile de déterminer le bon moment pour revenir en bourse. Lorsque l'on investit en action, il faut avoir au minimum 3 ou 5 ans devant soi. Il s'agit d'une logique de plus long terme. Plus l'investissement est risqué, plus cela requiert un horizon de long terme car il est possible de perdre pendant un certain temps avant de remonter.

La bourse sera toujours incertaine d'autant plus que l'économie est aujourd'hui mondialisée et que tous les marchés interagissent ensemble. La période où certains achetaient des actions tout en étant sûr de dégager une importante plus-value 8 ans plus tard sans trop regarder est révolue. Alors que seules un dizaine de places financières étaient interconnectées auparavant, toutes le sont désormais. Chaque événement dans le monde, y compris dans les pays émergents, impacte la place financière de Paris ou de Londres.

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