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Thomas Piketty ou le vernis scientifique au service d’obsessions idéologiques
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Thomas Piketty ou le vernis scientifique au service d’obsessions idéologiques

L'impôt peut-il être juste ? Et peut-il être raisonnable ? La question de la justice fiscale agite la société quand les prélèvements fiscaux et sociaux deviennent si prégnants qu'ils peuvent menacer l'équilibre de la cité et la liberté des citoyens. Mais il ne sert à rien de contester l'importance des charges publiques sans s'interroger sur les raisons qui ont conduit les États à enfler jusqu'à devenir parfois impotents. Extrait de "L'injustice fiscale ou l'abus de bien commun" de Jean-Philippe Delsol, publié aux éditions Desclée de Brouwer (1/2).

Jean-Philippe Delsol

Jean-Philippe Delsol

Jean-Philippe Delsol est avocat, président de l’Institut de Recherches Economiques et Fiscales, IREF, essayiste. Dernier ouvrage paru : Eloge de l’Inégalité, chez Manitoba/Belles Lettes, Novembre 2019.

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Piketty ou les avatars d’un nouveau matérialisme scientifique

C’est pourtant un retour en force de cette obsession égalitaire que marque Thomas Piketty en ce début de XXIe siècle malgré les échecs sanglants de toutes les idéologies égalitaires du siècle précédent. Dans son ouvrage, Le capital au XXIe siècle, aussi imposant que sa précédente somme sur Les hauts revenus en France au XXe siècle, Thomas Piketty amasse de très nombreuses données sur l’évolution des patrimoines dans plusieurs pays européens et aux États-Unis. Ces informations permettent de mieux connaître le rapport de nos sociétés au capital et la distance entre les plus riches et les plus pauvres. Sauf que l’auteur en fait un usage trompeur, dénaturé à la manière du matérialisme scientifique du XIXe siècle.

À la façon des auteurs marxistes, il élève son discours à la prétention d’une démonstration scientifique. Il ne veut pas seulement convaincre, il veut asséner une vérité, la sienne, dont les formules mathématiques qu’il présente seraient la raison. Certes, il indique « qu’il faut se méfier de tout déterminisme économique en cette matière104 », mais il utilise l’économétrie pour annoncer la répartition des richesses attendue au XXIe siècle comme s’il n’avait guère de risques, voire aucun, de se tromper. Et ce tableau considère que l’écart entre riches et pauvres tendra à s’élargir inéluctablement, quand bien même il reconnaît que ce fut l’inverse au XXe siècle. Il poursuit les courbes comme Malthus au XVIIIe siècle ou le Club de Rome dans les années 1970 le faisaient pour prédire que le monde entier allait mourir de faim ! Il conteste la courbe en cloche des inégalités de Kutznets pour tracer d’autres lignes qui méconnaissent l’humain. Il note que « Marx a totalement négligé la possibilité d’un progrès technique et d’une croissance continue de la productivité » (ibidem, p. 28) dans sa théorie d’une accumulation infinie du capital jusqu’à provoquer la mort du capitalisme, mais il reproduit autrement une théorie de la croissance sans fin des patrimoines.

Extrait de "L'injustice fiscale ou l'abus de bien commun" de Jean-Philippe Delsol, publié aux éditions Desclée de Brouwer, 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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