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Ce que le top 2011 des sujets sur Facebook/Twitter dit de nous
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You talkin' to me

Ce que le top 2011 des sujets sur Facebook/Twitter dit de nous

Yahoo, Facebook et Twitter ont dévoilé cette semaine les sujets les plus cités sur leur site. Entre DSK et Lady Gaga, Ben Laden et le Super Bowl, difficile de s'y retrouver. Quel reflet le miroir des réseaux sociaux renvoie-t-il de notre société ?

Pierre-Henri Tavoillot

Pierre-Henri Tavoillot

Pierre-Henri Tavoillot est philosophe, spécialiste de l'histoire de la philosophie politique.

Il codirige la collection "Le Nouveau collège de philosophie" (Grasset).

Il a notamment publié Tous paranos ? Pourquoi nous aimons tant les complots …  en collaboration avec Laurent Bazin (Editions de l’Aube, 2012) et vient de faire paraître Faire, ne pas faire son âge aux Editions de L'Aube.

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Atlantico : Yahoo, Facebook et Twitter ont dévoilé cette semaine les sujets les plus cités sur leur site. Sur Twitter, les grands gagnants sont Justin Bieber, le football féminin et Lady Gaga. Sur Facebook, les Français se partagent massivement les contenus liés à l'affaire DSK et au niveau mondial, c'est la mort de Ben Laden et le Super Bowl qui triomphent. Que vous inspirent ces résultats ?

Pierre-Henri Tavoillot : Il est tentant de s’affoler et de dire que ces résultats sont le symptôme d’une dégénérescence de l’espace public. Mais je crois qu’il faut garder son sang-froid. Ces résultats reflètent les usages classiques qui sont la base de tout type d’échanges entre les hommes et les femmes : le côté café du commerce, les choses éphémères, fugaces et sans enjeu majeur.  En même temps, il y a l’idée qu’il existe des relais d’information, parce que Twitter et Facebook sont beaucoup utilisés pour se transmettre des liens d’articles de fond.

Pour en revenir aux résultats, je trouve que c’est assez symptomatique de voir que dans le classement Yahoo des partages télé, ce qui arrive en tête c’est  "Secret story" d’un côté et "C dans l’air" de l’autre : ça résume bien l’ambivalence de ces réseaux. On annonce une espèce de révolution mais les réseaux sociaux restent quand même des outils et des instruments qui sont mis au service de ce que les gens aiment faire : parler de l’actualité futile d'une part et d’autre part échanger des idées, des analyses et des arguments pour aller plus au fond des choses.

 

Qu'est-ce que cela indique sur notre société d’aujourd’hui ?

Le succès du "people", c’est un peu comme les magazines que l’on dit ne lire que chez le coiffeur, mais qui ont quand même 600 000 lecteurs. Ce n’est pas un phénomène nouveau, c’est simplement plus accéléré avec Internet.

L'une des incertitudes quant à l'analyse de ces résultats tient à l’infléchissement des agendas des citoyens : le temps n’est pas extensible, or on sait que les nouvelles technologies sont chronophages. On passe incontestablement plus de temps à lire mais que lit-on ? On lit sans doute moins de livres, mais on lit plus de critiques littéraires, de billets de blogs consacrés à la littérature et énormément de petites choses sans intérêt !

Twitter illustre bien ce phénomène : avant de lire une information qui nous intéresse il faut en lire cinquante. Je pense que dans le futur, on aura des services de discipline interne qui aideront à se désintoxiquer de la consommation frénétique de ces petites choses.

 

Pensez-vous que ces résultats témoignent d'un regain d'intérêt des Français pour la politique ?

Je pense que l’on est dans une phase un peu difficile à interpréter. Si l’on revient dix années en arrière, il y avait une détestation absolue de la politique. Là on est dans une situation où les citoyens détestent les politiques mais adorent les détester, en parler,  en discuter. De ce point de vue là, l’année 2011 a été une année absolument grandiose en politique car il y a eu des événements importants, une accélération de l’histoire, un sentiment d’enjeu massif qui suscitent un débat de fond qui concerne tout le monde. On est un peu rattrapés par l’histoire et du même coup le diagnostic de désertion civique qu’il y avait il y a une dizaine d’années demande à être revu. Nous nous trouvons désormais plutôt dans une phase de réinvestissement civique.

 

Etes vous pessimiste quant à l'évolution du partage d'informations sur Internet ?

Je ne suis pas pessimiste, je suis curieux. On a affaire à des comportements qui manifestent une diffusion du débat d’idées. On  trouve des articles de référence, qui font le buzz, pas seulement des nouvelles idiotes. Par ailleurs, il y a une saturation d’une série d’informations qui n’ont strictement aucun intérêt. Les deux coexistent comme jadis, la seule limite c’est le temps et l’agenda des individus.

J'ai vécu le week-end dernier une expérience assez symptomatique. Je me trouvais à un colloque à Cannes (les Rencontres de Cannes). Il y avait une table ronde extraordinaire avec David Abiker, Benjamin Lancar, Emery Doligé, Benoit Thieulin l'ancien responsable campagne de Ségolène Royal,... que des gens qui évoluent dans le bain numérique. Pendant que la salle posait des questions, ils étaient tous en train de tweeter. A un moment, quelqu’un a posé une question et les quatre avaient le nez collés sur leur portables. Lorsqu'un des membres de la salle a un peu protesté, ils ont répondu : "on est avec les gens sur Internet, on n'a pas le droit de les négliger". C’est un discours un peu faux cul sur la démocratie de l'information au détriment des règles de la conversation et de la courtoisie.

De ce point de vue, le grand défi aujourd’hui ce n’est plus la rareté de l’information mais la hiérarchisation. Comment maitriser cette saturation d’infos avec le sentiment d’être toujours largué ?

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