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Tournée européenne de Manuel Valls : "Grand diseux, p'tit faiseux"
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Editorial

Tournée européenne de Manuel Valls : "Grand diseux, p'tit faiseux"

Le Premier ministre Manuel Valls multiplie les déplacements en Europe pour présenter les réformes mises en œuvre par le gouvernement français, alors que le budget 2015 concocté par ce même gouvernement est cousu de fil blanc.

Pierre Guyot

Pierre Guyot

Pierre Guyot est journaliste, producteur et réalisateur de documentaires. Il est l’un des fondateurs et actionnaires d’Atlantico.

 

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Il y a d’abord eu la rencontre avec son homologue espagnol Mariano Rajoy à Madrid en juillet dernier, puisle meeting commun avec l’italien Matteo Renzi à Bologne début septembre, la visite à Angela Merkel à Berlin il y a quinze jours et hier le face à face avec David Cameron et le discours à la City de Londres.

Pour ses six premiers mois à Matignon, Manuel Valls n’a pas lésiné sur les déplacements chez nos voisins européens pour présenter les "réformes mises en œuvre par le gouvernement français pour rétablir la compétitivité, la croissance et les comptes publics", selon l’équipe du Premier ministre.

La tournée "pour convaincre" de Manuel Valls est hélas à l’image de la politique économique – ou plutôt de l’absence de politique – de la France depuis des années. Lorsqu’il faudrait tenter de séduire les investisseurs étrangers, rétablir la confiance, créer l’envie et l’enthousiasme, la véritable urgence du gouvernement français se limite à poser des rustines et à essayer deconvaincre nos voisins et partenaires de bien vouloir lui accorder une nouvelle fois un sursis, même si la France montre qu’elle est incapable d’honorer ses engagements vis-à-vis de l’Union européenne.

Pour séduire, Manuel Valls a mis les formes, lançant en allemand et en anglais dans le texte, à Berlin "Ich liebe die Unternehmen" (j’aime les entreprises) et hier à Londres "My governement is pro business" (mon gouvernement est favorable à l’économie de marché). 

Dans le même temps, le budget 2015 concocté par ce même gouvernement est cousu de fil blanc, de l’aveu même de hauts fonctionnaires de Bercy, pourvu qu’ils s’expriment de manière anonyme. La croissance y est largement surévaluée. Les déficits ne cesseront de se creuser. Le chômage va s’aggraver. Et il n’y a rien de sorcier à annoncer que si le gouvernement parvient comme il le prétend à ne pas augmenter les impôts l’année prochaine, ce sera pour le faire in extremis et avec le couteau sous la gorge dès janvier 2016 ! Encore une fois, aucune anticipation. Aucune vision à moyen terme. Aucune réforme structurelle, pourtant indispensable, entamée.

L’incapacité à mener la réforme territoriale comme promis (cette refonte de la décentralisation a tourné à la montagne qui accouche d’une souris, notamment en ne supprimant pas les Conseils généraux) au moment où un rapport du Ministère des Finances, révélé le week-end dernier, tire la sonnette d’alarme sur la situation financières des collectivités locales dont les dépenses sont passées de 3,7 milliards d'euros à 9,2 milliards d'euros entre 2012 et 2013 en est une triste illustration.

Pour obtenir un énième délai de la part de la Commission européenne, Manuel Valls va poursuivre sa tournée de séduction et se rendre aux Pays-Bas et au Luxembourg avant la fin de ce mois d’octobre. Pour essayer d’épater ses homologues, sûr que ses communicants lui prépareront un slogan bien senti en néerlandais ! Dans mon Nord natal, il existe aussi des formules bien troussées. L’une d’entre elles explique que "Grand diseux, p’tit faiseux…"

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