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Quand Fausto Coppi 
faisait gagner les Français
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Au festin du Tour

Quand Fausto Coppi faisait gagner les Français

On se souvient de Jean-Paul Ollivier commentant le Tour de France à moto. Samedi, il repart pour une 37e édition avec France 2. Dans son dernier livre "Paulo la Science", il revient sur sa carrière de journaliste sportif qui s'invite chaque été dans notre salon. Extraits.

Jean-Paul Ollivier

Jean-Paul Ollivier

Jean-Paul Ollivier commente le Tour de France sur France 2 où il a notamment été reporter sur une moto durant les étapes du Tour dans les années 80 et 90 avant d'entrer dans la cabine des commentateurs en 2001 où il est l'historien du tour.
Il est auteur de nombreux livres sur le cyclisme dont Paulo la Science.

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Le Tour de France attire un certain nombre de personnalités. Celles-ci viennent pour voir ou se faire voir. Beaucoup d’entreelles demandent à suivre une étape car le Tour leur rappelle leur jeunesse, leur insouciante adolescence ou, pour les plus anciens, ces temps lointains où la patrie avait la voix bourrue, la moustache abondante et un certain accent du terroir.

Celui qui me laisse l’un des souvenirs les plus cocasses est le chanteur Marcel Amont. De temps en temps, il descendait dans les Pyrénées car il possédait de la famille dans la vallée du Somport. Il suivait généralement dans ma voiture car il s’y trouvait à l’aise. Il savait que s’il demandait à s’arrêter pour saluer sa vieille tante dans la vallée, nous souscririons aussitôt à ses désirs.

Un jour de juillet 1988, plusieurs spectacles qu’il animait l’avaient retenu alors que le Tour traversait les Pyrénées. Il fallait donc qu’il se rattrape et jette son dévolu sur un tronçon, pour lui, un peu moins hospitalier. On lui proposa une étape qui arrivait à Limoges. Il ne pouvait refuser. À l’époque, Jacques Chancel animait l’émission “À chacun son tour” qui se déroulait dans le prolongement de l’arrivée. Jacques avisa Marcel au départ de l’étape et lui intima l’ordre – c’était presque cela – de se  présenter à l’émission aussitôt après l’attribution du bouquet du vainqueur. D’ordinaire jovial, plein de vie, cascadant, primesautier, Marcel entra, cette fois, dans ma voiture, le front soucieux.

– Oh ! Marcel, ça ne va pas ?

– Écoute-moi bien. Chancel me demande de venir à son émission pour parler du Tour. Que veux-tu que je lui dise qui ne soit pas trop banal ?

La voiture s’ébranle en douceur avec la caravane des autres confrères et je réfléchis un instant. Je me dis qu’il faut que mon invité du jour puisse évoquer une histoire qui ait eu, un jour, pour cadre la ville de Limoges afin de rester dans la région et dans l’actualité du Tour.

Très rapidement, je pense avoir trouvé l’angle adéquat.

– Tu sais,Marcel, ici, en 1952, s’illustrait dans leTour de France un jeune Périgourdin qui s’appelait Jacques Vivier. Il avait un peu plus de 20 ans et se portait à l’offensive tous les jours, un peu n’importe comment, d’ailleurs, même dans les étapes où le peloton souhaitait souffler légèrement avant d’autres rendez-vous plus sélectifs. Son attitude portée vers l’offensive à outrance, voire agressive, attira l’attention de Fausto Coppi en personne, qui s’approcha de lui et lui demanda les raisons de ses fulgurances. Vivier répondit. “Je cherche à gagner une étape, mais j’aimerais surtout gagner celle de Limoges qui est la plus proche de chez moi. Les amis m’attendent.”

Il restait trois ou quatre jours avant d’entreprendre cette étape et Coppi promit que si Vivier attaquait ce jour-là, aucun Italien ne contrarirait ses desseins. De fait, il attaqua. Se portèrent alors dans sa roue le Hollandais Van Est, les Parisiens Renaud et Decaux, et l’Italien Magni. Ce dernier a reçu des consignes : ne pas contrecarrer les plans du jeune régional. Il se laissera d’ailleurs décramponner sur la fin. Cette fois, il faut vaincre le Hollandais et les deux Parisiens. À 1 500 m de la piste en cendrée de Limoges, dans une côte sévère, Vivier porte un violent coup de boutoir et s’en va seul vers le succès. Au micro de Georges Briquet, il lance :

– Je remercie Fausto Coppi de m’avoir permis de gagner l’étape !

C’était beau comme l’antique. Marcel Amont avait écouté cette histoire avec beaucoup d’attention. Il se déclara aussitôt prêt à la raconter en direct. Je la lui fit répéter afin de me rendre compte qu’il n’omettait aucun détail. C’était parfait.

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Extraits de Paulo la Science, de Jean-Paul Ollivier, Editions Palantines (Mai 2011)

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